La tragédie d’El Oued : La dure épreuve de la gestion des risques en milieu hospitalier

 La tragédie d’El Oued : La dure épreuve de la gestion des risques en milieu hospitalier
Contribution | 08 Octobre 2019 | 17:11

Les incendies en milieu hospitalier sont hélas récurrents même dans les pays avec un PIB très élevé. Sans faire une comptabilité macabre, on peut citer quelques exemples : 

• 23 janvier 2014, incendie dans une Maison de retraités au Québec – Isle Verte- 32 morts. 

• 30 septembre 2016, incendie dans un hôpital allemand à Bochum, 2 morts ,15 blessés. 

• 10 septembre 2019, incendie dans un hôpital de Düsseldorf, 1 mort, 7 blessés dans un état critique. 

• 13 septembre 2019, incendie dans un hôpital de Rio Janeiro 10 morts. 

• 16 septembre 2019, incendie dans un établissement d’hébergement pour personnes dépendantes à Paris, 1 mort. La tragédie d’El Oued (7 nourrissons morts) révèle de nouveau que quelque soit le continent le risque en milieu hospitalier est difficile à appréhender. 

L’hôpital est une source potentielle de danger De par sa mission et ses activités l’hôpital est générateur de risques. En effet, un hôpital est un établissement qui reçoit du public (patients, visiteurs), mais également du personnel qui y travaille 24/24 h. C’est un bâtiment dans lequel en trouve une grande concentration d’équipements informatiques, électroniques, résonance magnétique, radiologie. Mais également, l’hôpital concentre des centaines d’agents chimiques dangereux (parfois jusqu’à 3500 produits) qui ont des propriétés explosives, inflammables, comburantes, toxiques, corrosives, et sont utilisés pour les activités du bloc opératoire, du laboratoire, des services techniques, de la buanderie.

On y trouve aussi des gaz médicaux sous pression, des plaques de cuisson alimentaires, des sécheuses, laveuses, des climatiseurs, des incubateurs/couveuses pour les bébés prématurés, etc. Tous les équipements qui sollicitent le réseau électrique restent sous tension durant 8760 heures soit l’équivalent d’une année commune (365 jours). En France, la consommation moyenne globale d’un hôpital est de 350 kWh /m2/an.

En cas de défaillance, des équipements sous tension électriques ou une manipulation indélicate des agents chimiques dangereux cela peut constituer un risque pour les personnes, pour les biens, et pour l’environnement. Dans les pays avec un PIB très élevé, une discipline a été développée pour les établissements de santé la qualité et gestion des risques. Cette discipline est également utilisée par les grandes entreprises pour réduire la probabilité d’échec ou d’incertitude d’un projet. 

La qualité et gestion des risques en milieu hospitalier Dans les pays avec un PIB très élevé, on trouve des équipes de travail dont la vocation est de gérer la qualité et les risques de l’hôpital dont ils sont employés. Cette discipline est orientée vers la gestion des risques liés aux activités médicales et de soins (erreur d’identification du patient; infections nosocomiales, risques iatrogènes, risques opératoires, etc), mais également sur les risques techniques, logistiques, humains (incendies, pollutions, toutes les pannes électriques, informatiques, ascenseurs, la rupture de la chaine d’approvisionnement en eau, les patients ou visiteurs agressifs, les grèves du personnel, etc.). 

Cette discipline à recours à un outil d’aide à la décision, la cartographie des risques qui permet d’identifier, d’inventorier les vulnérabilités des différents services de l’établissement. C’est un outil d’aide à la décision et des actions d’amélioration de la qualité des soins offerts aux patients avec une caractérisation des risques – Fréquence – Gravité – Criticité – Sécurité. De plus, cet outil est aussi utilisé pour identifier les vulnérabilités liées aux bâtiments, aux équipements. 

Le cas dramatique d’El Oued : A - t’ont été réactif et préventif ? Les professionnels en prévention des incendies utilisent souvent la maxime : Que pour éteindre un feu naissant, il faut : 

• Un verre d’eau dans la première minute; 

• Un seau d’eau au cours de la deuxième minute; 

• Une citerne d’eau de pompier au bout de la troisième minute. Un incendie émet une grande quantité de chaleur (la température de l’air peut atteindre 600 degrés Celsius), de la fumée noire qui réduit toute la visibilité et des gaz toxiques mortels comme (le monoxyde de carbone, le dioxyde de carbone, le cyanure d’hydrogène, dioxyde de soufre). Lorsqu’une personne respire toutes les émanations de fumée toxiques trop longtemps (entre 1 et 3 minutes), elles rentrent dans les poumons et les asphyxient. 

Plusieurs questions à se poser dans le cas du tragique incendie d’El Oued qu’elle a été la réaction du personnel ? Et quels sont les moyens de prévention mis en place ? Ou en sommes- nous en Algérie dans le domaine de la qualité et gestion des risques ? La communauté hospitalière algérienne est reconnue pour sa conscience professionnelle, mais cet atout est – il valorisé ? 

Il s’agit là tout simplement d’un regard extérieur d’un citoyen qui a l’opportunité de pratiquer cette dimension managériale de la gestion des risques en milieu hospitalier à l’étranger. 

Makhlouf HAMLAT

Maître de conférences. Post-doctorat en géographie de la santé. Docteur d’État en géographie sociale. DESS en environnement, prévention et santé.

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