Cinquième mandat du président Bouteflika : la confirmation subliminale d’Ouyahia

 Cinquième mandat du président Bouteflika  : la confirmation subliminale d’Ouyahia
Par Amel Benabi | 14 Avril 2018 | 14:15

Contrairement à son alter ego du FLN qui n’a pas hésité à lancer un appel au président pour un cinquième mandat, le chef du RND, Ahmed Ouyahia,  met quelque nuances dans son propos, histoire peut être, de ne pas insulter l’avenir. «Vous voulez absolument faire du président un candidat. Il entamera la cinquième année du quatrième mandat dans deux jours (le 17 avril). Laissez-le présider le pays. Nous avons besoin d’un guide au gouvernement », a lancé un tantinet vague le Premier ministre qui animait ce matin en conférence de presse au CIC.

Il est aisé de déceler dans ce propos, une certaine gêne d’Ouyahia de devoir évoquer encore une fois la perspective d’un 5ème mandat alors même qu’il nourrit l’ambition d’être le recours en 2019. Il aurait sans doute aimé ne pas être interrogé sur la question. La dernière sortie publique du président était-elle une demande d’un 5ème mandat ou une sortie d’adieu ?

Visiblement agacé, le Premier ministre réplique : «Il est regrettable de poser de telles questions», ajoutant, vaguement,  que l’image «ne trompe pas» et que le «peuple était content de voir son président». Et si Ouyahian’aime pas ce genre de questions, Ould Abbès lui y apporte même des réponses. Pour autant, le Premier ministre affirme qu’ils ne sont pas en concurrence mais «complémentaires» et «partenaires en  politique». Ahmed Ouyahia ne s’est tout de même pas empêché de donner la preuve de sa fidélité au président. «On ne peut être que fier si le président de la République décidait de poursuivre (se représenter à un nouveau mandat, NDLR).

Les experts snobés

Pour ce faire, il annonce que son gouvernement va présenter le bilan de 2018 et le bilan du quatrième mandat et le bilan des «vingt dernières années des réalisations de Bouteflika». Pourquoi ? Pour appuyer un 5ème mandat ou pour justifier cette politique qui aura été appuyée par un bilan comptable «nécessaire pour répondre à ceux qui demandent où sont passés les 1000 milliards de dollars» ? Le Premier ministre a semblé cultiver le mystère se gardant de se lancer dans des projections qu’il sait aléatoires.

 Mais le fait de laisser ce fameux bilan à la «fin de l’année», laisse supposer qu’il servirait forcément de pièce à conviction à un 5ème mandat, comme cela avait été souvent le cas durant les quatre mandats précédents. Ouyahia donne tout de même quelques indices bien qu’il ait reconnu que 2017 était une année «difficile». Il s’enorgueillit quand même de «3500 milliards de dinars» d’investissement et de 3,7% de croissance en dehors des hydrocarbures, pour une croissance globale 2,2% et un taux de chômage 11,7%.

Toujours dans le rayon économique, le Premier ministre a révélé que 700 milliards de dinars de créances ont été assainis et 1500 projets gelés relancés ainsi que la restructuration financière du complexe El Hadjar, le doublement de l’exploitation du phosphate à Tébessa. Mais le clou du propos d’Ouyahia était de dire que les experts se sont trompés à propos du financement non conventionnel. «Beaucoup de choses ont été dites par les experts en ce qui concerne le financement interne non conventionnel. Contrairement à ce qui a été dit, l’inflation a diminué», a-t-il soutenu.

 De fil en aiguille, il pense que 2018 sera «meilleure sur le plan économique et sociale, l’État a augmenté en matière de financement, la dynamique économique bouge encore mieux». De quoi justifier, suggère-t-il une rallonge de mandat au président Bouteflika…

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