Contribution : Le "pouvoir profond" se restructure et se prépare à préempter la volonté populaire.

Contribution : Le "pouvoir profond" se restructure et se prépare à préempter la volonté populaire.
Contribution | 11 Mars 2019 | 22:13

Par Samir Bouakouir

A l'abri d'une colère populaire subtilement attisée  depuis quelques années et dirigée  contre le "clan présidentiel" et ses figures pour leur faire assumer à eux seuls la responsabilité du désastre, le "pouvoir profond" se restructure et se prépare à préempter la volonté populaire.

LE "POUVOIR PROFOND" ET LA RECHERCHE DE LA CONFRONTATION

J'entends par "pouvoir profond", cette redoutable nébuleuse composée d'officiers de l'armée et des services de renseignement écartés, à la retraite ou pour certains toujours en fonction, d'anciens ministres reconvertis en irréductibles opposants , de patrons de médias et de journalistes dits indépendants, de patrons d'entreprises privées, d'intellectuels organiques qui redécouvrent les vertus de l'engagement, d'agitateurs youtubers ...etc. 

Ce "pouvoir profond", tout aussi surpris que le duo Gaid Salah-Bouteflika par l'ampleur de la révolte populaire qui risque de ne pas se satisfaire de la seule décapitation politique du régime Bouteflika" mais qui exigera des comptes y compris à ceux qui avaient  plongé le pays dans la guerre civile, cherche à entrainer le mouvement sur les voies de la confrontation. Le mode opératoire est similaire à celui du mouvement citoyen de 2001 pervertie à  l'époque par les sinistres "Arouchs". 

Le mot d'ordre de désobéissance distillé par divers canaux et souvent, hélas,  repris naïvement par beaucoup de personnes dont la sincérité n'est pas en cause, a pour but d'essayer de faire dériver un mouvement qui se veut avant tout citoyen vers des formes extrêmes  de type populistes. 

LE DICREDIT DU POLITIQUE ARME ABSOLUE DU SYSTEME

Le discours virulent anti-partis, à ne pas confondre avec une critique objective qui, elle, reste absolument légitime, obéit à la stratégie bien rodée de la disqualification du politique et du refus de toute médiation démocratique. En clair, il s'agit de reproduire le schéma classique du discrédit du politique qui a permis au système de perdurer malgré des crises cycliques plus ou moins graves.
L'objectif étant de dévoyer le mouvement pour l'empêcher de produire sa propre radicalité politique. 
Le vide politique aidant, excepté quelques acteurs qui tentent d'introduire  du sens en formulant des propositions, le "pouvoir profond", héritage du Malg, tente ainsi d'opérer une sorte de révolution de palais silencieuse au sein du pouvoir et notamment de l'Armée. Le récent repositionnement de Gaid Salah qui célèbre une "unité de vue" du peuple et de l'armée, tranchant avec le ton martial utilisé jusqu'alors, apparait comme une réaction à ces velléités de renversement des rapports de force internes.

L'URGENCE D'UNE CONFERENCE NATIONALE DE L'OPPOSITION DEMOCRATIQUE AUTONOME

Ces luttes intestines qui gagneront en intensité ne sont pas sans dangers pour le pays. La cohésion de l'armée, malmenée par une guerre ouverte entre généraux, est sérieusement mise à l'épreuve. 

Si le sort du 5ème mandat est désormais scellé,  c'est dans les lieux obscurs du système  que s'échafaude en ce moment l'après-Bouteflika.

Les acteurs politiques autonomes susceptibles de formuler une alternative politique démocratique en rupture avec les logiques claniques doivent mesurer la gravité de la situation et se hisser à la hauteur de leur responsabilité historique.

La lucidité politique commande de sortir des petits calculs et des coup d'éclats individuels qui flattent les égos mais qui stérilisent l'action réfléchie et concertée. 

Une conférence nationale de l'opposition regroupant ces acteurs politiques, associatifs, syndicaux ainsi que des personnalités réputées pour leur indépendance est nécessité absolue. 

Face aux manoeuvres tendant à enrayer la dimension réfondatrice de l'Etat et de la Nation d'un mouvement populaire sans égal dans l'Histoire, il est vitale de proposer une feuille de route politique qui rende irréversible le processus d'autodétermination individuel et collectif en cours dans le pays.

Samir Bouakouir
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Catégories : Focus

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