Quel avenir pour l’organisation OPEP, et la stratégie de Sonatrach face aux nouvelles mutations énergétiques mondiales

Quel avenir pour l’organisation OPEP, et la stratégie de Sonatrach face aux nouvelles mutations énergétiques mondiales
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 16 Septembre 2020 | 18:38

L'OPEP a été créée le 14 septembre 1960 et fête son 60ème anniversaire avec une part déclinante tant  dans la décision énergétique que dans  la commercialisation mondiale. Avec l’épidémie du coronavirus  malgré une baisse substantielle  de sa production, les cours peinent à se rétablir au niveau de 2019. Avec une crise sans pareille, depuis la crise 1928/1929, au moment où l’interdépendance des économies était faible, n’étant pas assimilable à la crise de 2008, aucun expert, pouvant seulement élaborer des scénarios, ne peut prédire si les activités de consommation et d'investissement vont pouvoir rebondir, tout dépendant de la maitrise de l’épidémie. Or un taux de croissance élevé en 2021 par rapport à un taux de croissance négatif en 2020 donne en tendance un taux faible et si reprise elle a ,le niveau de 20182019 ne sera pas  atteint avant 2022. Or la croissance de l’économie mondiale et le futur modèle de consommation énergétique 2020/2025/2030  sont les déterminants fondamentaux du cours  du pétrole/gaz. Le marché  connait  des hauts et des bas  n’ayant  pas réagi pour l’instant aux différentes décisions de l’OPEP , le Brent étant coté  le 15 septembre 2020  à 13h GMT 39,96 dollars, le Wit 37,72,contre une moyenne de 67 dollars en 2019,  devant tenir compte de la dépréciation du dollar par rapport à l’euro qui constitue un manque à gagner,  et le prix de cession du gaz sur le marché libre 2,31 dollars le MBTU contre 9/10 dollars en 2008.

1.-L'OPEP a été crée le 14 septembre 1960 lors de la conférence de Bagdad  principalement à l’initiative  du chah d’Iran  et du saoudien  Abdullah Tariki  et du vénézuélien Juan Pablo Pérez où à l’origine  seuls cinq pays étaient membres : L’Arabie saoudite, l’Iran, l’Irak, le Koweït et le Venezuela qui ont été rejoint par  la suite par d’autres producteurs : Afrique : l’Algérie : membre depuis 1969,  l’Angola : membre depuis 2007. Une des plus grandes zones d’exploration, principalement menée comme la production par les grandes compagnies pétrolières de l’OCDE ; le Congo : dernier pays membre ayant rejoint l'organisation (à l'été 2018) ; le Gabon : membre qui avait quitté l'organisation en 1995 et qui l'a à nouveau rejointe en juillet 2016 ; la Guinée équatoriale, pays ayant rejoint l'OPEP en mai 2017 ; la Libye : membre depuis 1962. Un très grand potentiel d’exploration non exploité en raison du conflit touchant ce pays ; le Nigéria : l’industrie pétrolière la moins nationalisée de l’OPEP.  Amérique du Sud : le Venezuela : pays disposant des premières réserves de pétrole  au monde  grâce à ses ressources en sables bitumineux mais traversant actuellement unte très grave crise politique et économique ; l’Equateur  qui a été membre de l'OPEP entre 1973 et 1992 puis à nouveau entre 2007 Moyen-Orient : l’Arabie saoudite : membre fondateur. Leader traditionnel de l’OPEP. Deuxième pays producteur au monde, possédant  les plus vastes réserves conventionnelles ; les Emirats arabes unis : membre depuis 1967, un grand producteur ; l’Iran : membre fondateur, deuxième plus grand producteur de l'OPEP et quatrième plus grand exportateur de pétrole brut dans le monde avant les sanctions ; l’Irak : membre fondateur, possédant des réserves à ciel ouvert les plus importantes du monde ; le Koweït : membre fondateur, un gisement unique dont le pic de production est en déclin. Le Qatar annonce qu’il va quitter l’organisation en janvier 2019, officiellement pour se concentrer sur sa production de gaz. Depuis 1982, l'OPEP dispose d'un système de régulation de la production et du prix de vente au moyen d'un montant total de production (légèrement supérieur à 30 millions de barils de brut par jour). Ce volume de production est défini en fonction des réserves des pays membres et est ajusté en fonction des besoins des pays consommateurs (le système de quotas de production par pays membre a été arrêté en 2011) et les négociations ont été élargies depuis  fin 2016 avec d'autres producteurs hors OPEP , la Russie, non membre de l'OPEP, produit autant que l’Iran, le Nigéria, le Venezuela, l'Algérie et l’Équateur réuni. Le fonctionnement de ce système de régulation est toutefois affecté par les fluctuations du cours du dollar, monnaie de transaction du pétrole : le pouvoir d’achat des pays producteurs diminue lorsque le cours du dollar baisse et inversement.  L’OPEP gère un instrument de quantification : le panier de l'OPEP (ORB) qui fixe un prix de référence à partir des prix de quinze pétroles bruts (un par pays membre) aux qualités différentes reflétant les principales exportations de bruts des pays membres (par exemple, l'« Arab Light » d'Arabie saoudite).  Ce panier est concurrencé par le Wit  et le Brent dont les prix ne diffèrent le plus souvent que de quelques centimes. La gestion de la production et des prix est prolongée par l’évaluation périodique des réserves disponibles.  Pour l’ensemble de ces pays, la  rente pétrolière mais également gazière contribue grandement au développement à travers les  recettes fiscales  mais étant  très fluctuant dans le temps (selon le cours du pétrole notamment), devant le ramener  au nombre d'habitants ; par exemple, selon l’EIA (2019), le revenu pétrolier s'est élevé en 2018 à 14 683 $ par habitant au Koweït (près de 4,2 millions d’habitants), alors qu'il n'était que de 212 $/hab pour le Nigéria (+/-200 millions d'habitants).  Quand le dollar baisse par rapport aux autres monnaies, les États de l'OPEP voient leurs revenus diminués pour les achats effectués dans d'autres monnaies, ce qui réduit leur pouvoir d'achat puisqu'ils continuent à vendre leur pétrole en dollars. Des contraintes locales (instabilités politiques, guerres) ou internationales (embargo...) influent aussi sur la disponibilité de la ressource pétrolière et donc son prix Toujours selon l’AIE , en 2018, l'ensemble des États de l'OPEP a bénéficié d'un revenu pétrolier s'élevant au total à environ 711 milliards de dollars contre  538 milliards de dollars de 2017, du fait d'une hausse des prix moyens du pétrole brut et d'une hausse des exportations où  l’Arabie saoudite a bénéficié du  tiers  avec 237 milliards de dollars en 2018.

2.-Les décisions de l'OPEP ont eu pendant une certaine période une certaine influence sur le cours mondial du pétrole. Au-delà du contexte économique, l’action de l’OPEP sur l’évolution des prix du pétrole est étroitement liée à l’environnement géopolitique. L’influence de l’organisation décroit depuis les années 1990, à l’image de sa part dans la production mondiale de pétrole, 55% en 1970, 42,6% en 2017 et environ 38/40% en 2019 et certainement un taux encore plus fiable en 2020.   Un exemple est la  crise pétrolière de 1973  lors de la guerre du Kippour : l'embargo de l'OPEP envers les pays occidentaux qui soutiennent  Iraïël  a  provoqué une multiplication par quatre du cours pendant cinq mois  du 17 octobre 193 au 18 mars 1974. Cependant cette version historique du premier choc pétrolier est très fortement sujette à caution.   En revanche, à partir de 1983 le cours du baril s'effondre, et ne sera plus maîtrisé par l'OPEP pendant plusieurs années, surtout qu’avec les marchés à terme  de Londres (ICE) et de New York (NYMEX).jouent un rôle croissant dans la détermination des cours, retirant ainsi du pouvoir à l'OPEP. Cela est démontré au fil de l’histoire   Rappelons que le 28 septembre 2016, l’OPEP s’est réunie à Alger  avec une décision historique de limiter la production de pétrole brut à un niveau de 32,5 à 33 millions de barils par jour. Le 30 novembre 2016 à Vienne  sa production de 1,2 million de barils par jour à 32,5 millions avec un accord  effectif à compter du 01 janvier 2017 et l’engagement de la Russie   de réduire de 300 000 barils par jour sa production. En mai 2018, la réunion de Vienne , les membres signent l’intégration d'un autre pays : la Guinée équatoriale qui devient alors officiellement le 14e membre de l'OPEP (le sixième pays africain).   C’est dans un contexte particulier que le 09 avril 2020,  le groupe de pays exportateurs de pétrole, constitué des 13 de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de 10 pays partenaires membres, ont  négocié un nouvel accord sur une réduction commune de leur production : une réduction de 22% de la production des 10 pays de l’Opep non-exemptés de quotas (c’est-à-dire l'Opep sans l’Iran, le Venezuela et la Libye) et de leurs 10 partenaires de l’Opep+, l’accord final a porté sur  10 millions de barils par jour de moins sur le marché durant les mois de mai et juin, les réductions devant  ensuite  être ramenées à 8 Mbj entre juillet et décembre 2020, puis à 6 Mbj entre janvier 2021. L’effort sera supporté principalement par l’Arabie saoudite et la Russie, deuxième et troisième producteurs mondiaux derrière les  USA  , qui retrancheraient chacun près de 2,5 Mbj sur une production de référence lissée à 11 Mbj.  Les 5 autres millions de barils à retrancher seraient répartis entre les 18 autres pays de l'accord, selon leur niveau de production sur un mois de référence commun, qui est celui d’ octobre 2018. Selon les experts, les discussions ont porté   sur cette période de référence, chacun mesurant sa production réelle ce mois-là par rapport à sa capacité de production, devant trancher sur  la prise en compte, ou non, des condensats (hydrocarbures associés aux gisements de gaz naturel) à la période de référence peut également jouer sur les quotas finaux. L’organisation espère que les Etats-Unis, premier producteur mondial, et d’autres pays comme le Canada, la Norvège et le Brésil réduiront leur production pour un total de 5 millions de bpj. Ce n’est qu’un vœu puisque  les États-Unis ayant fait savoir qu’il ne participeront pas à cette réduction,( la majorité étant des sociétés privées , les lois  américaines interdisant  des directives  de l’exécutif dans la  gestion de la sphère privée) ,le  ministère américain de l’Énergie ayant  déclaré que la production du pays était déjà en baisse, du fait que la majorité des gisements marginaux, qui sont les plus nombreux,  bien que les  couts aient baissé de plus de 50% ces dernières années,  de pétrole  de schiste ne sont plus rentables  en dessous de 40 dollars le baril

3.-Mais nous ne sommes plus dans les années  1971 et 1972.  Au cours des années 1990, l'influence de l’OPEP avec le primat de l’Arabie saoudite,  sur les prix des cours décline pour trois raisons : des divergences internes et la violation des quotas de production par certains de ses membres, l’échec d’extension de sa zone d’influence aux nouveaux producteurs (Russie, Mexique, Norvège, Royaume-Uni, Colombie, etc.) et l’influence des marchés de Londres et de New York qui orientent notablement les coursPar ailleurs soixante  ans après sa fondation, l’OPEP doit relever trois défis majeurs qui perdurent depuis les années 1990 : premièrement, la résolution des nouveaux conflits internes : la fracture entre membres pro et anti- américains exacerbe ces conflits. L’Arabie saoudite, alliée traditionnelle des États-Unis, est confrontée à l’Iran et au Venezuela, deux des pays les plus ouvertement anti- américains dans le monde, qui contestent son influence sur l’organisation. Au-delà des divergences idéologiques, existent donc deux tendances  entre les pays pour qui l’OPEP doit avant tout être l’animateur d’un marché de matières premières et ceux désireux d’en faire une arme plus politique. Deuxièmement,  la montée en puissance de la Russie  où avec plus de 11,3 millions de barils par jour ,  produit autant que l’Iran, le Nigéria, le Venezuela, l'Algérie et l’Équateur réunis, s’étant engagée depuis fin  2016, aux côtés de l'OPEP à plafonner sa production afin de faire remonter les cours du pétrole. Troisièmement la production croissante d’hydrocarbures non conventionnels aux USA  qui en font le premier producteur mondial en 2019   avec plus de 12  millions de barils par jour qui  a réduit  l'influence de l'OPEP, bien que  ses réserves d’hydrocarbures annoncées comme les premières au monde, mais tout dépendra du vecteur prix et des couts  pouvant avoir d’importantes réserves mais non rentables économiquement. Les nouveaux gisements découverts notamment au Canada ou au large du Brésil pourraient bouleverser la répartition mondiale de ces réserves et donc diminuer significativement la part de l’OPEP. Mais le pus important à moyen et long terme du déclin de son influence est le  nouveau modèle de consommation énergétique mondial qui se dessine horion 2020/2030/2040 largement influencé par  l’épidémies du coronavirus, comme l’atteste la réorientation des investissements publics en Europe notamment,  où selon la déclaration de BP en ce mois de septembre 2020, les compagnies  devraient réorienter leurs investissements vers d’autres énergies alternatives  avec la combinaison entre 2025/2035 des énergies renouvelables et l’hydrogène, dont le cout  sera largement concurrentiel par rapport aux fossiles classiques. L’on devrait assister horizon 2030 à une moindre dépendance des pays industrialisés envers le pétrole où à contrario, les pays de l’OPEP restent très dépendants du pétrole, ayant  peu développé un modèle économique pérenne pouvant relayer l’industrie pétrolière, où  les revenus pétroliers représentent en moyenne plus de la moitié de leur Pia développé une «  Vison 2030 » pour diversifier son économie La conjugaison de ces facteurs affaiblit l’influence géopolitique de l’institution OPEP et agit sur le niveau des prix

4.- Le   cours des hydrocarbures – pétrole et gaz - dépendra donc  du temps à maitriser l’épidémie  et de l’évolution de l’économie mondiale , en précisant qu’à court terme, il est également influencé par le cours du dollar à la baisse  les importants stocks  qui ont été mis en place du fait du bas cours.  Face à, une crise sans précédent  touchant toute la planète ,  la crise de 2020 préfigurant ,  une nouvelle architecture  des relations entre l’Etat régulateur et le Marché  encadré pour certains services collectifs (santé, éducation),  et  d’importants  impacts sur les  relations  politiques et économiques internationales . La crise sanitaire a provoqué la paralysie de l’économie mondiale son économie  avec la rupture de la chaine d’approvisionnements de nombreuses entreprises  en Asie dont la Chine et l’Inde, dans la  la zone euro, dépendante de plus de 70% d’hydrocarbures  ,aux  Etats Unis d’Amérique, première puissance économique mondiale, premier producteur en 2019 d’hydrocarbures suivi de la Russie et de l’Arabie Saoudite  et d’une manière générale pour  l’économie mondiale dans sa globalité, selon plusieurs instituts internationaux , dont  l'Institut de la finance internationale (IIF),où , dans sa note du 07 avril 2020, .l’économie  mondiale devrait se contracter de 1,5% en 2020 dans le contexte de la pandémie de COVID-19, revoyant ses prévisions à la baisse  de 2,6% à 0,4%. Sur l'année entière, l'IIF s'attend à ce que les taux de croissance aux Etats-Unis et dans la zone euro se contractent respectivement de 2,8% et 4,7%.  Pour sa part ,le FMI   anticipe selon sa directrice générale, au mieux une « reprise partielle » en 2021 à condition que la pandémie s’estompe au second semestre 2020  et que les mesures de confinement puissent être levées pour permettre une réouverture des commerces, des restaurants, une reprise du tourisme et de la consommation, récession avec plus d’intensité  pour les pays à faibles revenus ou émergents en Afrique, en Amérique latine et en Asie .  Alors quelles perspectives   pour le cours du pétrole ?  La consommation mondiale de pétrole  a avoisiné  en 2019, 99,7 millions de barils par jour (Mb/j) au niveau mondial selon les  données de l'AIE  et  les pays de l'OPEP ont représenté  seulement  40 p. 100 de la production mondiale de pétrole brut.  Dans son  dernier rapport, l’OPEP révise à la baisse la demande  pour 2020 la plafonnant pour 2020 à 90,2 millions de barils, avec une prévision pour 2021 à 96,9 millions de barils , notant que des quotas n’ont pas  été respectés par  certains pays qui ont pompé entre juillet et aout 2020 plus de 763.000 barils/jLa Chine  qui a importé 11 millions de barils  en 2019  , soit environ entre 11/12% de la consommation mondiale, ainsi que certains pays d’Asie n’ont pas  connu la reprise attendue , selon l’OPEP,  qui explique la faiblesse de la demande. Or, selon Selon  les experts en énergie la baisse ou la hausse d’un dollar de pétrole sur le marché  mondial a une incidence entre 500 et 600 millions de dollars. Si l’on prend une moyenne médiane de 550 dollars, le manque à gagner de cette décision par jour est de 5,5 milliards de dollars par jour et par an ( 365 jours)  plus de 2007 milliards de dollars. Il s ‘agira donc d’établir une   balance devises du gain net de cette décision, en prenant l’hypothèse, selon laquelle, si le cours descend à 30 dollars, avant cette réduction, permettant au cours du marché de s’établir entre 40/45 dollars le baril. En cas où le baril serait inférieur à 30/35  dollars, cette décision aurait eu un impact très mitigé. 

5.- Qu’en est-il des tensions actuelles en méditerranée orientale concernant la  filière énergétique qui échappe à l’action de l’OPEP, mais influant indirectement sur le prix de l’énergie et des parts de marché de l’Algérie en direction de l’Europe son principal client ,  rappelant qu’existe une organisation gaz indépendante de celle de l’OPEP. Mon ami ,le polytechnicien  Jean Pierre Hauet de KP Intelligence ( France)  note avec justesse  que , la scène énergétique s’anime en Méditerranée avec au moins deux  grands champs de manœuvre dont il est intéressant d’essayer de comprendre les tenants et d’anticiper les aboutissants qui explique les tensions actuelles notamment en Méditerranée orientale ( voir notre contribution sur le site www.algerie1.com le 07 aout 2020  « l'Algérie face aux nouvelles mutations énergétiques en Méditerranée, à la concurrence et la baisse drastique du cours du gaz naturel »)Le premier   théâtre est celui des énergies renouvelables (éolien, solaire à concentration, photovoltaïque) qui s’est caractérisé par le lancement de grandes initiatives fondées sur l’idée que le progrès technique dans les lignes de transport à courant continu permettrait de tirer parti de la complémentarité entre les besoins en électricité des pays du Nord et les disponibilités en espace et en soleil des pays du Sud. On parlait alors de 400 M€ d’investissements et de la satisfaction de 15 % des besoins européens en électricité. Aujourd’hui le projet Desertec est plutôt en berne, du fait notamment du retrait  de grands acteurs industriels, Siemens et Bosch, et du désaccord consommé  entre la fondation Desertec et son bras armé industriel la Desertec Industrial Initiatitive (Dii). La Dii poursuit ses ambitions d’intégration des réseaux européens, nord-africains et moyen-orientaux, cependant que la Fondation Desertec semble à présent privilégier les initiatives bilatérales au Cameroun, au Sénégal et en Arabie Saoudite. Le second   théâtre d’opérations est plus récent : il a trait à la découverte à partir de 2009, des ressources  gazières en off shore profond, en méditerranée orientale   qui explique les  tensions actuelles. Les grandes compagnies qui exploitaient jusqu’alors d’autres champs plus accessibles, plus rentables ou à proximité d’installations à proximité, sur terre, se tournent désormais vers la Méditerranée orientale, au large de l’Égypte, d’Israël, du Liban, de Chypre et de la Turquie,  autant de pays qui n’entretiennent pas forcément de bonnes relations de voisinage.  C’est que plusieurs gisements de gaz ont été découverts au large des côtes égyptiennes, israéliennes, libanaises ou chypriotes, au cœur de ce qu’on appelle le bassin levantin  estimées par l’US Geological Survey – à 3 452 milliards de mètres cubes (m3) « Pour les Etats riverains producteurs ou futurs producteurs, cette ressource gazière offre l’opportunité d’accéder à l’indépendance énergétique et un moyen de renflouer leur économie par le biais d’exportations potentielles » selon  la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques dans un rapport très documenté.. C’est pourquoi la Turquie mène des recherches. Même si la Grèce et une partie de la communauté internationale l’accusent d’avoir pénétré dans l’espace maritime grec, le droit international est flou  dans cette situation qui de délimitent pas clairement  les frontières et les limites géographiques,  les ressources pouvant  se trouver dans des réservoirs situés sous les pieds de différents pays   et  l’initiative turque pourrait n’être le début que d’une longue série  de tensions  qui pourraient transformer les équilibres régionaux. Car Les formations géologiques ne connaissant pas les frontières politiques, les compagnies pétrolières et gazières ont exploré les sous-sols marins des pays voisins. Se sont ainsi succédé la mise au jour du champ Léviathan (2010) également au large d’Israël, Zohr (2015) dans les eaux égyptiennes puis Aphrodite (2012), Calypso (2018) et Glaucus (2019) autour de Chypre.  L’exploration des eaux libanaises et grecques est moins avancée. Athènes ayant  déjà attribué des parcelles à ExxonMobil, à l’espagnol Repsol ou à Total.  Rappelons  que  le 19 février 2018 un contrat de 15 milliards de dollars, jugé historique, entre l’Égypte et Israël prévoit la fourniture de gaz naturel des réservoirs offshore de Tamar et de Léviathan vers l’Égypte, selon  un rapport de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMEN). Pour apaiser les tensions, bien que les  pays de la méditerranée sont tous confrontés au problème de la sécurité énergétique, il  s’agit avant tout de renforcer la coopération notamment dans le domaine énergétique,  pouvant représenter un lien très fort entre le nord et le sud de la Méditerranée.  

6.-Quel impact sur l’économie algérienne tributaire à 98% avec les dérivées de ses recettes en devises des hydrocarbures ? Le  cadrage macro-économique de la loi  de finances complémentaire  2020 a été établi sur la base  d’un  baril fiscal à 30 dollars et un prix de marché à 35 dollars.  Cela a un impact négatif sur le taux de croissance qui sera négatif en 2020 et par conséquent t sur le taux  de chômage avec une population de 44 millions d’habitants au 01 janvier 2020, une population active d’environ 12,5 millions. Les  prévisions de recettes de Sonatrach   sont estimées entre 22/24 milliards de dollars  pour 2020 et le  montant des réserves de change  à environ 44 milliards de dollars selon le gouvernement, le FMI l’estimant fin 2020 à 35 milliards de dollars.  L’avenir de l’équilibre de la balance des paiements sera  de la relance   de la machine  économique tributaire à 85% des  matières premières et équipements importés, le  taux d’intégration des entreprises publiques et privées ne dépassant pas  15% , la paralysie relative de l’économie, à l’instar des autres pays,  expliquant la baisse des biens importations  de biens et services qui ont représentés entre 10/11 milliards de dollars par an  entre 2010/2019. Encore que le gouvernement mise sur une meilleure gestion et la lutte contre les surfacturations du passé ,en fait la corruption,  pour atténuer les  tensions financières ; mais tout cela est  tributaire d’une stratégie clairement définie conciliant des  objectifs  réalistes et les moyens humains  et financiers donc dépendant toujours de la rente, devant tenir compte  du manque à gagner de la  baisse de 200.000 barils jour, qui s ‘ajoute à l’importante  baisse  en volume physique de la production de Sonatrach depuis 2008, en n’oubliant pas  que  le gaz représente 33% des recettes de Sonatrach entre le GNL (26%) et le GN ( 74%) via Medgaz( Espagne)  et Transmped ( via Italie) qui connait une chute de plus de 50%,   serait en moyenne annuelle de 3/4 milliards de dollars.   A 30 dollars le baril ,  le chiffre d’affaire,(pas le profit net auquel il faut retirer 20/25% des couts)  serait  de 15,5  milliards de dollars, restant après la réduction 11,5 milliards 60/ 70% des gisements n’étant  plus rentables, surtout les nouveaux puits non encore amortis,   et idem   pour   1,5-2 dollars le MBTU, concernant  les canalisation  de gaz naturel et à ¾ dollars pour le GNL.  En cette période de crise, s’impose la solidarité nationale, passant par  une moralité sans faille des dirigeants  et une nouvelle la gestion du management politique et économique. L’Algérie étant indissociable de l’évolution du monde, le  XXIème siècle doit  relever de nombreux défis: la guerre de l’eau liée à la  guerre alimentaire,  la guerre biologique, la guerre numérique  et la guerre écologique, avec d’importants flux migratoires due au réchauffement climatique (sécheresse, inondation, vents violents, cyclones)   avec des recompositions territoriales, ces quatre guerres, ayant des incidences sanitaires, économiques et sécuritaires. L’on devra repenser la gouvernance et   notre modèle de développement, évitant des calculs micro-économiques étroits de l’entreprise, appliqués sans tenir compte du contexte social aux services collectifs et donc réhabiliter la fonction de bien-être collectif.  Il faut un discours de vérité, loin de la démagogie,  car pour pouvoir exporter, il faut d’abord avoir des entreprises publiques et privées concurrentielles sur le marché mondial en termes de cout , qualité, prix, un taux d’intégration minimum de 40/50%  alors que  97% des entreprises algériennes selon les  données du registre du commerce en 2019   sont des petites SARL à organisations familiales peu innovantes. Or en septembre 2020 , plus 98% des entrées en devises avec les  dérivées proviennent toujours des hydrocarbures, ne créant pas  des entreprises par décrets, et si les réformes sont mises en place  fin 2020, il faudra quatre à cinq années pour voir surgir des entreprises performantes.  Les défis qui attendent l’Algérie    sont  une entreprise d’envergure, exigeant  une véritable stratégie nationale d’adaptation face tant aux nouvelles mutations.  Le  XXIème siècle sera dominé par  les  réseaux de la société civile en symbiose avec de nouvelles fonctions des Etats, des entreprises,  et des institutions internationales de régulation, avec les défis de la transition  numérique, énergétique avec le primat de l’hydrogène  combiné aux énergies renouvelables  entre 2020/2030/2040 et  la culture  à travers les médias, qui imposeront un changement profond dans les deux prochaines décennies dans les modes d’organisation institutionnelle, d’entreprises, de consommation et nos comportements.  L’Algérie acteur stratégique au niveau de la région, a besoin  d’un développement loin des mentalités rentières,  car toute déstabilisation aurait une  répercussion régionale sur l’espace méditerranéen et africain - interview A.Mebtoul American Herald Tribune USA aout 2018 - mars 2019 –AFP mai 2020, France 24  et  Mena Foruml Londres 2021  Mais les réformes garantissant la  sécurité et le développement ne peuvent provenir que des algériens eux mêmes.  

ademmebtoul@gmail.com

Abderrahmane Mebtoul  professeur des universités, expert international - directeur d’Etudes Ministère Energie Sonatrach 1974/1979-1990/1995-2000/2007-2013/2015 - Membre du conseil scientifiques du Forum Mondial du développement Durable Paris-

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