Le montage auto a "bouffé" plus de 2,5 milliards de dollars en 2018 : L’arnaque à grande vitesse !

 Le montage auto a "bouffé" plus de 2,5 milliards de dollars en 2018 : L’arnaque à grande vitesse !
Par Hakim Megatli | 06 Janvier 2019 | 14:35

Au moment où les pouvoirs publics glosent sur la rationalisation des dépenses et invitent le simple citoyen à serrer la ceinture, ils autorisent curieusement à ouvrir les vannes des devises aux «hommes d’affaires» pour faire de juteuses … affaires sur le dos du peuple.

Les derniers chiffres du Centre national des transmissions et du système d’information des Douanes (CNTSID), relatifs à la facture d’importation des collections CKD destinées à l’industrie de montage des véhicules de tourisme, donnent froid dans le dos.

On y apprend ainsi que sur les onze premiers mois de 2018, l’Algérie a déboursé 2,482 milliards de dollars au profit de ces importateurs de pièces de véhicules qu’ils ne font qu’assembler dans de soi-disant usines bidon. Cette facture est d’autant plus salée et injustifiée qu’elle est en nette augmentation par rapport à l’année 2017 où elle avait coûté 1,441 milliard de dollars.

Ce business prend clairement l’allure d’un cadeau en bonne et due forme aux membres de ce cercle fermé d’importateurs auto qui se sucrent à moindre coûts et tirent d’immenses plus-values qui leur permettent de faire d’autres affaires à l’international. Il est en effet curieux de constater que l’enveloppe de l’importation des collections en CKD augmente dans un contexte prétendument d’austérité que décline le Premier ministre à tout bout de champ.  

Certes la liste des heureux bénéficiaires de cette rente a été portée à 40 importateurs alors qu’elle devait être limitée à une dizaine. Mais cette mesure n’explique pas à elle seule cette subite hausse de la facture. La faille est peut-être à chercher du côté de la surfacturation éhontée de pièces importées par ces «privilégiés du système».

Le fait est que les véhicules faussement «made in Algeria», dont se gargarisent ces assembleurs propulsés par le «miracle algérien» en de fabricants de voitures en deux temps trois mouvements, sont plus chers que ceux achetés à l’étranger !

Un "Symbol" du made in Algéria... 

Facteur aggravant : Ils sont moins sûrs en termes de sécurité et moins lotis en termes d’équipements embarqués. Les usagers ont du reste souvent dénoncé l’arnaque de certains «monteurs» qui leur livrent des véhicules au prix fort avec des pièces manquantes comme la radio CD par exemple.

D’autres payent le prix et attendent des mois avant de recevoir leurs véhicules ; le temps qu’ils arrivent aux «usines» pour être «désossés» puis assemblés… Mine de rien, ces «fabriques» mettent sur la route des centaines voire des milliers de voitures et des 4x4 tout-terrain en quelques semaines !  Et Tahya al Jaziar !

Tous les experts le disent : le montage automobile en Algérie est une arnaque à grande vitesse. Faut-il rappeler que l’ex ministre de l’industrie, Mahdjoub Bedda avait reconnu qu’il s’agissait de «d’importation déguisée» avant d’être débarqué de son poste.

Ces dizaines de privilégiés qui ont réussi à constituer un lobby ont-ils à ce point le pouvoir d’orienter la politique du gouvernement ? La question mérite d’être posée quand on voit avec quelle facilité ces gens-là saignent à blanc les finances publiques pour un taux d’intégration anecdotique et un transfert de technologique nul.  

Pendant ce temps, des projets créateurs d’emploi et producteurs de richesses sont inexplicablement bloqués à l’instar de ceux du groupe privé Cevital et certainement de dizaines d’autres qui n’ont pas bénéficié de relais médiatiques.

Tout compte fait, le montage automobile qui graisse les pattes aux nouveaux friqués de la république résume assez bien les errements économiques de l’Algérie. A quoi servirait in fine un baril cher si ce n’est pour remplir les comptes en banque offshore de ceux qui profitent de la rente en valeur et en nature ? La roue du développement industriel tourne décidément à l’envers…   

Voir tous les articles de l'économie