Les défis socio-économiques du gouvernement d’Ahmed Ouyahia

Les défis socio-économiques du gouvernement d’Ahmed Ouyahia
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 17 Aout 2017 | 14:06

Malgré les importantes novembre potentialités de l’Algérie,  la rente des hydrocarbures en anesthésiant  tout esprit d’initiative,  a largement influencé la nature des régimes et  les politiques socio-économiques depuis l’indépendance à nos jours sans avoir réalisé le rêve du 01 1954 et notamment de la plateforme de la Soummam, un Etat qui survit aux aléas de l’histoire et une économie diversifiée. L’Algérie se cherche toujours. L’Algérie a besoin  d’intermédiations efficaces politiques, économiques, sociaux  entre l’Etat et la société, évitant la léthargie et la stérilité par la mobilisation de tous ses enfants dans leur diversité, afin de ne pas   laisser souvent les forces de sécurité confrontés directement aux tensions sociales. Aussi sans verser dans des règlements de comptes inutiles, devant mobiliser au lieu de diviser il  serait suicidaire pour le pays  tant de banaliser la corruption qui constitue une atteinte à la sécurité nationale que de s’attaquer au secteur privé productif tant national qu'international,  inscrit comme acteur majeur dans la nouvelle constitution,  au nom d’une idéologie dépassée, avec le risque de faire fuir les capitaux. Il s’agira de bien cibler les  prédateurs qui ne contribuent nullement à la création de la richesse nationale,   ne représentent qu’une minorité de rentiers,  rejetés par la  majorité des décideurs que de la population algérienne.

1.-Situation socio-économique de l’Algérie

La population algérienne est passée de 12 millions en 1965, de 34 591 000 le 1er juillet 2008, à 37,5 millions d'habitants en 2010, 39,5 millions d'habitants au 1er janvier 2015, à 40,4 millions d’habitants au 1er janvier 2016  à 41,3 au 01 janvier 2017 et s’oriente vers 50 millions horizon 2030.  En avril 2017, selon l’ONS,  la population active a atteint 12,277 millions de personnes contre 12,117 millions en septembre 2016 contre   9,493 millions d’habitants en 2005, 10,862 en 2010,  11,423 en 2012, 11,964 en 2013 et  11,932 millions d’habitants en 2015. La population en chômage  selon l’ONS, était  de 15,3% en 2005, en 2011 10%, 11% en 2012, 9,8% en 2012/2013, 10,6% en 2014 11,2%  et en avril 2017,   la population en chômage a  atteint 1,508 million de personnes, soit un taux de chômage de 12,3% au niveau national, en hausse de 1,8 point par rapport à septembre 2016 avec  un taux de chômage des jeunes de 16-24 ans de 29,7% Cela résulte du faible taux de croissance notamment des segments créateur de valeur ajoutée. Environ  97/98% des recettes en devises proviennent  directement et indirectement  des hydrocarbures, le secteur industriel moins de 5% du produit intérieur brut PIB , sur ces 5% plus de 95% de PMI/PME peu concurrentielles en termes de couts/qualité et le taux ‘intégration  secteur public et privé moins  de 15%.Pour une dépense relevant  essentiellement de la dépense publique ( plus de 800 milliards de dollars) entre 2000/2016, le taux de croissance a été en moyenne de 3%   Il  existe une loi universelle, le taux d’emploi est fonction du taux de croissance et des structures des taux de productivité relevant d’entreprises compétitives à valeur ajoutée. L’on ne crée pas des emplois par décrets ou volontarisme étatique, la solution de facilité étant la création d’emplois dans l’administration.

Le taux de chômage officiel est fortement biaisé incluant les sureffectifs tant des administrations que des entreprises publiques, des emplois temporaires fictifs (5 mois non créateurs de valeur ajoutée comme par exemple pour faire et refaire des trottoirs) et les emplois dans la sphère informelle.  Le rapport préliminaire du Fonds monétaire international (FMI) sur les perspectives économiques mondiales  pour l’Algérie montre  que si en 2016, la croissance du PIB réel a été  de 4,2%, la situation devrait fortement se dégrader en 2017 et en 2018. En effet, le FMI table sur une croissance de 1,4% du PIB algérien en 2017 et en 2018, l’économie algérienne devrait connaître une quasi-stagnation, avec un taux de croissance du PIB de seulement 0,6%. Conséquence directe de ce ralentissement économique, le taux de chômage devrait sensiblement augmenter sur la même période estimé à  13,2% en 2018 avec une tendance inflationniste que l’on essaie de suppléer par la création d’emplois à très faible avaleur ajoutée. Une enquête de l’ONS d’avril 2016 confirme la tertiarisation de l’économie, sa corrélation avec celle de l’emploi avec une  part importante de l’administration qui   selon la direction générale de la Fonction publique, le nombre de fonctionnaires au 1er janvier 2015 est de 20 020 172 fonctionnaires dont 1 608 964 à temps plein (79,64%) et 411 208 agents contractuels (20,30%). Mais ce sont les petits commerces et services qui sont dominants représentant 83% de la superficie économique à très faibles productivité (avec environ 50% la part  de la sphère informelle accaparant 35/40% de l’emploi) non comparables à celles des pays développés où la tertiarisation de l’économie à travers les services des technologies de l’information et de la communication  crée des opportunités de croissance économique et génère des emplois productifs  et la corrélation avec celle de l’emploi.

En effet, en avril 2016, la  structure de l'emploi selon le secteur d'activité,  fait ressortir que les services marchands et non marchands absorbent 61,6% de la main d'œuvre totale, suivi par le BTP (16,8%), l'industrie (13%) et l'agriculture (8,7%). Face à cette situation, l’Algérie connaitra  dans les années 2018/2020  de vives tensions budgétaires. Et contrairement aux discours complaisants de certains experts algériens, induisant en erreur les autorités du pays, qui annonçaient un cours de 70/80  dollars pour 2015/2017 et plus entre 2017/2020, et comme je l’ai noté dans plusieurs contributions et notes adressées aux autorités du pays depuis plus de trois  années, l’AIE  le cours du pétrole sera bas en 2017/2020 du fait du déséquilibre offre/demande et des nouvelles mutations énergétiques. Je rappelle que les importations de biens, auxquels il faut ajouter les sorties de devises des services (10/11 milliards dollars/an) et de transferts légaux de capitaux (entre 4/5 milliards de dollars/an)  se sont chiffrés à quelque 60 milliards de dollars en 2016, alors que les recettes n’ont  pas  dépassé les 29 milliards de dollars, bien qu’un important effort a été fait car durant l’année 2013, les sorties de devises ayant  été supérieures à 75 milliards de dollars. Pour 2017, au vu du bilan des six premiers mois 2017, les importations de biens s’orientent vers 45/46 milliards de dollars et avec les  services et les transferts légaux  de capitaux  presque le même montant de sorties de devises qu’en 2016,   avec des recettes en devises variant entre 32/35 milliards de dollars si le cours en moyenne annuelle varie entre 50/55 dollars

2.- L’Algérie a besoin de prospective et  des stratégies d’adaptation

Tout projet est forcément porté par  des forces politiques, sociales et économiques  sinon tout modèle économique est voué à l’échec. L’enjeu majeur pour l’Algérie et sa survie implique donc de mettre en place des instruments opérationnels capables, d’identification, d’anticiper les modifications de comportement des acteurs économiques, politiques, sociaux et militaire au niveau géostratégique. Il existe un lien dialectique entre développement et sécurité car sans un  développement durable il y a nécessairement accroissement de l’insécurité qui a un cout croissant. Pourtant n’ayons pas une vision uniquement de sinistrose. L’Algérie selon les observateurs internationaux ,où j’ai été invité personnellement  le 02 novembre 2016 à Alger à un large débat  en tant qu’expert indépendant  avec la  délégation du Parlement européen (PE) à Alger présidé par M. Antonio Panzeri, Président de la Délégation pour les Relations avec les Pays du Maghreb, a toutes les potentialités, sous réserves de profondes réformes ,  pour asseoir une économie  diversifiée garante de la  création d’emplois durables et donc  de la stabilité de la région méditerranéenne et africaine. Mais pour éviter les effets pervers nuisibles au développement,   il serait hasardeux pour l’avenir de l’Algérie d’aller vers un monologue, de combler le vide (culture  rentière du passé) par certaines organisations incapables de mobiliser la société du fait de leur non crédibilité et de livrer à de l’activisme sans impacts réels. Il existe un théorème en sciences politiques : 80% d’actions mal ciblées et désordonnées que l’on voile par de l’activisme, ont un impact de 20% sur les objectifs et 20% d’actions bien ciblées ont un impact sur 80%.

La baisse du cours des hydrocarbures sera de longue durée et des stratégies d’adaptation deviennent urgentes, devant éviter l’illusion tant d’un modèle de consommation énergétique  linéaire. que des modèles périmés des années 1970/1980 reposant sur le matériel (mécanique)  et du fameux slogan quant le bâtiment va tout va alors que nous sommes à l’aube de la quatrième révolution économique 2020/2030/8040 ou domineront l(immatériel et  l’intelligence artificielle  ( voir le dernier rapport 2016 de  World Economic Forum « « The Impact of the Fourth Industrial Revolution»). Il faut impérativement  recadrer le débat, éviter les utopies du passé et s’adapter au nouveau monde , par un langage de vérité  et de s’attaquer  à l’essence et non aux apparences. Comme je l’ai démontré récemment dans un long interview au quotidien américain American Herald Tribune  du 28/12/2016  et  au  quotidien financier français La Tribune  FR du 07 mai 2017, je tiens à considérer que la stabilité de l’Algérie, acteur stratégique  de la stabilité de toute la région, qui ne saurait signifier statut quo,  mais mener des réformes dans un mouvement historique positif, est un passage obligé vers la reconquête de notre cohésion nationale et la construction d´un front intérieur solide et durable en faveur des réformes politiques et socio-économiques face aux enjeux des nouvelles mutations mondiales dans les domaines militaires, sécuritaires, politiques, économiques, sociales  et culturelles  dont le pivot est la bonne gouvernance  et la réforme de l´école tenant compte du fondement du développement ère du XXIe siècle basée sur le savoir. 

L’objectif stratégique doit concilier la modernité et notre  authenticité, l’efficacité économique et une profonde justice sociale si l’on veut à terme éviter la marginalisation de l’Algérie au sein de la société mondiale avec d’importances incidences géostratégiques..  Pouvoir et Opposition doivent s’entendre pour un renouveau national de l’Algérie. L’Algérie sera ce que les Algériens voudront qu’elle soit. Le mal est en Nous et la guérison dépend avant tout des algériennes et algériens, impliquant un large Front National sans exclusive, tolérant nos divergences d’idées, source d'enrichissement mutuel.  Pour terminer   Quelque que soit la nomination d’un premier ministre, prérogative relevant exclusivement du Président   de la république,   l’important est de privilégier les intérêts supérieurs   de l’Algérie. A ce titre je souhaite plein succès à Monsieur Ahmed OUYAHIA qui vient d’être désigné Premier Ministre par son Excellence Mr le Président de la République,  qui a été mon chef de gouvernement par le passé au moment où je présidais  le Conseil National de la Privatisation de 1996/1999.Évitons toute sinistrose, l'Algérie ayant toutes les potentialités de sortie de crise, car  tout échec  serait nuisible au pays et donc à l’ensemble de la population algérienne avec des incidences géostratégiques de déstabilisation de toute la région. L’Algérie   en cette conjoncture difficile de tensions budgétaires et de tensions géostratégiques,  a besoin  de stabilité, de rassembler au lieu de diviser par un  dialogue productif  et  un sacrifice partagé. Et d’un  développement durable, encourageant  les producteurs de richesses  et non les prédateurs,   et ce  au profit de tous enfants, tenant compte de la dure réalité mondiale, un monde en perpétuel mouvement ou toute Nation qui  n’avance pas recule forcément.

 ademmebtoul@gmail.com

 (1)World Economic Forum 28 juin 2016 « The Impact of the Fourth Industrial Revolution

Employment Policy in 2017 – 2020 for Algeria

by Dr A. Mebtoul | Aug 14, 2017 | EmploymentGovernment Policy/Regulation/LegislationInvestmentsMaghrebMediterranean SeaMENAPopulation

Sur la nomination de Ahmed Ouyahia Premier Ministre -Interview Pr  Abderrahmane MEBTOUL au niveau international 16/08/2017 elmegharibi.com  au niveau national 16/08/2017 Ennahar

الخبير الإقتصادي عبد الرحمان مبتول:

«أويحيىی سيدعم القطاع الخاص لخلق الثروة وتوفير مناصب الشغل»

Nouveau gouvernement – « Algeria in Need of Foresight and Adaptation Strategies

A surprising appointment of a New Prime Minister was decided upon yesterday by the presidency of the republic in replacement of the previous three months old government ».

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