Algérie : Un système bancaire au bord de l’asphyxie

 Algérie : Un système bancaire au bord de l’asphyxie
Contribution | 06 Aout 2020 | 11:27

Par Nour Meddahi 

Les dinars manquent. Le système bancaire algérien est à nouveau au bord de l’asphyxie. Selon la Banque d’Algérie (BA), la liquidité bancaire était de 916,7 milliards (mds) de dinars à fin mai 2020. A cela, se rajoutent, en plein pandémie, les longues files d’attentes devant les bureaux de Poste des retraités qui veulent retirer leur pension. Par ailleurs, le DG d’Algérie Poste vient d’affirmer que les liquidités fournies par la BA au mois de Mai ont baissé de 30% par rapport à Mai 2019. La désorganisation impliquée par la pandémie dans tous les secteurs ne peut expliquer une telle baisse, même s’il ne faut pas exclure des manipulations étant donné que les banques commerciales ne sont pas concernées par ces problèmes. Ces faits semblent créer une inquiétude chez certains citoyens puisque nous avons observé un retrait énorme de liquidités (400 mds DA) au niveau de Poste Algérie au mois de juillet. 

Malheureusement, ce manque de liquidités a été récemment observé. A la fin de l’année 2016, la liquidité bancaire était de 820 mds DA et de 510 mds DA fin septembre 2017 à la veille du début du programme de planche à billets. Au Printemps 2017, le Premier Ministre de l’époque disait publiquement qu’il n’arrivait pas à trouver le sommeil car l’argent manquait. Raouf Boucekkine et moi avions recommandé à ce moment-là plusieurs actions à prendre, dont l’utilisation de la planche à billets à hauteur de 2.550 mds DA sur trois ans. Nous connaissons la suite, le trio Bouteflika-Ouyahia-Loukal a utilisé la planche à billets à grande échelle avec un tirage ahurissant de 6.556 mds DA (32% du PIB de 2018) pour inonder le système bancaire de liquidités, et a ignoré toute nos autres recommandations. Pire, le Gouvernement Ouyahia a pris un tournant à 180 degrés par rapport à la politique de consolidation budgétaire des Lois de Finances 2016 et surtout 2017 du Gouvernement Sellal. Trois années plus tard, l’asphyxie du système bancaire est de retour, les mêmes causes produisant les mêmes effets. 

Comment est-ce possible ? Comment y faire face ? C’est ce que nous allons aborder ci-dessus. 

A) Raisons de l’asphyxie du système bancaire 

Il y a quatre raisons principales que nous allons décrire ci-dessus. 

A-1) La principale et première raison du manque de dinars provient du déficit de la balance de paiements 

Quand il y a déficit de cette balance, la BA retire l’équivalent en dinars de ce déficit. En effet, la BA fournit les devises aux importateurs contre des dinars pour payer les importations et fournit des dinars aux exportateurs, principalement Sonatrach, contre les devises qui proviennent des exportations. Quand la balance de paiements est excédentaire, ce que le pays a connue de 2000 à 2013, les réserves de change augmentent, la BA crée la contrepartie en dinars 

de cette augmentation et l’injecte dans l’économie à travers le Trésor et Sonatrach. Quand la balance de paiements est négative, ce que le pays connait depuis le contre-choc pétrolier de 2014, les réserves de change baissent et la BA retire de la circulation la contrepartie en dinars de cette baisse. Par exemple, le déficit de la balance de paiements a été de 2,5 mds dollars au premier trimestre de 2020 ; la BA a donc retiré 300 mds DA sur cette période. A fin 2013, le montant des réserves de change était de 194 mds dollars contre moins de soixante mds actuellement. Autrement dit, depuis 2014 la BA a retiré près de 14.740 mds DA puisqu’un dollar a valu en moyenne 110 DA sur la même période. Notons que la BA a aussi injecté des dinars qui se trouvaient dans le Fonds de Régulation des Recettes (FRR) et a procédé à de la création monétaire à travers la planche à billets et le refinancement. Nous y reviendrons. 

A-2) La structure des prêts bancaires 

Les sociétés du secteur public empruntent beaucoup auprès des banques, ces prêts étant à très long terme et avec des périodes de grâce de remboursement. L’exemple emblématique est Sonelgaz. L’an dernier, le montant des prêts bancaires de Sonelgaz était de 2.400 mds DA. Cette année, il doit être proche de 2.600 mds, pas loin de 25% des prêts bancaires, ce qui dépasse l’entendement. Ces prêts sont souvent à 30 ans, avec délais de grâce de 10 à 15 ans. Autrement dit, les banques qui prêtent à Sonelgaz, en premier lieu la BNA, ne vont pas revoir l’argent qu’elles ont prêté avant une très longue période. 

Ce type de prêt ne devrait pas être du ressort des banques mais du marché des capitaux à travers des emprunts obligataires. Malheureusement d’autres sociétés et entités publiques ont le même type de prêt : Air Algérie, Algérie Télécom, l’AADL, la société des silos agricoles, etc... Le montant des crédits bancaires au secteur public est actuellement proche de 50% du total des prêts, soit près de 5.365 mds DA. 

Certains prêts alloués au secteur privé posent aussi des problèmes. Il y a d’abord l’argent prêté à l’oligarchie qui se trouve sous les verrous. Le Président a mentionné un montant de 1.200 mds DA qui sera difficile à récupérer. A cela se rajoutera les prêts consentis dans le cadre de l’ANSEJ et programmes similaires. Le Ministre des Finances vient d’annoncer que ces prêts peuvent êtres rééchelonnés. Il ne faut pas se faire d’illusions, une très grande part de cet argent, au minimum 1.250 mds DA, ne sera pas récupérée par les banques. 

En résumé, on peut affirmer que les banques ont prêté près de 7.500 mds DA (58,5 mds dollars, 37% du PIB de 2019) qu’elles ne vont pas récupérer du tout à court et moyen termes (cinq ans) et que le tiers de cet argent est probablement perdu. 

A-3) Le montant d’argent hors circuit bancaire est très élevé 

Les derniers chiffres connus les plus complets remontent au premier trimestre de 2019. Le montant de la monnaie fiduciaire (argent hors circuit bancaire) était de 5.138 mds DA. Le dernier Etat de Comptes de la BA indique que fin décembre 2019, la montant de la monnaie fiduciaire était de 5.508 mds DA. Sachant que depuis un moment, la part de la monnaie fiduciaire dans la masse monétaire est un tiers et que cette dernière était de 17.039 mds DA en mars 2020, on peut estimer à 5.680 mds DA la monnaie fiduciaire à ce moment-là. Depuis le début de la pandémie, nous avons observé partout dans le monde où la cash est roi une augmentation de l’argent hors banque. Le retrait de près de 400 mds DA en juillet au niveau de la Poste suggère que la monnaie fiduciaire a augmenté de plusieurs centaines de milliards de dinars depuis mars. Ce montant ne doit pas être très loin de 6.000 mds DA, ce qui est très élevé. 

L’économie informelle est importante dans le pays, ce qui draine des liquidités en dehors du circuit bancaire. A cela se rajoute des convictions religieuses qui fait que la rémunération par des taux d’intérêt n’est pas souhaitée par une partie de la population. Notons aussi que la rémunération de l’épargne est faible et donc non attractive, autour de 3%, pendant très longtemps en dessous de l’inflation (ce n’est pas le cas actuellement). Par ailleurs, l’affaire Khalifa a laissé des traces avec un manque de confiance dans les banques, mêmes publiques. C’est un phénomène qui semble se développer de plus en plus. En effet, le DG d’Algérie Poste vient d’affirmer que le retrait de liquidités a augmenté de 10% malgré les limitations de retrait et aussi la situation de Covid-19. 

Les conséquences économiques de la pandémie font que beaucoup de citoyens qui n’ont pas de revenus réguliers sont sans revenus depuis plusieurs mois. Les prêts et aides entre personnes ont probablement augmenté, en particulier auprès des retraités. Par ailleurs, observer les files d’attente au niveau des bureaux de postes et les limitations de retraits peuvent créer un phénomène de peur de la fiabilité de la Poste, ce qui peut inciter à retirer plus d’argents. Il est important de noter que ce phénomène n’a pas été observé au niveau des banques commerciales. 

A-4) Investissement massif dans l’infrastructure dont la rentabilité est faible à court terme 

Sous la présidence de Bouteflika, le pays a massivement investi dans l’infrastructure (routes, barrages, logements, écoles, universités) et sur fonds propres. C’est aussi le cas sous la présidence de Chadli, mais sur une période plus courte (1980-1986). Malheureusement, les investissements dans l’infrastructure, certes essentiels, sont des investissements de long terme dont la rentabilité à court terme est relativement faible. Le Président Boumediene avait fait le contraire. Il avait investi massivement dans l’industrialisation du pays avec rentabilité importante sur le court-terme et création rapide et importante d’emplois, et avec endettement externe. On peut évidemment épiloguer sur l’économie politique (corruption, allégeance, soutien externe) derrière les deux stratégies d’investissement, mais ce qui importe ici est que les énormes investissements des vingt dernières années génèrent peu de revenus et mettront du temps à être rentabilisés. 

Le pays a aussi beaucoup investi dans l’agriculture sous Bouteflika, secteur dans le rendement est rapide. Néanmoins, une très grande part de ce secteur est justement dans le secteur informel et en plus les bénéfices de l’agriculture ne sont pas taxés. 

Nous allons maintenant aborder les actions à mener pour augmenter les liquidités bancaires. Ces actions doivent être prises par la Banque d’Algérie et par le Gouvernement. Notons que la plupart des ces actions ont été déjà proposées dans divers documents l’auteur du présent document, soit seul soit avec Raouf Boucekkine, en particulier le document d’avril 2017 cité ci-dessus. Tous ces documents sont disponibles à https://nourmeddahi.github.io/El-Djazair/El- Djazair.htm 

B) Actions que doit prendre la Banque d’Algérie 

La Banque d’Algérie est en charge de la politique monétaire et donc de la liquidité bancaire. Elle doit donc agir sur les différents outils dont elle dispose dès que son nouveau Gouverneur sera nommé, une urgence absolue. 

B-1) Baisse du Taux de Réserve Obligatoire (TRO) des banques 

Les banques sont tenues de déposer auprès de la BA (contre une rémunération de 0,5%) un pourcentage (dit TRO) des dépôts dans leur compte. Quand les liquidités bancaires étaient élevées, ce TRO était de 12%. En 2017, il avait baissé jusqu’à 4%. La BA l’a baissé à plusieurs reprises depuis un an pour le porter de 12% à 6%. Il pourrait baisser jusqu’à 2% si nécessaire. Chaque pourcentage libérera un montant proche de 110 mds DA de liquidités. 

B-2) Reprendre la baisse du Dinar 

Un élément de premier ordre dans la réduction du déficit de la balance des paiements est la valeur du Dinar. Il est très surévalué étant donné les montants des déficits externe (balance de paiements) et interne (budget de l’Etat). 

Le Dinar a connu une baisse en mars puisque la valeur d’un Dollar est passée de 120 DA à 128,5 DA. Depuis fin avril, la valeur du Dinar est stable par rapport au Dollar. Il est en baisse depuis quelques semaines par rapport à l’Euro car ce dernier s’est apprécié par rapport au Dollar, mais cette baisse n’est pas du ressort de la BA. La baisse du Dinar par rapport au Dollar doit reprendre et se faire de manière graduelle pour que son impact sur l’inflation soit lissé dans le temps, comme ce fut le cas entre juin 2014 et décembre 2015. En plus de freiner les importations, une baisse du dinar va augmenter la fiscalité pétrolière et les dépôts de Sonatrach, ce qui sera bon pour la liquidité bancaire. Cette baisse va aussi augmenter les dividendes que verse depuis plusieurs années la BA au Trésor et qui proviennent des bénéfices de change que la BA fait en vendant ses devises. 

B-3) Opérations d’Open Market 

Depuis trois années, la BA a commencé à développer le marché appelé « Open Market » où les banques commerciales et la BA se prêtent de l’argent à très court terme, de l’ordre d’une semaine en Algérie et une journée dans les pays où les marchés financiers sont développés. L’Open Market est l’outil moderne le plus important pour la gestion des liquidités et c’est celui qui permet le mieux la transmission de la politique monétaire d’une Banque Centrale car les taux pratiqués sont très proches du taux directeur de la Banque Centrale. 

Pour le moment, ce marché ne peut pas régler tous les problèmes de liquidités dont a besoin le pays, surtout au vu du défi i budgétaire. Le montant d’argent injecté par la BA dans ce marché était de 160 mds DA en décembre 2019. Il doit continuer son développement. Notons que ce montant avait atteint 600 mds DA en octobre 2017, pour passer à zéro deux mois après que le système bancaire a été inondé par la planche à billets. 

B-4) Opérations de réescompte ou refinancement 

Le réescompte est un refinancement des prêts d’une banque par la BA. Prenons un exemple pour expliquer ce qu’est une opération de réescompte. Une banque commerciale dispose de 120 millions de DA qui proviennent de dépôts (à vue ou à terme) ; elle prête à une entreprise 100 millions de DA au taux du marché, 6,5%. Une seconde entreprise approche la banque pour un prêt de 50 millions de DA ; la banque ne dispose que de 20 millions. Elle peut s’adresser à la BA et lui demander de refinancer le prêt de 100 millions. La BA va étudier la qualité de l’entreprise à qui la banque a prêté les 100 millions pour évaluer ses capacités de remboursement. Elle va appliquer une décote faible, par exemple 20%, pour une entreprise dont le risque de défaut de remboursement est faible, et une décote élevée, par exemple 70%, pour une entreprise dont le risque de défaut de remboursement est élevé. Selon le cas, la BA prêtera à la banque commerciale 80 ou 30 millions DA (décote de 20% ou 70%). Le taux appliqué pour ce prêt est le taux directeur de la BA, qui a été baissé à deux reprises depuis un an pour le porter de 3,5% à 3%. La banque commerciale pourra donc prêter à la seconde entreprise les 50 millions de DA, au taux de marché, sachant qu’une partie de cet argent est un prêt de la BA au taux directeur. 

Néanmoins il y a des conditions pour qu’un prêt bancaire soit éligible au refinancement de la BA. Une des conditions est que le prêt n’est pas dans une phase de grâce de remboursement. Malheureusement, comme expliqué ci-dessus, une très grande majorité des prêts bancaires aux entreprises publiques sont dans cette phase de grâce. En avril 2017, Raouf Boucekkine et moi avions expliqué comment restructurer ces prêts pour enlever cette période de grâce afin de rendre ces prêts éligibles au réescompte. 

Lors de son récent passage à la Radio Nationale, le Directeur du Trésor a dit qu’ils y avaient des discussions pour le refinancement des prêts syndiqués. Ceci concerne probablement une partie des prêts à des entités publiques comme l’AADL, prêts qui ont été syndiqués auprès de plusieurs banques. Ces prêts ont des périodes de grâce et ne son pas éligibles au refinancement de la BA, à moins de changer la réglementation ou de les restructurer comme nous l’avons suggéré. 

B-5) Financement du Trésor par la BA : prêts directs ou indirects ? 

L’épisode de la planche à billets de l’automne 2017 est bien connu ; voir en particulier nos documents d’Avril 2017, Novembre 2017 et Avril 2019. Entre Novembre 2017 et Janvier 2019, la BA sous la Gouvernance de Loukal a imprimé 6.556 mds DA (32% du PIB de 2018), inondant le marché bancaire de liquidités et neutralisant les outils de politiques monétaires mis en place par son prédécesseur, en particulier l’Open Market. Le comble a été poussé jusqu’à obliger la BA à reprendre le programme de reprises de liquidités pour retirer d’une main les liquidités injectées par l’autre main (à travers la planche à billets), et comme le ridicule ne tue pas, un taux de 3,5% a été appliqué pour les reprises de liquidités (contre 0,75% du temps du Gouverneur Laksaci) et 0,5% pour les prêts au Trésor. 

L’argent a été utilisé pour financer le déficit budgétaire depuis Novembre 2017, pour rembourser Sonatrach qui importe du carburant au prix international et le revends à perte au prix subventionné, pour rembourser des prêts de la BNA à Sonelgaz, pour financer le déficit de la CNR de 2018 à 2020 (1.800 mds DA), et pour alimenter le FNI pour financer des projets AADL et autres projets structurants. Le montant imprimé était tellement énorme et hors des besoins du pays que le reliquat était de 1.774 mds DA en décembre 2019, dont deux tiers dans le compte du FNI. Le déficit actuel du budget comme celui de la caisse de retraite sont actuellement financés par ce reliquat. 

Bien avant la crise sanitaire, nous avions prédit que l’utilisation de la planche à billets était inévitable en 2020 pour le pays, cette crise ayant juste rapproché le moment de reprise de ce mode de financement. Il faut aussi observer que partout dans le Monde les plans de réactions à Covid-19 et les plans de relances économiques sont financés par des prêts des Banque Centrales. D’ailleurs, le club des soutiens à la planche à billets s’est soudainement élargi au pays, avec parfois des escroqueries intellectuelles. Même les opposants n’osent plus s’exprimer sur la question. Il est vrai qu’il n’y a pas eu d’inflation malgré l’énorme montant d’argent créé. 

En avril dernier, la BA a modifié ses textes de refinancement des valeurs du Trésor, en diminuant les décotes mentionnées ci-dessus. Ainsi, les décotes passent de 10% à 5% pour les valeurs dont l’échéance (résiduelle) est inférieure à un an, de 20% à 10% pour celles dont l’échéance est inférieure à cinq ans, et de 30% à 15% pour celles dont l’échéance est supérieure à cinq ans. 

En pratique, ceci veut dire qu’une banque commerciale peut acheter des bons du Trésor et se faire refinancer auprès de la BA. Par exemple, elle peut acheter 100 mds DA de Bons du Trésor au prix du marché, et se faire refinancer 95 mds DA si l’échéance du Bon est inférieure à un an, 90 mds DA si l’échéance est inférieure à 5 ans, et 85 mds DA pour une échéance supérieure à cinq ans. Ce refinancement se fait au taux directeur de la BA. 

Autrement dit, la BA vient de faciliter le financement du Trésor à travers les banques commerciales. C’est donc de la planche à billets via les banques commerciales, alors que l’épisode de 2017 fut un financement direct de la BA au Trésor. A priori, avec 100 mds DA de liquidités, une banque commerciale peut acheter jusqu’à 666 mds DA (100/décote) de Bons du Trésor dont l’échéance dépasse cinq années et se faire refinancer 566 mds par la BA. Néanmoins, ceci n’est possible que si la banque respecte les règles prudentielles de la BA. 

Ainsi, pour la BA, financer le Trésor en passant par les banques commerciales est un moyen de limiter les montants prêtés et aussi de s’assurer que les taux pratiqués sont ceux du marché. Qui peut reprocher une telle prudence à la BA après la politique menée par le Gouverneur Loukal ? Rappelons que la Banque d’Angleterre a décidé il y a quelques mois qu’elle prêterait directement de l’argent au Trésor anglais, c’est-à-dire sans passer par les marchés financiers, bien que ces derniers soient très développés, ce qui n’est pas le cas chez nous. 

Maintenant, il faut regarder les choses en face. Que la BA prête de l’argent au Trésor directement ou indirectement est secondaire. Le problème n’est pas économique mais politique. Le Président n’aura aucun mal à nommer un Gouverneur qui rééditera la politique menée entre octobre 2017 et janvier 2019. Ce qui importe est de savoir quelle politique économique le Président compte mener, à commencer par la consolidation des déficits interne et externe, et les réformes économiques qu’il veut lancer, en particulier celles qui seront impopulaires (subventions, retraites). Veut-il comme son prédécesseur continuer le statuquo et livrer le pays au FMI ou veut-il mener le redressement économique du pays ? 

Un mode opérationnel adéquat serait de définir la trajectoire des déficits du Trésor au cours du mandat du Président et de fixer les montants maximaux de création monétaire par la BA pour chaque mois à venir sur cette période. Tout le reste est de secondaire. 

Il est essentiel que ça soit le Président qui prenne les engagements et non pas le Premier Ministre car ce dernier peut avoir sa fin de mission à tout moment. 

Terminons sur le risque d’inflation que l’on ne peut éviter quand on parle de création monétaire. Nous avions dit à plusieurs reprises en 2016 et 2017 qu’il n’y en aurait pas, et il n’y en a pas eu. Une nouvelle création monétaire ne devrait pas en créer étant donné le déficit externe et la récession créée par la pandémie. Cela dit, l’inflation a recommencé à augmenter sous les effets de l’augmentation du prix de carburant, de l’augmentation du salaire minimum et de la récente baisse du dinar. Il y aura de l’inflation au cours des années qui viennent car le dinar et les subventions énergétiques vont baisser, mais la création monétaire d’un montant raisonnable et gérée de manière appropriée et jointe par la BA et le Trésor ne va pas créer de l’inflation. 

C) Actions que doit prendre le Gouvernement 

C-1) Réduire le déficit de la balance de paiements 

Il est difficile d’augmenter à court terme les exportations du pays. Malheureusement l’effondrement du prix du pétrole et la réduction des volumes d’hydrocarbures exportés depuis janvier vont évidemment réduire les exportations en valeur et creuser le déficit de la balance de paiements. C’est donc sur les importations qu’il faut agir. Il faut d’abord augmenter les prix des importations en dévaluant le dinar comme discuté ci-dessus et augmenter les droits de douane. 

Plusieurs actions de sauvegarde ont été récemment été prises avec l’augmentation des droits de douanes. Il faut continuer dans cette action. Les services aussi, gros consommateurs de devises, sont aussi sous la loupe. D’autres actions doivent être prises, en particulier dans les travaux publics. Il faut arrêter de confier à des compagnies étrangères la construction de logements et d’infrastructures que des entreprises algériennes peuvent faire. Ces dernières pourront confier certains travaux qu’elles ne maitrisent pas à des compagnies étrangères. Les délais de livraison seront surement plus longs ; tant pis. La priorité devrait être de confier le travail à des algériens et aussi de garder les dinars (et les devises) au pays qui vont êtres réinjectés une seconde fois dans l’économie du pays. Ceci aidera évidemment à la diversification de l’économie du pays. 

C-2) Refinancement des prêts bancaires et moratoire pour les entreprises publiques 

Comme indiqué ci-dessus, il parait nécessaire de restructurer les prêts bancaires de certaines entreprises publiques pour les rendre éligibles au refinancement de la BA. 

Par ailleurs, les entreprises publiques ont siphonné les liquidités bancaires puisqu’elles détiennent la moitié des prêts bancaires. Il est temps de mettre un coup d’arrêt et de les obliger à se financer sur le marché obligataire, comme c’est la norme ailleurs. C’est à elles de proposer 

des obligations attractives sur les plan financier et religieux pour se financer ; voir ci-dessous pour des exemples d’obligations attractives. Ceci aidera aussi au développement du marché financier du pays et va tirer la croissance vers le haut. Ces entreprises doivent aussi revoir leur plan d’investissements pour les mettre en adéquation avec les besoins et moyens financiers du pays. 

Le cas de Sonelgaz est vraiment particulier. Depuis une dizaine d’années elle investit massivement pour satisfaire la pointe de l’été, pointe qui ne dure qu’un mois. Les capacités de production sont très largement au-dessus des besoins sur le reste de l’année. Il faut plutôt modifier la politique tarifaire de Sonelgaz en introduisant pour l’été une heure de pointe en milieu de journée comme c’est fait ailleurs. Il faut absolument interdire à Sonelgaz d’augmenter ses capacités de production dans le conventionnel. Le nouveau Ministre de l’Energie a tracé une excellente feuille de route pour cette entreprise : raccorder les zones industrielles et les zones agricoles à l’électricité et le gaz et investir dans le renouvelable. 

De manière plus générale l’intervention à la Radio Nationale du nouveau Ministre de l’Energie est à saluer par sa qualité, sa rationalité et sa clarté. Il faut espérer qu’il va durer et que l’on va le laisser travailler. Les attaques ont déjà commencé avec cette affaire de prime d’intéressement des employés de Sonelgaz. Un classique. L’étape d’après sera des grèves dans son secteur et enfin la dernière étape sera sous forme d’attaques personnelles. Il serait naïf de penser que les prédateurs et vautours qui mettaient la main sur les 300 mds DA d’investissement annuel de Sonelgaz vont laisser le nouveau Ministre faire son travail. 

C-3) Mettre les mauvais crédits dans une entité à part : Sauvetage des banques publiques 

Nous avons indiqué ci-dessus qu’il est probable que les banques ne vont pas récupérer près de 2.500 mds DA de prêts consentis aux oligarques et à l’ANSEJ. Ces mauvais crédits vont plomber pour longtemps les bilans et les paramètres prudentiels des banques publiques, ce qui est mauvais pour le financement de l’économie. La méthode classique pour éviter ce problème est de loger tous ces mauvais crédits dans un organisme à créer qui s’occupera de gérer ces crédits et de récupérer le maximum d’argent. C’est un travail de longue haleine, qui ne fait pas forcément partie des compétences classiques d’une banque. C’est l’approche suivie par l’Etat français en 1994 et 1995 pour gérer les turpitudes du Crédit Lyonnais. Il faudra aussi trouver une solution pour les crédits contractés Sonelgaz. 

Il ne faut pas se voiler la face. Nous parlons ici de plans de sauvetages des banques publiques. Il faudra en faire. 

C-4) Démonétiser l’économie : Favoriser les moyens de paiements scripturaux et le M- paiement 

Il faut absolument réduire le montant d’argent qui circule hors des banques. Il faut commencer par interdire toutes les transactions en liquide qui dépassent le montant de 500.000 DA. 

Par ailleurs, il faut inciter les personnes physiques à utiliser les cartes bancaires et les chèques pour payer leurs transactions. Pour cela, il faut évidemment réduire les coûts de ces moyens. Il faut aussi, pour lancer la pompe, mettre des incitations fiscales. Nous pensons à un remboursement d’une partie de la TVA (pour les personnes physiques), par exemple 5% dans un premier temps, pourcentage qui devrait baisser dans le temps. 

Il faut enfin créer et favoriser le M-paiement. Une très grande majorité d’algériens possèdent des téléphones dits intelligents (« smartphone »). L’utilisation de simples applications permettrait d’utiliser ces téléphones pour payer des transactions (et profiter de la remise d’une partie de la TVA) et aussi de donner de l’argent à une autre personne. Le M-paiement est probablement l’outil numéro un pour démonétiser de manière substantielle l’économie d’un pays comme l’Algérie. 

Notons qu’il vaut mieux éviter l’aventurisme : Lancer une opération de retrait des billets comme le recommandent certains serait un acte de folie étant donné les problèmes politiques et économiques du pays. Il y a beaucoup d’outils à mettre en place pour réduire le montant de l’argent hors banque et la taille de l’économie informelle. Nous avons donné une liste de mesures à prendre pour le premier problème. Il en existe d’autres pour réduire la taille de l’économie informelle, mais qui sont hors sujet pour le présent document. 

C-5) Fusionner Poste Algérie et Mobilis pour en faire une Banque Postale 

Algérie Poste a autant d’agences que toutes les autres banques réunies. Elle est présente sur tout le territoire national et a 22 millions de clients avec cartes actives. Elle est la mieux placée pour être la locomotive de la démonétisation des particuliers. Il faut en faire une vraie banque, banque spécialisée dans le M-paiement. Il faut la fusionner avec un opérateur mobile, Mobilis parait le plus approprié. Il faut aussi lui apporter un savoir-faire bancaire. Une possibilité est de la fusionner avec une banque publique ; une autre solution est qu’une grande banque publique crée une filiale qu’elle fusionne avec Poste Algérie ; la BEA semble la plus indiquée. 

C-6) Emission d’obligations attractives 

Les Gouvernement doit lancer des opérations d’emprunts obligataires. Il ne faut surtout pas rééditer l’épisode précédent de financement intégral du déficit budgétaire par la planche à billets. Il parait aussi nécessaire d’émettre de nouvelles formes d’obligations qui soient attractives. Deux formes paraissent intéressantes. 

La première forme consiste en des obligations qui garantissent l’inflation (« Treasury Inflation Protected Securities » ou TIPS). Les obligations souveraines protégées de l’inflation ont connu un essor phénoménal dans les pays anglo-saxons et les pays émergents. Il nous parait très pertinent de le faire en Algérie. Un premier montant de 100 mds DA pourrait être émis pour connaitre le goût des algériens pour ce produit. Il devrait être populaire car la baisse du dinar et la baisse des subventions vont créer de l’inflation. 

La seconde forme serait une obligation indexée sur une devise ou à un panier de devises. Voici un exemple : vous achetez le 4 août 2020 un bon de 100.000 DA de maturité un an. Sa valeur est 778,2 dollars américain car un dollar vaut 128,5 DA. Dans un an, vous récupérez 778,2 fois la valeur en dinars d’un dollar du 3 août 2021. Par exemple, si le 3 août 2021 un dollar vaut 135 DA (hausse du dollar), vous récupérez 105.057 DA ; s’il vaut 125 DA (baisse du dollar), vous récupérez 97.275 DA. Des produits plus sophistiqués peuvent êtres émis, par exemple en prenant la valeur moyenne d’un dollar sur un an et non pas la valeur terminale. 

Plusieurs remarques sont nécessaires. Une obligation contient deux risques, le risque de défaut de remboursement et le risque d’inflation. Pour une obligation souveraine, le risque de défaut est très faible mais pas nul. Par exemple l’Allemagne emprunte moins cher les mêmes obligations en Euro que la France car le marché estime que son risque de défaut est plus faible que celui de la France. Notre pays n’a jamais eu de défaut de paiement. Dans une obligation classique, les risque d’inflation est partagé entre l’émetteur et l’acheteur, alors que pour une obligation de type TIPS, le risque d’inflation est porté par l’émetteur. 

Le second produit assure aussi une partie l’inflation car normalement les fluctuations du dinar tiennent compte de la différence entre les inflations de l’Algérie et de ses partenaires commerciaux. 

Il est bien connu que certains citoyens préfèrent transformer leur épargne en devises, ce qui n’est pas bon pour l’économie du pays. Le second produit offre exactement les mêmes avantages que la transformation en devises de dinars et il est bénéfique pour le pays car il finance son économie. 

Il nous a été porté que des prêts entre individus indexés sur une devise sont fréquents dans la réalité, et que ces prêts sont vu comme étant Charia compatibles. Le prix de la devise est souvent celui du marché parallèle, mais ce qui est important est que des obligations suivant la seconde forme sont déjà une réalité dans l’économie informelle. 

Enfin, pour toutes ces raisons, il faut limiter les premières opérations de ces deux produits aux personnes physiques car sinon les entreprises, en particulier les assureurs, vont rafler toutes les quantités émises. 

C-7) Innovations financières par les banques publiques 

Le secteur financier est dominé par les institutions publiques. Le Gouvernement doit mettre l’innovation financière et l’augmentation des ressources collectées comme objectifs prioritaires à ces institutions. Le lancement par deux banques publiques de produits financiers compatibles avec la Charia est à saluer, même s’il ne faut pas s’attendre à des miracles à court terme. C’est principalement les dépôts à vue qui vont aller vers ces produits. Plus généralement, collecter 1% du PIB (200 mds DA) pour ces produits à la première année serait un excellent résultat. 

D’autres innovations financières sont nécessaires. L’une d’elles est la création de produits qui rendraient les obligations plus liquides. Dans tous les pays du monde, les obligations sont moins liquides que d’autres actifs financiers, ce qui les rend moins attractives auprès d’une clientèle à fort potentiel, en particulier les personnes physiques et les personnes morales qui peuvent avoir des chocs de liquidités. La solution standard est d’utiliser les OPCVM (Organisme de placement collectif en valeurs mobilières) et les SICAV (Société d'investissement à capital variable) obligataires, ce que permet la législation actuelle. 

C-8) Privatisations de sociétés publiques 

Quand l’argent manque, un moyen usuel d’en avoir est de vendre certains de ses actifs, autrement dit privatiser des sociétés publiques. Il faut passer par la Bourse, en privatisant 20% pour commencer. Les prix seront relativement bas car l’économie ne va pas très bien. L’Etat pourra vendre plus de parts une fois l’économie en meilleur état afin d’éviter ce que m’on appelle le « fire-sale », c’est-à-dire la vente à prix cassé. Des entreprises de différents secteurs devraient être concernées, en particulier les banques et les assurances, les télécommunications, les transports, l’hôtellerie, et les industries. 

Il y a deux types d’erreurs à éviter. Il faut couper le cordon entre le politique et les sociétés cotées en bourse où l’Etat reste l’actionnaire majoritaire. Le cas de Saidal est emblématique avec la valse des PDG. Ce qui compte est d’instaurer une gouvernance compétente et indépendante. Ce type de gouvernance devrait éviter d’avoir la situation de Saidal qui en 2016 avait le même capital qu’une autre société privée du même secteur (Biopharm) et qui avait généré 3,5 fois moins de revenus. N’importe quel patriote devrait être interpellé par un tel résultat. 

L’autre erreur à éviter est de privatiser des sociétés et de les confier à des concurrents sur le même secteur, qui vont réduire les plans de développement des sociétés algériennes pour favoriser l’importation auprès de filiales à l’étranger du nouveau propriétaire, Arcelor Mittal étant le meilleur exemple. 

C-9) Incitations fiscales pour stimuler les produits financiers 

Les pouvoirs publics devraient stimuler la demande des particuliers en actifs financiers comme les actions et les obligations. Augmenter la taille du système financier algérien (bourse des actions et marché des capitaux) est un enjeu majeur pour le développement de l’économie du pays et sa diversification. Une bonne façon de stimuler cette demande est de créer des programmes de plan d’épargne-actions (PEA) et aussi des plans de retraites complémentaires pour les personnes physiques, en mettant en place des avantages fiscaux, tout en mettant des maximums à ces avantages. Les principes de base des PEA est que l’argent est investi pendant une certaine période, cinq à sept ans, qu’il est déduit de la base imposable, et que les gains financiers réalisés ne sont pas imposables. 

C-10) Attirer des fonds étrangers 

Attirer des investisseurs étrangers aura plusieurs avantages. D’abord l’argent qu’ils vont apporter dont le pays a besoin. Ensuite le savoir-faire technique et manageriel que leur employés et cadres algériens vont acquérir. Enfin ils vont apporter de la compétition qui va aider le pays à mieux allouer ses ressources. 

Beaucoup d’entraves à l’investissement étranger viennent d’êtres levées, en particulier le 51/49, mais il reste beaucoup à faire. Un point essentiel à ne pas négliger est la surévaluation du dinar. Si un investisseur étranger anticipe la baisse du dinar, il va attendre qu’elle se fasse car il ne voudra pas surpayer en devises les acquisitions qu’il va faire.  

Plus globalement, attirer des fonds étrangers (prêts bilatéraux, fonds d’aide, etc...) dans les projets du pays est une nécessité avec la baisse des revenus du pays. 

Quant à l’endettement externe sur les marchés internationaux, le pays est de fait exclu du marché normal avec ses énormes déficits interne et externe. Les seuls prêts que l’on pourrait obtenir seraient des emprunts à des taux très élevées et à des maturités très courtes, ce qui étranglerait le pays dans quelques années. C’est ce qui avait été fait durant la période 1986- 1988 (en plus de la hausse du dinar !). Nous connaissons tous la suite de l’histoire. 

Nous pensons qu’il faut d’abord réduire les deux déficits et aussi ramener le dinar à sa vraie valeur avant d’emprunter sur les marchés des capitaux internationaux, ce qui parait inévitable à terme. 

C-11) Arrêter l’opacité dans la communication des chiffres économiques 

L’opacité économique est de retour. Nous ne connaissons par les chiffres officiels du commerce extérieur depuis mars. Ils doivent êtres désastreux avec l’effondrement du prix du pétrole et la baisse des volumes exportés. Lors de son passage à la Radio Nationale, le nouveau Ministre des Finances n’a pas répondu à la question sur le montant des réserves de change. Lors de sa dernière interview, le Président a affirmé que ces réserves étaient à 60 mds dollars, ce qui est une impossibilité comptable car c’était déjà le montant fin mars. 

De la même manière, la Banque d’Algérie n’a pas publié les rapports annuels de 2018 et 2019. La dernière note de conjoncture concerne le second semestre de 2018. Une dépêche de l’APS du 9 juin mentionne un communiqué de la BA sur la situation économique durant le premier trimestre 2020 et les perspectives d’évolution, communiqué qui est introuvable. 

Tous les pays du monde souffrent des conséquences économiques du Covid-19, ce n’est pas propre à notre pays. La situation économique du pays est mauvaise depuis plusieurs années. La crise politique des dix-huit derniers mois a amplifié les difficultés économiques. L’effondrement du prix du pétrole et la pandémie accentuent encore plus la crise économique. Il n’est pas nécessaire de rajouter de l’obscurité, source d’incertitudes, à une situation déjà compliquée et très incertaine. Les citoyens algériens suivent ce qui se passent dans le monde et beaucoup d’experts nationaux sont capables de quantifier de manière assez précise la réalité des chiffres même s’ils ne sont pas publiés. Cette opacité est de fait une aubaine pour les pyromanes qui agissent contre les intérêts du pays. Il faut féliciter l’ONS pour avoir publié les chiffres sur la croissance économique du premier semestre de l’année, chiffres qui étaient prévisibles pour tout expert qui suit de près les affaires économiques du pays. 

Conclusion 

L’accumulation de problèmes économiques non résolus depuis des années, le report systématique des réformes économiques, les énormes chocs externes que sont l’effondrement des prix des hydrocarbures et la pandémie de Covid-19, font que le pays vit une crise économique sans précédent. La crise politique et l’absence d’une assemblée d’élus du peuple compliquent davantage la situation et empêchent les débats sur la crise économique. Les défis qui attendent le pays nécessitent un large consensus politique à construire, consensus qui nécessite comme première action la libération de tous les prisonniers d’opinion. 

D’ici là, l’injection de liquidités par la BA est l’unique solution pratique. Cette injection peut être par faite par la distribution d’un dividende exceptionnel de la BA au Trésor qui proviendrait de ses provisions, ou par la planche à billets (directe ou indirecte), ou les deux. Il n’y a pas d’autres options. Il faut aussi restaurer la confiance, en commençant par publier les chiffres économiques.

Nour Meddahi

Professeur des universités

Le 6 Août 2020 

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