Nouvelle gouvernance : une réforme profonde du système financier s’impose

Nouvelle gouvernance : une réforme profonde du système financier s’impose
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 24 Septembre 2020 | 16:15

Evitons l’illusion monétaire : tout objectif stratégique étant  la symbiose entre la sphère réelle et la sphère financière, la  dynamique économique et la dynamique sociale, un espace plus équilibré et solidaire, en ce monde en perpétuelle mutation, rendant urgent des décisions en temps réel et des stratégies d’adaptation. Un des fondement des réformes est le  système financier algérien qui est depuis l’indépendance politique  dans l’incapacité  d’autonomiser la sphère financière de la sphère publique, cette dernière étant  totalement articulée à la sphère publique, renvoyant à des enjeux importants de pouvoir. 

1.-Paradoxe, si par  le passé les disponibilités financières dans les banques algériennes étaient  importantes, les banques publiques croulant sous les liquidités oisives, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le système financier est  bureaucratisé (guichets administratifs), déconnecté des réseaux internationaux,  démontrant une économie sous perfusion de la rente des hydrocarbures en baisse. La  persistance des déficits publics  à travers l’assainissement de leurs dettes et l’appui à l’investissement),  le manque de rigueur dans la  gestion dont les  lois de finances  prévoient toujours des montants  pour  les  réévaluations  des couts des projets  publics en cours de réalisation,  a produit un système d’éviction sur l’investissement  productif notamment  du secteur privé . L’ aisance financière artificielle passée  grâce aux hydrocarbures  a permis d’éponger  une fraction importante de la  dette publique intérieure et extérieure  artificiellement par la rente des hydrocarbures. Aussi,  d’autres modes de financement pour dynamiser le tissu productif  sont nécessaires. Il y a lieu  de lever la rigidité  de la gestion, les banques  privilégiant  l’importation au détriment des producteurs de richesses. Ce  qui suppose d’autres modes de financement, sans bien entendu  renier les instruments classiques,  afin de dynamiser les projets  facteurs de croissance dont le retour du capital est lent. La bourse d’Alger, création administrative en 1996 est en léthargie, les  plus grandes sociétés algériennes comme Sonatrach  et Sonelgaz et plusieurs grands groupes privés n’étant pas cotés en bourse. Sa dynamisation aurait permis d’éviter le financement non conventionnel. L’important pour une bourse fiable est le nombre d'acteurs fiables au niveau de ce marché pour l'instant limité. Imaginez-vous un très beau stade de football pouvant accueillir plus de 100.000 spectateurs sans équipe pour disputer la partie. Les autorités algériennes se sont donc contentées de construire le stade mais sans joueurs. Le marché bancaire algérien est totalement dominé par les banques publiques, les  banques privées malgré leur nombre, étant marginales en volume de transaction, avec  au niveau public, la dominance de la BEA, communément appelée la banque de la Sonatrach.  En plus de la dynamisation de la bourse, le crédit bail qui est en fait une sous traitance dans l'achat de biens et la gestion de prêts, peut être considéré comme un substitut de l’endettement tant des   entreprises que des particuliers  écartés des formes traditionnelles d’emprunt en raison de leur risque. Les petites et moyennes entreprises (PME) jouant un rôle vital dans le développement économique, par l’accroissement de la concurrence, la promotion de l’innovation et la création d’emplois, sont souvent confrontées à plusieurs défis en matière de croissance, le plus grand obstacle demeurant leurs capacités limitées à avoir accès aux services financiers. Les financements bancaires à long terme habituels sont généralement inaccessibles pour les PME, faute de garanties, ce qui rend les actifs mobiliers peu sûrs pour l’accès au crédit. Cette situation, ajoutée au niveau élevé des coûts de transaction liés à l’obligation de vigilance, amène les banques commerciales à continuer de privilégier les prêts aux marges, les entreprises bien établies. Dès lors, le crédit bail  pourrait être un complément comme moyen de financement  pour certains  biens d’équipements en particulier pour les entreprises plus petites qui n’ont pas une tradition de crédit ou qui ne disposent pas des garanties requises pour avoir accès aux formes habituelles de financement. Comme d’ailleurs, il faudrait songer  à   impulser le  marché de la finance islamique  qui a bien résisté  à la crise mondiale  qui est  appelé à croître. D’'ailleurs certains savants musulmans ont pu émettre l'idée du cycle  de d'investissement concernant la durée de détention d'un titre de société intervenant par exemple dans le domaine agricole  qui correspond  au temps nécessaire pour semer, récolter et commercialiser, la  décision de vente du titre  étant  alors justifiée par une véritable stratégie d'investissement mesurée par le retour sur investissement post cycle de récolte. L’objectif de la finance islamique est de promouvoir  l'investissement dans des actifs tangibles, les investissements devant  être adossés à des actifs réels, le  banquier ne devant pas  être  seulement prêteur mais co-investisseur  du projet financé, ses revenus correspondant  à une quote-part des résultats issus du projet financé, permettent d'atténuer le risque  selon  le  principe  du partage des Pertes et Profits. Mail ilne faut pas  être utopique, la finance islamique ne repente  moins de 1% du financement global de l’économie mondiale  et sans  une maitrise de l’inflation de la cotation du dinar qui connait actuellement sur le marché officiel un dérapage accéléré, plus de 150 dinars un euro,  pour combler le déficit budgétaire ,  et du retour à la confiance l ne faut pas  s’attendre à de miracles. 

2. Qu’en est il des réserves d’or en Algérie qui s’ajoutent aux réserves officiels qui devraient terminer fn 2020 à 44 milliards de dollars selon la loin de finances complémentaires 2020 et 35  milliards de dollars selon le FMI  contre plus de 194 milliards de dollars au 01 janvier 2014?  Selon le  rapport du Conseil mondial de l'or (CMO), en juin 2020 nous avons pour les réserves d’or  par  ordre décroissant les pays suivants :Etats Unis 8134 tonnes, Allemagne 3364, Italie 2452, France 2436, Russie 2300, Chine 198, Suisse 1040, Japon 765, Inde 658  et les Pays  Bas 612 tonnes . Toujours selon le rapport du Conseil Mondial de l’Or (WGC) reprenant le classement des pays de la région MENA (Moyen Orient, Afrique du Nord) en terme de réserves d’or, l’Algérie est classée en 3ème position, l’Algérie venant  après l’Arabie Saoudite et le Liban avec des réserves d’or s’élevant à 173,6 tonnes, le même stock qu' suivie par la Libye avec 116,6 tonnes,  par l’Irak avec 96,3 tonnes et l’Egypte qui détient une réserve aurifère estimée à 79 tonnes . Pour l’Algérie déjà , entre 2010/2018 plusieurs ministres du secteur dans des déclarations euphoriques avaient  annoncé une production dépassant la tonne par an Le Ministre actuel en  ce mois de septembre 2020 vient de déclarer que la production d’or en 2020 ne dépasserait pas  58 kg,  que la moyenne de production d'or en Algérie est estimée à 60 kg/an, avec une prévision de  production à 240 kg/an . Pour avoir le profit net, l’on devra  devant  soustraire les couts dont la majorité des équipements et matières premières sont importés en devises, d’environ 60%, en plus des couts de sécurité  dans la mesure où l’or suscite des convoitises dans une zone loin des agglomérations urbaines, devant dresser la balance devises,  ce qui donnerait pour le cours actuel , un chiffre d’affaire ne dépassant pas selon les  fluctuations de l’once d’or entre le 21 et le 25 septembre 2020  8,9 /9,0 millions de dollars et un profit net  d’environ 3,9/4,0 millions de dollars  pour 240 kg/an  et  un montant dérisoire de 950.000 / 1 million de dollars pour 58 kg, donc non rentable l’exploitation.  Tenant compte du capital avancé, pour un seuil de rentabilité moyen, il faudrait produire au minimum 2.000 à 3.000 kg par an , rentabilité fonction  du cours de l’once d’or  très  fluctuant.  Pour 173,6 tonnes d’or, (Algérie)  nous aurons une valeur courante pour le 21 septembre 2020  (1 once = 28,3495 grammes),au cours  de 1902  dollars l’once,  environ  9,24  milliards de dollars, mais comme le cours fluctue  étant coté le 25 septembre 2020 13H Gmt à 1856 dollars l’once nous aurons alors une valeur de 9,02 milliards de dollars une perte en valeur en quatre jours  de 220 millions  de dollars.  Evitons donc l’euphorie  avec l’expérience malheureuse,  de  la compagnie australienne, Gold Mining of Algeria (GMA) qui s’est retiré  en octobre 2011 avec un lourd passif,  l’ENOR étant  en déficit structurel entre 2010/2019.      Il  est utile de préciser qu’existe un gisement située dans l’extrême sud du pays, à Tirek-Amesmessa (à 400 km au sud-ouest de la wilaya de Tamanrasset), la compagnie publique d’hydrocarbures Sonatrach ayant  assuré la poursuite de la production, dans l’attente d’un nouveau partenaire. Le problème qui se pose où est la production additionnelle de la mine d’or d’Amesmessa dont les réserves détenues à la banque d’Algérie  n’ont pas  augmenté, à moins que cette production additionnelle ait été destinée aux bijoutiers ou à l’exportation.  Toujours,  est-il qu’il faille éviter l’euphorie monétaire,   la monnaie étant  avant tout un rapport social traduisant le rapport confiance Etat/citoyens, un signe permettant les échanges ne créant pas de richesses.  Autrefois les tribus d’Australie utilisaient les barres de sel du fait de sa rareté comme moyen d’échange. L’Espagne a connu grâce à l’or venu de d’Amérique du Sud une prospérité artificielle puis après épuisement un long déclin de plus d’un siècle . Au contraire la thésaurisation et la spéculation dans les valeurs refuges comme l’or, certaines devises ou certaines matières premières sont  nocifs à toute économie. Avoir des réserves de change en devises ou en or est une condition nécessaire, sécuriser l’investissement et surtout éviter un dérapage plus important de la valeur du dinar par rapport aux devises où existe une corrélation d’environ 70% entre la valeur actuelle du dinar, et ce stock de devises via la rente des hydrocarbures, sinon le dinar flotterait à plus de 300-4OO dinars un euro sur le  marché parallèle (voir expérience vénézuélienne). 

3.-Force est de reconnaitre qu’en ce mois de septembre 2020  le nombre d’opérateurs privés, dont la majorité vit grâce à la dépense publique via  la rente des  hydrocarbures.  Environ 83%du tissu économique étant représenté par le commerce et les services de très faibles dimensions, le taux de croissance officiel hors hydrocarbures étant artificiel, 80% du PIB via la dépense publique l’étant grâce aux hydrocarbures.   Plus de  90% des entreprises privées algériennes sont de types familiaux sans aucun management stratégique, et que 85% d'entreprises publiques et privées ne maitrisent pas les nouvelles technologies d'information.  Par ailleurs l’économie est dominée par la sphère informelle notamment marchande elle même liée à la logique rentière, représentant  plus de 50% de la superficie économique . Sur le plan technique, en l'état actuel de leurs comptes très peu d'entreprises  connaissent exactement l'évaluation de leurs actifs selon les normes du marché.  Il se trouve que les comptes des entreprises publiques algériennes de la plus importante à la plus simple sont dans un état qui ne passerait pas la diligence des audits les plus élémentaires. Sonatrach a besoin d'un nouveau management stratégique à l'instar de la majorité des entreprises algériennes, avec des comptes clairs afin de déterminer les couts par sections. L'opacité de la gestion de  la majorité des entreprises  qui se limitent à livrer des comptes globaux consolidés voile l'essentiel. Pour Sonatrach par exemple, il s'agit de distinguer si le surplus engrangé par Sonatrach est du essentiellement à des facteurs exogènes, donc à l'évolution du prix au niveau international ou à une bonne gestion interne., d’où l’importance de la levée des contraintes d'environnement dont les entraves la bureaucratiques impliquant la refonte de l'Etat dans de nouvelles missions devient urgent. Donc  en cette année 2020, l’Algérie reste toujours  une économie de nature publique avec une gestion administrée centralisée, du fait que les  réformes structurelles de fond tardent à se concrétiser sur le terrain. La totalité des activités quelques soient leur nature se nourrissent de flux budgétaires c'est à dire que l'essence même du financement lié à la capacité réelle ou supposée du trésor.  On peut considérer que les conduits d'irrigation, les banques commerciales et d'investissement en Algérie opèrent non plus à partir d'une épargne puisée du marché, éventuellement un reliquat du travail mais par les avances récurrentes (tirage : réescompte) auprès de la banque d'Algérie pour les entreprise publiques qui sont ensuite refinancées par le trésor public sous la forme d'assainissement : rachat des engagements financiers des EPE auprès de la banque d'Algérie, plusieurs dizaines de milliards de dollars entre 1980/2019   : alors que plus de 70% de ces entreprises sont revenues à la case de départ montrant que ce n'est pas une question de capital argent. C’est que  la richesse ne peut apparaitre que dans le cadre de la transformation du stock de monnaie en stock de capital, et là est toute la problématique du développement. Puisque pour l’Algérie,  cette transformation n'est plus dans le champ de l'entreprise mais ce déplace dans le champ institutionnel (répartition de la rente des hydrocarbures), dans cette relation, le système financier algérien est passif. L’expérience algérienne depuis des décennies, a montré que plus les cours des hydrocarbures augmentent, plus paradoxalement les réformes sont freinées alors que cette manne d'argent peut permettre les ajustements sociaux nécessaires et qui sont douloureux à court terme pour réaliser cette mutation systémique  tenant compte des nouvelles mutations mondiales ( transition énergétique et numérique). La transition d’une économie hors rente   suppose donc un profond réaménagement des structures  du pouvoir  assis sur la rente à un pouvoir  se fondant  sur les couches productives  et le savoir.  La suprématie de la sphère réelle sur le système financier algérien,  est un enjeu énorme de pouvoir. Le grand défi, est de  l’autonomiser et non être un acteur passif de la redistribution de la rente des hydrocarbures. Il  ne faut pas  être utopique, Sonatrach sera encore pour longtemps l'Algérie et l'Algérie sera Sonatrach d'où l'importance d'un nouveau management  stratégique de cette société stratégique Le   compromis des années /2020/2030 devra donc concilier l’impératif de productivité et la cohérence sociale, les principes d’une société ouverte et le devoir de solidarité, en un mot l’efficacité et l’équité. Car, il faut éviter toute ambiguïté, l’égalité n’est pas celle du modèle de l963-2020 mais recouvre la nécessité d’une transformation de l’Etat gestionnaire à l’Etat régulateur, par la formulation d’un nouveau contrat social, renvoyant au débat sur la refondation de l’Etat. 

En résumé, le primat de la connaissance,  la réforme du système financier à travers sa numérisation ,via la réforme de Sonatrach lieu de production de la rente,  dans toutes ses dimensions, lieu de distribution de la rente et origine de bon nombre de malversations,  est une  condition préalable à tout processus de lutte contre  les malversations et donc du  développement durable : douane, domaine, fiscalité, banques Depuis que le monde est monde et cela s'avère plus vrai avec la quatrième révolution économique mondiale 2020/2030/2040, la prospérité des différentes civilisations a toujours reposé sur la bonne gouvernance, le travail, la recherche théorique et appliquée, un pays sans son élite étant comme un corps sans âme.  Aussi, si  certaines conditions sont remplies, adaptation  aux nouvelles mutations mondiales,  bonne gouvernance, valorisation du savoir, l’Algérie, fortes de ses importantes potentialités,   peut devenir un pays pivot et facteur  de stabilité de la région méditerranéenne et africaine. Toute déstabilisation de l’Algérie, comme  je le soulignais  dans deux  interviews  récents (2016/2017), l’une aux USA,  à l’American Herald Tribune et l’autre en France à la Tribune.FR,  aurait des répercussions géostratégiques sur toute la région. Aussi,   l’Algérie sera avant tout ce que les Algériennes et les Algériens voudront qu’elle soit.  

ademmebtoul@gmail.com

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