Syrie : La guerre contre le terrorisme l’emporte sur les provocations israéliennes

Syrie : La guerre contre le terrorisme l’emporte sur les provocations israéliennes
Contribution | 07 Mars 2020 | 23:18

 Par Elijah J. Magnier: @ejmalrai

Traduction : Daniel G.

Pour le président syrien Bachar al-Assad et la Russie, la guerre contre le terrorisme l’emporte sur les provocations israéliennes. La Syrie et la Russie évitent par nécessité une « bataille entre deux guerres », un terme utilisé par Israël pour se faufiler et lancer un raid contre une cible ennemie pas suffisamment importante pour déclencher une guerre généralisée. L’élimination des djihadistes sur le front d’Alep et d’Idlib est beaucoup plus importante pour la Syrie qu’une riposte aux attaques israéliennes contre la capacité militaire de l’armée syrienne et sa destruction d’entrepôts militaires. Le commandement militaire israélien sait quelles sont les priorités syriennes et tire avantage de la situation. Israël a lancé des centaines d’attaques en Syrie contre des cibles variées dans différentes villes syriennes, sans toutefois changer l’équilibre des forces et des capacités militaires. Mais il sera facile de stopper les arrogantes violations de la souveraineté syrienne par Israël quand Damas sera prêt à tourner ses armes contre lui.

En fait, malgré plus de 400 attaques israéliennes sur la Syrie depuis le début de la guerre en 2011, l’armée syrienne a libéré aujourd’hui la majeure partie de la Syrie, à l’exception du nord occupé par les forces turques et américaines. L’armée syrienne avance vers le nord, en frappant aux portes d’Idlib depuis un mois. Les attaques israéliennes n’ont pas miné la confiance de l’armée syrienne, qui a fait ses preuves dans des batailles acharnées dans la Ghouta (à l’est de Damas), à Deir-Ezzor (nord-est) et dans le nord, et qui vient de dégager un grand périmètre de sécurité autour d’Alep.

La doctrine des Forces de défense israéliennes consiste à se spécialiser dans l’étude des affaires militaires plutôt qu’à se fier à l’expérience sur le terrain. L’Iran et ses alliés comptent énormément sur l’expérience, l’enseignement, l’entraînement et le renouvellement de leur doctrine militaire de façon créative. 

D’une bataille à l’autre, l’armée syrienne acquiert une expérience au combat qui lui réussit, une supériorité évidente sur le champ de bataille, une puissance de feu intense pour dégager la voie à l’infanterie avant toute attaque, une planification militaire efficiente, de l’équipement militaire perfectionné et une excellente capacité de coordination avec ses partenaires et l’armée russe. L’armée syrienne et ses alliés ont défait Daech dans la majeure partie de la Syrie. Les USA n’ont contribué à défaire Daech qu’au nord-est, en ne permettant pas aux forces de Damas de traverser l’Euphrate. 

L’armée syrienne a également défait al-Qaeda, ses combattants pour la plupart étrangers idéologiquement motivés et particulièrement bien entraînés et équipés, ainsi que tous les autres groupes djihadistes qui combattent sous différents noms, aux côtés de Syriens locaux (Hayat Tahrir al-Sham, Ansar al-Sharia, Ahrar al-Sham etc.). Les forces US n’ont pas livré bataille à al-Qaeda et d’autres groupes djihadistes en Syrie, en se limitant à des assassinats ciblés au moyen de drones. C’est l’armée syrienne et ses alliés qui ont fait le boulot d’éliminer al-Qaeda et ses alliés djihadistes en Syrie. 

Israël n’a jamais combattu dans des guerres prolongées, contrairement à la Syrie, à l’Iran et au Hezbollah qui ont vécu des années de guerre en étant confrontés à toutes sortes d’ennemis employant diverses tactiques. La Syrie, l’Iran et leurs alliés ont combattu en terrain montagneux, dans des zones dégagées, en milieu urbain et dans le cadre d’opérations spéciales derrière les lignes ennemies en affrontant plus d’un ennemi à la fois. Cette expérience est inestimable et unique.

L’Iran a livré à la Syrie des missiles balistiques et de croisière, ainsi que la technologie nécessaire pour en fabriquer localement. Israël croit avoir détruit bon nombre de ces missiles de précision, ce qui est probable. Mais Israël n’a pas réussi à priver la Syrie de tous ses missiles de précision, en ne faisant que détruire des missiles et des drones armés remplaçables. 

La doctrine militaire israélienne s’appuie principalement sur une force aérienne qui a fait preuve de son efficacité limitée lors de la dernière guerre israélienne au Liban en 2006. Mais cette force aérienne peut être facilement contrée. Selon une source de haut rang au sein de l’Axe de la Résistance, une simple règle d’engagement peut immobiliser pour de bon l’armée de l’air israélienne. La Syrie et ses alliés répondront en temps et lieu à chaque attaque aérienne israélienne par des tirs de missiles balistiques et de croisière munis de têtes explosives, juste assez pour intimider Israël et établir un équilibre entre une attaque aérienne et le lancement de missiles.

Le major général (à la retraite) Amos Yaldin, qui dirige l’Institut des études pour la sécurité nationale, a indiqué dans son évaluation annuelle que la probabilité de guerre  augmente. Pour sa part, l’Axe de la Résistance croit que la guerre est peu probable parce que toutes les parties sont fortement armées et peuvent causer d’immenses dommages de part et d’autre. Israël est fragile sur le plan intérieur et n’est pas habitué aux bombardements de missiles balistiques contenant plus de 700 kg de charge explosive et de missiles de croisière capables de frapper avec précision de multiples cibles sélectionnées. Les missiles de précision peuvent réduire les pertes civiles lorsqu’ils sont lancés contre des cibles militaires, mais ils peuvent aussi viser des objectifs très sensibles s’il le faut. Israël n’est plus tout seul à pouvoir causer des dommages aux pays voisins. Pour le moment, Israël tire avantage de la concentration des efforts militaires syriens contre les djihadistes en bombardant la Syrie sans vraiment subir de représailles. Mais une fois le nord de la Syrie libéré, l’heure des représailles sera venue pour la Syrie. 

La présence russe au Levant va sûrement bloquer toute possibilité qu’un conflit se transforme en guerre majeure dans la région. Le président Poutine n’est pas le président Dimitry Medvedev qui, en 2011, a donné à l’OTAN carte blanche pour détruire la Libye. Israël et la Russie ont de bonnes relations, mais la Russie ne tolérera pas qu’une guerre israélo-syrienne vienne gâcher ses plans d’imposer la stabilité dans la région. 

La Russie a déjà fait les frais d’attaques israéliennes et a tenu Tel-Aviv responsable de la destruction de son Ilyushin IL-20 avec 15 officiers à bord en septembre 2018. En réponse, la Russie a fourni à la Syrie des missiles S-300. En outre, des rapports récents indiquent que des Su-35 russes auraient poursuivi  un avion israélien en le forçant à quitter l’espace aérien syrien. 

Israël et la Russie sont parvenus à un accord en vertu duquel tout avion israélien violant l’espace aérien syrien pourrait se faire abattre. La Russie a le contrôle de tout l’espace aérien au-dessus de la Syrie, sauf à l’est de l’Euphrate. C’est ce qui explique pourquoi Israël a violé l’espace aérien irakien en bombardant des cibles (base militaire d’Althiyas, appelée aussi T4) à l’est de Homs sous le couvert des bases militaires US en Irak et dans le nord-est occupé de la Syrie. Israël bombarde aussi des cibles en Syrie à partir des hauteurs du Golan occupé ou du Liban. La Russie demande aussi à Israël de l’informer à l’avance de toute attaque pour lui permettre d’éviter d’être pris dans un tir croisé, d’avertir ses partenaires pour réduire les pertes et de retirer les armes sensibles de leurs caches.  

L’Iran arme continuellement la Syrie et ses alliés au Levant. Israël en est conscient et ne peut faire grand-chose pour y mettre fin. Israël sait aussi que ses attaques contre la Syrie cesseront lorsque la Syrie aura libéré son territoire. Il vaudrait mieux pour Israël de mettre fin à son spectacle électoral et au bombardement de cibles non stratégiques. La présence iranienne en Syrie est un fait accompli que ni les USA, ni la Russie, ni Israël ne peuvent changer. La Syrie a besoin d’un pays comme l’Iran pour s’élever contre l’hégémonie américaine et défendre le pays quand il le faut. Plus de neuf années de guerre ont permis à l’Iran d’établir une relation profonde avec la Syrie et de démontrer qu’il était prêt à s’élever contre les USA s’il le fallait, comme l’attaque de la base militaire US à Ayn al-Assad l’a prouvé. Un jour viendra où Israël ne pourra plus utiliser ses forces aériennes, maritimes et terrestres librement contre la Syrie. Les missiles de précision ont changé l’équilibre du pouvoir et imposent de nouvelles règles d’engagement radicalement différentes.

Lire tous les articles de la face B de l'info