Réunion de l'Opep/non Opep du 5 au 7 décembre à Vienne : quelles incidences sur le cours du pétrole ?

Réunion de l'Opep/non Opep du 5 au 7 décembre à Vienne : quelles incidences sur le cours du pétrole ?
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 04 Décembre 2018 | 17:53

Le cours du  Brent avait  atteint le 3 octobre un pic de 86,74 dollars le Brent, le 01 décembre 2018  a été coté à  59,19 dollars avec une légère remontée le 03/12/20180 16h à 61,38 dollars  devant tenir compte du cours euro- dollar coté à 1,13 influant entre 5/10% sur le cours . Face à cette baisse drastique, lors des réunions prévues à Vienne du 05/07/12/2018 seront examinés le rapport et les recommandations du JMMC chargé du contrôle de la conformité aux ajustements volontaires de la production tels que décidés dans la Déclaration de Coopération signée en novembre 2017, analysera l’évolution des marchés pétroliers depuis sa dernière réunion à Vienne tenue en juin 2018, et examinera les perspectives du marché pétrolier pour 2019. L’annonce le 03 décembre du retrait du Qatar de l’OPEP  pour un quota de  648.000 barils/j réduit  à 618.000 barils/j aura un impact limité sur le cours du pétrole , mais pas sur le prix de cession du gaz  car étant pays essentiellement gazier 3ème réserve mondiale de gaz traditionnel après la Russie et l’Iran  mais mets mal à mal la cohésion de l’OPEPE après les critiques acerbes de l’Iran contre cette organisation.  Sans passion, il s’agit d’examiner à la fois les fondamentaux et les facteurs géostratégiques qui peuvent influer sur la réunion prochaine de Vienne  et à terme  sur le cours mondial.

1.-Il existe des divergences sur le juste prix d’équilibre, entre  petits  producteurs à fortes population préconisant 75/80 dollars comme l’Algérie et le Venezuela, d’autres gros producteurs 65/70 dollars et les USA et l’Europe un prix entre 50/60 dollars. Au cours des différentes réunions tenues entre 2017/2018, les pays Opep et non Opep se sont engagés en faveur de la stabilité des marchés pétroliers, de l’intérêt mutuel des pays producteurs et consommateurs, de l’approvisionnement efficace, économique et sûr des pays consommateurs, d’un rendement équitable du capital investi ainsi que du retour de la confiance des investisseurs dans l’industrie pétrolière. Qu’en sera t –il des  deux importantes réunions  auront lieu du 5 au 7 décembre 2018 à Vienne en Autriche auxquelles prendra part notamment à la 12ème réunion du Comité de suivi ministériel conjoint Opep et non Opep (JMMC) qui aura lieu le 5 décembre, et à la 175ème Conférence ministérielle des pays membres de l’Opep qui se tiendra le 6 décembre ? Le cours prévisionnel du pétrole sera influencé par plusieurs facteurs à la fois les fondamentaux économiques, mais surtout dans cette conjoncture particulière par les  facteurs géostratégiques.  La première  raison fondamentale, comme  le souligne les rapports internationaux dont  celui de    la Banque mondiale l’avenir de  la croissance mondiale, notamment de la Chine et de l’inde (un tiers de la population mondiale)  avec une prévision de ralentissement pour 2019/2020.  Bon  nombre d’experts internationaux ainsi que  des institutions internationales comme le FMI, la Banque mondiale prévoient  une éventuelle crise mondiale horizon 2020/2025 en cas d’accélérations des mesures protectionnistes entre les Usa/Europe, USA/Chine. La réunion  organisée à l’occasion du sommet du G20, à Buenos Aires, les vendredi 30 novembre et samedi 1er décembre 2018, a permis d’aplanir certaines dissensions entre les USA et la Chine,  une trêve dans leur conflit commercial, qui menace l'économie mondiale, les Etats-Unis ayant  annoncé qu’ils renonçaient à ce nouveau volet de taxes et de son   côté, la Chine s’étant  engagée à augmenter ses achats de produits américains, notamment agricoles et énergétiques. Encore que le dernier rapport  de l’AIE d’octobre 2018 met en garde  les pays dépendant de la rente des hydrocarbures, du fait  d’une modification de la trajectoire de la croissance  fondée sur l’économie de la connaissance, d’une nouvelle configuration de la demande énergétique mondiale (efficacité énergétique, énergies renouvelables, entrée de l’hydrogène horizon 2030) qui impactera la demande d’hydrocarbures traditionnels

2.-La deuxième raison de cette baisse brusque du cours est que plusieurs pays OPEP et non OPEP dont  la Russie, n’ont pas respecté  le  quota décidé en décembre 2016 à Vienne qui  a été le suivant :l’Algérie dispose d’un quota de 1,089 million de barils jour, avec une réduction de 50.000 barils/jour son quota passe à 1,039 million barils/j,-L’Angola  passant de 1,751 million barils/jour à 1,679 barils/j,’Arabie Saoudite passant de 10, 544 million barils/j à 10,058 barils/j, les Emiraties Arabes Unies passant de 3,013 barils/j à 2,874 barils/jour, l’Equateur passant de 548.000 barils/jour à 522.000 barils/j, le Gabon de 202.000 barils jour à 193.000 barils/jour, l’Iran de 3,975 millions barils/jour à 3,797 millions barils/j, l’Irak de 4,561 millions barils/j à 4,351 millions barils/j, le Koweït de 2,838 millions barils/j à 2, 707 millions barils/j, le Qatar (pays essentiellement gazier 3ème réserve mondiale de gaz traditionnel après la Russie et l’Iran), 648.000 barils/j à 618.000 barils/j, le Venezuela, paradoxe le premier réservoir de pétrole mondial avant l’Arabie Saoudite mais un pétrole lourd actuellement en semi-faillite, de 2,067 millions de barils/j à 1,972 millions de barils jour. Les  autres pays hors OPEP concernés par l’accord conclu sont : la Russie 300.000 barils jour de réduction dont la production russe de pétrole, le Mexique (2,1 Mb/j en octobre/novembre 2016)le Kazakhstan (1,7 Mb/j), Oman (1 Mb/j), l’Azerbaïdjan (0,8 Mb/j,)  la Malaisie (0,7 Mb/j), la Guinée équatoriale (0,2 Mb/j), le Soudan du Sud (0,1 Mb/j),  le Soudan (0,1 Mb/j)  et  le Brunei (0,1 Mb/j). Dans les faits, l’essentiel de cette baisse est assuré par les deux plus grands producteurs de ce groupe hétérogène : la Russie (- 0,3 Mb/j) et le Mexique (- 0,1 Mb/j). Les tensions actuelles  entre Iran  et l’Arabie saoudite ont  engendré   une mésentente au niveau de l’Opep et selon l’agence Reuters en moyenne octobre 2018, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) a extrait 33,31 millions de barils par jour (bpj)  soit 390.000 bpj de plus qu’en septembre. Une partie du supplément de production de l’Opep provient   de la République du Congo et de la Guinée Equatoriale, qui ont rejoint l’organisation en 2018 et 2017, mais bon nombre de  pays  de l’OPEP, les EAU qui a connu   une augmentation de la production de 200.000 bpj à 3,25 millions de bpj, la  Libye  avec une production de 1,22 million de bpj en moyenne, en hausse de 170.000 bpj, alors que la production de l’Iran  a connu une diminution  de 100.000 bpj,  recul  inférieur aux  anticipations. Hors Opep, la Russie a produit 11,41 millions de bpj en octobre et contre   11,36 millions de bpj en septembre 2018. C’est dans ce contexte que  le 11 novembre 2018, les pays de l’OPEP et certain pays non OPEP se sont retrouvé à   Abu Dhabi, (Emirats arabes unis) mais sans décisions concrètes démentant les prévisions  de certains  analystes qui prédisaient une hausse des cours, alors que la baril est passé de plus de 80 dollars en début octobre 2018 à moins de 60 dollars depuis  fin  novembre 2018. Au cours de cette réunion, l’Arabie Saoudite après avoir annoncé  auparavant, sous pression américaine,  une production de plus de 12 millions de barils jour pour combler le déficit iranien a fait savoir qu’elle baisserait de 500 000 barils son niveau de production dès le mois de décembre. Le nombre de barils produits chaque jour passera de 10,7 millions à 9,9 millions en mai prochain. Les pays producteurs se disent prêts à des ajustements, mais aucune action concertée n’a pour le moment été arrêtée.  Ainsi les  nouvelles sanctions contre l’Iran qui devaient effectivement faire monter les cours mondiaux, et dans les circonstances actuelles, l’excédent de production qui pourrait être compris entre 1 et 2 millions de barils par jour au premier trimestre 2019, pourrait impacter le cours à la baisse. Les autres raisons sont  qu’un prix supérieur à 60 dollars  devrait entrainer  l’entrée massive du pétrole et du gaz de schiste US dont les gisements marginaux, qui sont les plus nombreux, deviennent rentables. En août 2018, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), les USA sont   devenus le premier producteur mondial de pétrole, devant la Russie et l’Arabie saoudite, avec 10,9 millions de barils par jour et  cette production devrait même dépasser 11,5 millions de barils par jour en 2019. Par ailleurs, les ces sanctions contre l’Iran  sont atténuées à la fois ,par la position européenne qui a décidé de mettre en place un système de troc pour contourner les transactions en dollars et  le marché  chinois ou les iraniens peuvent se faire payer en yuans et  également que huit pays gros importateur de l’Iran pendant huit  mois ne sont pas  concernés par les sanctions américaines qui ont pris  effet à partir de novembre 2018 : il s'agit de la Chine, l'Inde, la Corée du Sud, la Turquie, la Grèce, l'Italie, le Japon et Taiwan sas compter l’écoulement au marché au noir en dessous du prix réel du marché.  L’autre explication  est la situation politique en Arabie saoudite, les Bourses ne voyant pas encore clair de l’action du prince héritier, avec la crainte de tensions politiques internes, mais surtout de la vente de 5% d’actions d’une partie de la grande société Aramco, afin de maintenir l’action à un niveau élevé, vente qui a été reportée,  la tension au Kurdistan, cette zone produisant environ 500 000 barils/jour, la baisse de la production vénézuélienne, les tensions en Libye et au Nigeria .

3.-Qu’en sera t-il de l’impact sur l’économie algérienne tributaire à 98% des hydrocarbures pur ses recettes en devises qui selon le Ministre des finances qui tendent vertigineusement  à la baisse ayant  évolué ainsi : 2012 :190,6 milliards de dollars, 2013 :194,0 milliard de dollars, 2014 :178,9 milliards de dollars, 2015 :144,1 milliards de dollars, 2016 : 114,1 milliards de dollars, 2017 : 97,3 milliards de dollars. Selon la banque d’Algérie,  bilan du premier semestre 2018,  par rapport à fin décembre 2017, les réserves de change se sont contractées de 8,72 milliards de dollars en passant de 97,33 milliards à fin décembre 2017 à 88,61 milliards à fin juin 2018, ce qui donnerait fin 2018, selon la même tendance   un montant d’environ 77/79   milliards de dollars. Selon le PLF  comme incidence, l’encours des réserves de change sera impacté et se contracterait à 62, milliards de dollars en 2019,  47.8 en 2020 et à  33.8 milliards de dollars en 2021, le FMI prévoyant 12 milliards de dollars courant 2022. Ces réserves dépendant à la fois du niveau de la dépense publique et pour ralentir leur baisse devant  lutter contre les surcoûts à travers la mauvaise gestion et les surfacturations, le ciblage de projets à valeur ajoutée et de la pression démographique. Or il ne faut pas  se concentrer uniquement sur le pétrole brut car selon  le bilan officiel de Sonatrach 2017,la production  et les exportations  se structurent ainsi : la production de Gaz naturel en millions de mètres cubes  a été de 96599 (1,7%) pour une exportation de 37594   (-2,2%), la production et les  exportations de  gaz naturel GNL en millions de mètres cubes  16410(+5,7%), la production de pétrole brut a été 49468 Kt (-2,9%) et l’exportation  de 24677( -2,2%), la production et les exportations de  condensat en K tonnes a été 9219   (_0,1%), le Gpl aux champs a été de 7980 Kt (-3,2%) et les exportations de 6932  (-5,2%),les  produits raffinés en KT 15941 (-1,8%), autres Gnw( électricité 880 (-71,2%), soit un total de production  165861 en Kt (_0,2%) pour une exportation de 108.257 (-2,2%) contre une production 166184 (2016) et une exportation de110643 en 2016 . Ce qui donne en pourcentage pour les  exportations : GN, 32,9%, GNL, 14,4%,( au total gaz 47,3%)  pétrole brut 25,2%, condensat, 4,4%, produits raffinés 15,6%, Gpl 7,6%.  Sonatrach directement et indirectement avec les drivées (engrais ect.) procure  environ 97/98% des recettes en devises du pays d’où l’importance d’être attentif  à l’évolution du prix tant du gaz (le cours le 10/11/2018 étant à 3,5 dollars le MBTU inferieur par rapport aux années 2008/2009 représentant, selon les données en structure  physique  de Sonatrach, pour 2017 plus de 47% des exportations) Aussi, l’essentiel des exportations algériennes sont les hydrocarbures soumis aux  facteurs exogènes échappant à la gouvernance interne  (Voir contribution internationale du professeur Abderrahmane Mebtoul Mena/Forum- diffusion internationale Londres/Bruxelles  « The eight factors determining the price of oil by Dr A. Mebtoul | Nov 1, 2018. Une  hausse d’un dollar en moyenne annuelle procure à l’Algérie entre 300/400 millions de dollars supplémentaires pour une production d’un million de barils/jour  soit à 70 dollars entre 6/ 8  milliards de dollars/an  au  cours 118 dinars un dollar,  entre  708 et  944 milliards de dinars supplémentaire par rapport au plancher de 50 dollars de la loi de finances, et seulement 3 à 4 milliards de dollars si le cours moyen est de 60 dollars.  Mais quelque soit le scénario ce montant est insuffisant, en référence à la loi de finances 2019 qui prévoit un déficit du trésor de 18 milliards de dollars soit 2124 milliards de dinars, ce qui laisse prévoir le recours à sa monétisation par le biais de la planche à billets. Il   faudrait en 2019 un cours d’environ 95/100  dollars le baril pour ne pas puiser dans les réserves de change et ne pas utiliser le financement non conventionnel Et ce sans l’hypothèse de la  stabilité cours dinar/dollar, car l’artifice comptable du dérapage du dinar par rapport au dollar réduit artificiellement le déficit du trésor en gonflant la fiscalité hydrocarbures ( dollars) et la fiscalité ordinaire (importation en euros,un impôt indirect supporté   par le consommateur , les entreprises répercutant ces taxes . 

4.-En conclusion, je suis convaincu que  pour relever les défis futurs, se projeter sur l’avenir, une nouvelle gouvernance, un  langage de vérité et la moralité des gouvernants s’imposent. Avec une plus  grande rigueur budgétaire, une meilleure gouvernance, un changement de cap de la politique économique actuelle, avec un baril entre 60/70 dollars, l’Algérie peut sens sortir, possédant   des atouts avec un  endettement extérieur faible inférieur à 7 milliards de dollars.  L’Algérie  possède  toutes les potentialités pour réussir supposant une autre démarche où le Politique, l’Économique, le Social, le Culturel  sont dialectiquement liés.  Retarder  les  réformes  structurelles  conduira inéluctablement  à la régression économique et sociale , la cessation de paiement horizon 2022  avec les risques  de tensions sociales et la déstabilisation de la  région méditerranéenne  et africaine  avec des interférences étrangères. Dans ce contexte, la presse nationale et internationale du 01 décembre 2018,  a vu dans le récent discours du premier ministre la volonté du retour à l’autoritarisme, ayant peut être déformé ses propos, pour décrédibiliser l’Algérie au niveau tant national qu’international. Car, il faut éviter de vivre   encore dans l’utopie  des années 1970,  oubliant que le monde a changé, en voulant ériger en mode de gouvernance locale et centrale  l’autoritarisme, loin de tout dialogue productif,  faute de relais crédibles au niveau de la société. Certains esprits mal intentionnés, oubliant le drame les années tragiques 1990/1999,  veulent impliquer les forces de sécurité  et l’ANP qui  les couperait  à terme  de la population, ces institutions stratégiques rappelé souvent par les plus hautes autorités du pays, Présidence et ministère de la défense nationale, ayant  d’autres missions constitutionnelles, étant au service de l’Etat algérien et du citoyen. L’ordre, par la protection des biens et personnes n’est aucunement antinomique avec le développement des libertés qui rassemble beaucoup plus qu'il divise. Aussi, afin   d’éviter l’affrontement direct services de sécurité, la  situation présente  exige une action vigoureuse de réorganisation  tant de l'économie que des partis politiques , du monde associatif donc la société civile  pour le redressement de l'Algérie, en lui proposant un cadre adéquat d'expression collective, afin de faire face à la difficile conjoncture géostratégique et socio-économique qui attend l’Algérie entre 2019/2022/2025, posant l’ urgence  du renouveau des partis politiques et de la société civile, comme intermédiation sociale.. L’Algérie  a besoin enfin d’une nouvelle stratégie, s’adaptant au nouveau monde, de la confiance et du dialogue productif, de rassembler au lieu de diviser,  pour sécuriser son  avenir fin  de s’éloigner  des aléas de la mentalité rentière. 

 Le  03 décembre 2018

 ademmebtoul@gmail.com

NB-Professeur Abderrahmane Mebtoul a été directeur d’Etudes Ministère Energie/Sonatrach 1974/1979-1990/1995-2000/2007- auteur de nombreuses contributions internationales et membre de plusieurs organisations internationales spécialisées dans l’énergie.

Voir nos interviews à ce sujet  -radio publique chaine 3  entre 13 et 13h30 et Tv Chorouk 14h30  et tv Ennahar 16h20 notamment de l’impact du retrait du Qatar de l’OPEP

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