Quels sont les six axes de la transition énergétique pour l’Algérie ?

Quels sont les six axes de la transition énergétique pour l’Algérie ?
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 08 Novembre 2016 | 10:11

Cette présente analyse  est une synthèse de nombreuses contribuions  parues au niveau national et international, notamment   sur le site www.algerie1.com,   sur la transition énergétique. La rencontre initiée par le FCE est une bonne initiative mais n’apprendra  pas grand-chose au gouvernement  et aux  décideurs du pays   qui ont  été destinataires  de nombreux rapports sur ce sujet parallèlement aux nombreuses  contribution de nombreux experts (1). Il faut passer  des discours aux actes. En effet , tenant compte de l’évolution des coûts croissants, des nouvelles mutations énergétiques mondiales et de la concurrence de nouveaux producteurs, des exportations et de la forte consommation intérieure induits par de nouveaux investissements dans le doublement des capacités des centrales électriques qui fonctionneront à partir des turbines de gaz, favorisé par des bas prix, l’Algérie sera importatrice de pétrole dans 10/ans et de gaz conventionnel dans 15 ans D’où l’importance, dès maintenant, de prévoir la transition énergétique que je résumerai en six axes directeurs   

- Le premier axe est d’améliorer  l’efficacité énergétique car comment peut –on programmer 2 millions de logements  selon les anciennes normes de construction exigeant de fortes consommation d’énergie alors que les  techniques moderne  économisent  40 à 50% de la consommation ? . Par ailleurs s’impose une nouvelle politique des prix ( prix de cession du gaz sur le marché intérieur environ un dixième du prix international occasionnant un gaspille des ressources  qui sont gelés transitoirement pour des raisons sociales.  . A cet effet,  une réflexion doit être  engagé par le gouvernement algérien   pour la création d’une chambre nationale de compensation, que toute subventions devra avoir l’aval du parlement pour plus de transparence, chambre  devant réaliser un système de péréquation, segmentant les activités afin d’encourager les secteurs structurants  et tenant compte du revenu par couches sociales, impliquant une nouvelle politique salariale.

 

-Le second axe,   l’Algérie a décidé d’investir à l’amont pour de nouvelles découvertes. Mais pour la rentabilité  de ces gisements tout dépendra du vecteur prix au niveau international et du cout, pouvant découvrir des milliers de gisements non rentables, posant le problème  de la rentabilité  des   100 milliards de dollars annoncés par le Ministère.

 

-Le troisième axe  est le développement   des énergies renouvelables devant combiner le thermique et le photovoltaïque  dont le cout de production mondial a diminué de plus de 50%  et il le sera plus à l’avenir.  Or, avec plus de 3 000 heures d’ensoleillement par an, l’Algérie a tout ce qu’il faut pour développer l’utilisation de l’énergie solaire, ou presque. Le soleil tout seul ne suffit pas. Il faut la technologie et les équipements pour transformer ce don du ciel en énergie électrique.  La production à grande échelle permettrait de réduire substantiellement les coûts tout en favorisant à l’aval une multitude de PMI-PME, renforçant le tissu industriel à partir des énergies propres (industries écologiques). La promotion des énergies renouvelables  suppose des moyens financiers importants en investissement et en recherche-développement. Le fonds technologique pour les énergies renouvelables décidé en conseil des ministres dont le taux est passé de 0,5% à 1% de la rente des hydrocarbures devrait être revu à la hausse à 3% minimum afin de pouvoir permettre le soutien entre le tarif garanti permettant la rentabilité de l’investissement. Grâce aux recettes d’hydrocarbures alimentant ce Fonds, l’Algérie peut éviter  de faire supporter ces investissements sur le consommateur à revenus faibles, à l’instar de l’Allemagne où la différence entre le prix garanti et celui du marché, est reportée sur les factures des consommateurs via une surtaxe, suite à sa décision de sortir du nucléaire d’ici à 2022.  L’Algérie a réceptionné en mi-juillet 2011 la centrale électrique hybride à Hassi R’mel, d’une capacité globale de 150 MW, dont 30 MW provenant de la combinaison du gaz et du solaire. Cette expérience est intéressante. La combinaison de 20% de gaz conventionnel et 80% de solaire me semble être un axe essentiel pour réduire les coûts et maîtriser la technologie. À cet effet, le CREG (l’agence de régulation) a annoncé la publication de  décrets destinés à accompagner la mise en œuvre du programme algérien de développement des énergies renouvelables.  Des  mesures incitatives sont prévues par une  politique volontariste à travers l’octroi de subventions pour couvrir les surcoûts qu’il induit sur le système électrique national et la mise .en place d’un fonds national de maîtrise de l’énergie (FNME) pour assurer le financement de ces projets et octroyer des prêts non rémunérés et des garanties pour les emprunts effectués auprès des banques et des établissements financiers.  Le programme algérien consiste à installer une puissance d’origine renouvelable de près de 22 000 MW  dont 12 000 MW seront dédiés à couvrir la demande nationale de l’électricité et 10 000 MW à l’exportation. D’ici 2030,  l'objectif de l'Algérie serait de produire,  30 à 40% de ses besoins en électricité à partir des énergies renouvelables. Le montant de l’investissement public consacré par l’Algérie à la réalisation de son programme de développement des énergies renouvelables, à l’échéance 2030,qui était au départ fixé à 6O milliards  de dollars  s’élèverait, selon le Ministère de l’énergie,  à 100 milliards de dollars. Le problème l’Algérie aura-t-elle les capacités d’absorption, la maitrise technologique  pour éviter les surcouts, la maitrise du marché mondial  et ne sera-t-il pas préférable de réaliser  ces projets dans le cadre d’un partenariat public privé national, international et pourquoi pas  dans le cadre de l’intégration de l’Afrique du Nord , pont entre l’Europe et l’Afrique, marché naturel du Maghreb et de l’Europe, continent à enjeux multiples qui horizon 2O3O/2040, tirera la croissance de l’économie mondiale. 


- Le quatrième  axe, l'Algérie compte construire sa première centrale nucléaire en 2025 pour faire face à une demande d'électricité galopante, selon le 19 mai 2013  du ministre de l'Énergie et des Mines, l'institut de génie nucléaire, créé récemment, devant  former les ingénieurs et les techniciens en partenariat,  qui seront chargés de faire fonctionner cette centrale. Les réserves prouvées de l'Algérie en uranium avoisinent les 29.000 tonnes, de quoi faire fonctionner  deux centrales nucléaires d'une capacité de 1.000 Mégawatts chacune pour une durée de 60 ans, selon les données du Ministère  de l'Énergie.   La ressource humaine étant la clef à l’instar de la production de toutes les  formes d’énergie et afin d’éviter cet exode de cerveaux massif que connait l'Algérie, le poste services  avec  la sortie de devises  étant passé de 2 milliards de dollars en 2OO2 à 10/12 milliards  entre 2O10/2015, dont une grande partie destinée au secteur hydrocarbures, Sonatrach se vidant de sa substance, il convient  de résoudre le problème récurrent   des chercheurs du nucléaire( cela s’applique à l’ensemble des chercheurs)  qui depuis des années demandent l’éclaircissement de leur statut, la revalorisation de leur rémunération et surtout un environnement propice  par la levée    des obstacles bureaucratiques qui freinent  la recherche.


- le cinquième axe, l’option du gaz de schiste  introduite dans la nouvelle loi des hydrocarbures  de 2013. En Algérie, devant éviter des positions tranchées pour ou contre, un large débat national s’impose, car on ne saurait minimiser les risques de pollution des nappes phréatiques au Sud du pays. L’Algérie étant un pays semi-aride, le problème de l’eau étant un enjeu stratégique au niveau méditerranéen et africain, doit être opéré un arbitrage pour la consommation d’eau  douce, (les nouvelles techniques peu consommatrices d’eau n’étant pas encore mises au point, malgré le recyclage,  quel sera le coût, fonction de l’achat du savoir-faire), un milliard de mètres cubes gazeux nécessitant 1 million de mètres cubes d’eau douce et être pris en compte les coûts (en plus de l’achat des brevets) devant forer plusieurs centaines de puits moyens pour un milliard de mètres cubes gazeux. Sans compter la durée courte de la vie de ces gisements  et  la nécessaire entente avec des pays riverains se partageant ces nappes. 

 

-Le sixième axe, rentrant dans le cadre des résolutions  de la COPE21 et  de  la COP22 est   l’action climatique qui ne peut être conçue dans le cadre d’une Nation, impliquera une large concertation avec notamment les pays du Maghreb et de l’Afrique. D’une manière générale, pour le Maghreb dont l’Algérie, les ressources hydriques sont vulnérables aux variations climatiques. L’eau et sa gestion sont des problèmes conditionnant son avenir, le volume maximal d’eau mobilisable étant déficitaire d’ici à 2020 selon Femise (réseau euro-méditerranéen sur la région MENA. Dans la région du Maghreb, les effets négatifs toucheront la production de légumes dont les rendements diminueraient de 10 à 30 % et une baisse du blé à près de 40%. Ainsi, le changement climatique pourrait entraîner une véritable crise migratoire, l’or bleu, enjeu du XXIème siècle qui non résolu pouvant provoquer des guerres planétaires.

 

En résumé, la transition  pouvant être définie comme  le passage d’une civilisation humaine construite sur une énergie essentiellement fossile, polluante, abondante, et peu chère, à une civilisation où l’énergie est renouvelable, rare, chère, et moins polluante ayant  pour objectif le remplacement à terme des énergies de stock (pétrole, charbon, gaz, uranium) par les énergies de flux (éolien, solaire). La transition énergétique renvoie à d'autres sujets que techniques,   posant  la problématique sociétale.   Il ne suffit pas de faire une loi car le déterminant  c’est le socle social Cela  pose  la problématique   d’un nouveau modèle de croissance : tous les secteurs économiques, tous les ménages sont concernés : transport, BTPH ;   industries, agriculture. Les choix techniques d’aujourd’hui  engagent la société sur le long terme. Dès lors  la transition énergétique suppose un consensus social  car la question fondamentale est la suivante : cette transition énergétique, combien ça coûte, combien ça rapporte  et qui en seront les bénéficiaires. Pour une transition énergétique cohérente de  renforcer les interconnexions des réseaux et l’optimisation de leur gestion (smart grids) pour contribuer à l’efficacité énergétique, au développement industriel, aller vers  un nouveau modèle de croissance, afin de  favoriser l’émergence d’une industrie de l’énergie, au service de l’intégration économique, les avantages octroyés par l’État devant être fonction de ce taux. Dans ce cadre, il est souhaitable un partenariat public privé national et international afin de favoriser la concurrence,  le monopole étant forcément des surcoûts. Pour  ce segment, la règle des 49/51%, reposant sur une vision idéologique  dépassée, est inappropriée, devant prévoir d’autres mécanismes pour protéger la production nationale, (autres critères balances technologique et financière positive). Pour cela une nouvelle politique des prix est nécessaire car la détermination de la politique des tarifs est inséparable des mécanismes de répartition du revenu national.  Il faudra  mieux cibler ces subventions qui sont supportées par le trésor sans distinction de revenu. En Algérie existe un véritable paradoxe : la consommation résidentielle (riches et pauvres payent le même tarif ; idem pour les carburants et l’eau) représente 60% contre 30% en Europe et la consommation du secteur industriel 10% contre 45% en Europe montrant le dépérissement du tissu industriel, soit moins de 5% du produit intérieur brut. Les décisions dans le domaine de l’énergie engagent le long terme et la sécurité du pays au regard des priorités définies sur le plan politique (indépendance nationale, réduction des coûts, réduction des émissions de carbone, création d’emplois). Chaque décision majeure devra être préalablement analysée par le conseil national de l’Énergie, présidé par le président de la république, après un large débat national. Comme  je l’ai préconisé   il y a deux ans à Bruxelles à l’invitation du parlement européen, thème que j’aborderai  lors  d’ une conférence programmée le 08 décembre 2016, toujours à l’invitation parlement européen, le co-développement  et le co-partenariat avec  des partenaires  étrangers peuvent  être le champ de mise en œuvre de toutes les idées innovantes , l’avenir  étant au sein  des espaces euro-méditerranéens et africains, . L’Afrique  avec 25% de la population mondiale horizon 2040, des ressources  tant matérielles qu’humaines  considérables, sous réserve de sous régionalisations homogènes et d’une meilleure gouvernance,  sera  la locomotive  de l’économie mondiale horizon 2030/2040.  ademmebtoul@gmail.com

 

 (1) Synthèse des interventions  du professeur Abderrahmane MEBTOUL membre de plusieurs institutions  internationales sur l’énergie-  –expert international- (directeur  d‘études  Ministère Energie Sonatrach 1974-1979-1990-1995- 2000-2007) -conférence devant le parlement européen   octobre 2013 sur "le Maghreb face aux enjeux géostratégiques" - au séminaire international organisé par l’institution  de la coopération  allemande au développement (GIZ)  le 17 octobre 2012  et sa conférence au Sénat français « l’Algérie face à la transition énergétique mondiale »  ( décembre 2013) – voir deux importantes adits réalisés par le professeur Mebtoul assisté  des cades de Sonatrach et d’experts nationaux et internationaux dont le  bureau d ‘Etudes américain Ernest Young «  le prix , la problématique de subventions  des carburants dans un environnent concurrentiel ( 10 volumes  Ministère Energie Alger- 2008) – audit pour le gouvernement  « sur la stratégie pétrolière et gazière en Algérie , pétrole et gaz de schiste , opportunités et risques »  ( 7 volumes 2015) – la stratégie gazière en Algérie  et le  marché européen , face la concurrence internationale »  (revue internationale gaz d’aujourd’hui Paris janvier 2015)

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Catégories : Eclairage éco

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