Fodil Sid Lakhdar, parcours d'un agent secret algérien

Fodil Sid Lakhdar, parcours d'un agent secret algérien
Par Amine Bouali | 12 Janvier 2018 | 16:40

Notre confrère du journal Liberté en poste à Tlemcen, M. Abdelmadjid Berrezel, vient de publier aux éditions Kounouz, une biographie de feu Fodil Sid Lakhdar (le compagnon d'une vie de Madame Benzerrouki Fafa Sid Lakhdar, l'actuelle présidente du Conseil national des droits de l'homme). Il a agrémenté son livre d'un sous-titre à premier abord mystérieux: "Parcours d'un agent secret algerien hors pair (période 1956-1962)" mais dont la lecture confirme toute la justesse.

À travers le récit passionnant de l'engagement pour son pays d'un jeune "soldat de l'ombre" durant la guerre de Libération, Madjid Berrezel trace, dans un style dépouillé et clair, et avec l'empathie de l'amitié mais aussi la précision du témoignage historique, le portrait d'un jeune militant de la cause nationale qui a mis à profit son statut de fonctionnaire au sein de l'administration coloniale pour servir la cause de l'indépendance de son pays, l'Algérie.

Et il ressuscite pour ses lecteurs en lui rendant hommage, le parcours militant de cet enfant de Tlemcen, qui adopta au début de la guerre d'indépendance, un surnom de circonstance "Marco" fait presque sur mesure pour son caractère mais qui lui a permis de lever tout soupçon sur son personnage puis d'utiliser sa position stratégique dans l'administration coloniale au service du Front de Libération nationale des années de combat.

Ainsi est née la vocation "d'agent secret" de feu Fodil Sid Lakhdar. Madjid Berrezel rapporte plusieurs actes de courage de "Marco" durant les années de lutte pour l'Indépendance, notamment la confection de faux-vrais documents qu'il dérobait à l'administration coloniale pour les remettre ensuite aux émissaires de son chef hiérarchique Ahmed Medeghri (le futur ministre de l'Intérieur du président Houari Boumediene) des faux-vrais passeports ou cartes d'identité qui ont permis de sauver la vie à nombres de moudjahidines.

En parallèle, il nous remémore des faits historiques importants qui ont marqué Tlemcen durant la guerre de Libération, comme l'assassinat du Docteur Benzerdjeb et de l'imam de la Grande mosquée, cheikh Benosmane, l'attaque en 1957 par un groupe de fidaïyines de "l'Auberge normande" située au cœur de la ville et qui était fréquentée alors par des soldats français.

Au début de 1962, feu Fodil Sid Lakhdar fut condamné à mort par l'OAS. Après l'indépendance de l'Algérie, Il fut nommé chef de cabinet du premier préfet de Tlemcen (Ahmed Medeghri) et il eut l'honneur d'accueillir à Tlemcen, durant cette période, notamment Ferhat Abbas, Ahmed Ben Bella ainsi que Abdelaziz Bouteflika. Il finit par intégrer, quelques années plus tard, un poste de responsabilité au sein de la compagnie aérienne Air Algérie jusqu'à sa retraite.

Le grand mérite de l'ouvrage de Madjid Berrezel est de contribuer à sortir de l'ombre un de ces vaillants "soldats de l'ombre" qui ont servi l'Algérie combattante (au péril de leur vie et souvent dès la fleur de l'âge) et peut-être d'offrir aujourd'hui une occasion pour que leur noble engagement soit un exemple pour les jeunes générations.

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