Les défis de l’Algérie face aux tensions budgétaires et aux nouvelles mutations mondiales

Les défis de l’Algérie face aux tensions budgétaires et aux nouvelles mutations mondiales
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 27 Décembre 2017 | 08:05

Cette présente contribution d’une brulante actualité  fait  suite d’un large débat que j’ai eu au niveau national et international sur les réformes et la privatisation  en Algérie depuis 1983, étant également  dans le prolongement  d’une communication versée en 2008 aux USA sur les réformes en Algérie (1). Devant éviter toute confusion, l’ouverture du capital  au sens scientifique et pratique  du terme,  au vu des expériences internationales, est  une privatisation partielle. Comme  il   y a lieu impérativement  de  tenir compte du  contexte social et économique, fonction des rapports de force entre les réformateurs et les  conservateurs, et de ne pas confondre  la privatisation qui est la cession partielle ou totale d’une entreprise publique  et la démonopolisation qui est l’encouragement du secteur privé à investir dans des créneaux nouveaux. 

1.-Le rythme de la  privatisation/démonopolisation  reflet des  rapports de force 

Pour  les pays développés, nous trois types de partenariats où souvent cela se limite  aux infrastructures puisque pour la majorité des entreprises opérant dans l’industrie, l’agriculture et les services,  le privé est dominant. Et même pour certaines  grandes entreprises où l’Etat est actionnaire c’est la dominance de la gestion de type privé  conclu par un contrat de management.Ainsi nous avons :  - premièrement,  les partenariats institutionnels (création de sociétés à capitaux publics et privés telles que les sociétés d’économie mixte ou joint-ventures) ;  -deuxièmement,  les partenariats dans lesquels les entreprises privées conseillent les personnes publiques pour la valorisation de leurs biens ;  - troisièmement,  les contrats de Private Finance Initiative (PFI) qui sont la forme la plus répandue. Il s’agit de la différencier des délégations de service public qui sont des contrats par lesquels une personne morale de droit public confie la gestion d’un service public dont elle a la responsabilité à un délégataire public ou privé, dont la rémunération est substantiellement liée aux résultats de l’exploitation du service

A la lumière des ’expériences des pays en transition vers l’économie de marché concurrentielle, à finalité sociale, loin de tout monopole public ou privé, je recense huit  méthodes  de privatisation à différencier de la technique de privatisation, qui souvent dans la pratique connaissent des combinaisons par des études cas par cas :

premièrement l’offre publique de ventes d’actions mais qui se heurte à une difficulté: l’absence de marché de capitaux ;  -deuxièmement, vente privée d’actions ;  -troisièmement,  l’apport d’investisseurs privés dans une entreprise publique après apurement du passif ;  -quatrièmement, découpage, segmentation ou restructuration de l’entreprise en plusieurs de ses composantes qui sont vendues séparément ;  -cinquièmement, distribution de bons vendus à l’ensemble de la société permettant la création de fonds d’investissement: la méthode de vente de bons d’échange, chaque citoyen recevant des bons de privatisation d’une certaine valeur moyennant une redevance d’enregistrement permet l’adhésion populaire sous réserve de bien organiser ces fonds d’investissement par des comités de surveillance ;  -sixièmement,  une toute autre solution de privatisation avec transfert de propriété est la privatisation de l’entreprise par voie de reprise totale par les salariés. Elle est satisfaisante théoriquement plus que pratiquement. Ces entreprises manqueront de fonds propres et auront des problèmes d’augmentation de capital. En outre existent des   difficultés managériales des entreprises publiques en Algérie. Il y aura peu de chance qu’elles puissent trouver en leur sein des équipes de gestionnaires capables d’affronter un marché concurrentiel. Cette technique paraît en revanche adaptée au secteur des petites entreprises de services, comme il y aura lieu de prévoir la formule de cession aux cadres mais qui suppose la création d’une banque à risque pour les accompagner transitoirement ;  -septièmement,  enfin sous réserve d’un programme de privatisation clair, une autre technique est la reconversion de la dette extérieure en prises de participation.  Huitièmement, nous avons eu également des privatisations sans transfert de propriété qui concerne souvent   les grandes entreprises, où a été  utilisé les techniques de privatisation par lesquelles l’Etat confit au secteur privé national, étranger ou mixte, la gestion de ces entreprises, mais renonce dans l’immédiat à en céder la propriété. 

2.-Les techniques de privatisation

 C'est dans ce cadre qu’il convient d’analyser  les trois techniques d'évaluation des entreprises publiques privatisables qui parfois donne des montants différents. 

-Premièrement,  nous avons l'approche patrimoniale repose sur le bilan qui donne un inventaire schématique mais complet des biens possédés par l'entreprise et du passif accumulé. Deux  méthodes sont généralement appliquées, qui conduisent à la détermination de la valeur bilancielle, de la valeur de liquidation et du coût de remplacement. La valeur bilancielle peut être assimilée à l'actif net. Au niveau de cette technique, la valeur de liquidation permet de mesurer la valeur minimale de l'action d'une société. L'idée sous jacente à cette approche est celle selon laquelle, si la valeur de marché d'une action chute en dessous de la valeur de liquidation celle ci devient une cible potentielle pour une offre publique d'achat (OPA). Cette valeur représente la somme d'argent qui pourrait être obtenue si on divisait la société en " appartements ".Au niveau de cette approche patrimoniale, la vente des actifs permet l'évaluation du remboursement des dettes et de distribuer le restant aux actionnaires. La valeur de remplacement définit la différence entre le coût de remplacement des actifs d'une firme et ses dettes. Elle représente le montant de l'investissement qu'un acheteur doit réaliser pour acquérir un bien susceptible de lui fournir les mêmes avantages et revenus d'usage que le bien évalué. Il s'agit en somme d'une valeur de continuité. Certains analystes pensent que la valeur de marché d'une société ne peut être très supérieure à sa valeur de remplacement dans la mesure où, si tel était le cas, des concurrents pourraient essayer de créer des firmes présentant des caractéristiques similaires. La pression concurrentielle des entreprises similaires qui rentrent sur le même marché entraînerait alors une baisse de la valeur de marché de toutes les firmes jusqu'à ce que celle ci soit égale à la valeur de remplacement. L'on procède souvent à l'actif net corrigé, à la valeur substantielle brute, que l'on combine avec la méthode des capitaux permanents nécessaires à l'exploitation.  Deuxièmement, nous avons la méthode du Goodwill (GV) qui  est la passerelle qui relie l'approche patrimoniale et l'approche prospective. C'est une notion très utilisée chaque fois qu'une évaluation est faite, que ce soit à des fins de fusion, de cession, de transmission, de consolidation de sociétés ou même d'imposition. Pour bien illustrer ce concept, considérons deux sociétés appartenant au même secteur d'activité et possédant des valeurs patrimoniales identiques. Supposant que la première est en voie d'être liquidée du fait des difficultés d'exploitation, alors que la deuxième se porte bien et à même de créer des brevets et une marque connue. Si les deux sociétés doivent être évaluées ou cédées, la première va l'être au mieux au montant de l'ANC, alors que la seconde va l'être certainement à un montant supérieur à l'ANC. La différence entre les deux valeurs s'explique par la capacité de la deuxième société à rester rentable et à créer de la richesse. II apparaît donc que la valeur d'une société n'est pas uniquement fonction de ses moyens de production, mais qu'elle dépend essentiellement de l'aptitude du management à mettre en œuvre moyens matériels et humains pour générer de la rentabilité. Ainsi une synergie positive entre les différentes activités, une bonne ambiance sur le plan social, une activité de recherche et développement productive, une bonne stratégie, sont à l'origine de bénéfices supplémentaires qui augmentent la valeur patrimoniale constitue le Goodwill. Troisièmement, nous avons les  approches prospectives qui permettent de suppléer les insuffisances du Goodwill et des méthodes patrimoniales d'évaluation, grâce à la détermination de la valeur des éléments incorporels non identifiables. En effet, les méthodes du GW ne prennent en compte les perspectives futures que de façons limitées, notamment parce que l'évolution des bénéfices et des dividendes futurs n'est pas explicitement étudiée, ainsi que le développement des marchés financiers. Les besoins en information des investisseurs et des entreprises a été à l'origine de nouvelles théories et approches en matière d'évaluation des sociétés. L'idée force des approches prospectives est que la valeur d'une entreprise est fonction de ses perspectives futures, d'où l'impact des informations prévisionnelles sur le comportement des évaluateurs et des investisseurs. L'analyse fondamentale requiert une estimation des flux futurs de bénéfices, de dividendes et du taux de croissance, ainsi que des perspectives futures, alors que la méthode du cash flow actualisé est fondée sur le calcul des flux d'encaissements et de décaissement liés à l'activité. Dans ce contexte il existe plusieurs méthodes des approches prospectives :-la relation entre les cours et les dividendes (modèle de dividendes actualisées) ; la valeur de rendements du cash flow actualisés ; le cash flow disponible et la méthode du profit économique.

3.- Privatisation et environnement 

C’est dans ce contexte que la réussite de ce processus complexe implique de tenir compte tant de l’environnement national qu’international : -.premièrement la fiscalité applicable aux revenus de l’épargne investie en actions et en obligations est un critère essentiel pour tout investisseur national ou étranger. Ceci vise la fiscalité des dividendes et des revenus d’obligation, le régime fiscal applicable aux plus et moins values sur cessions de titres, le taux d’une éventuelle retenue à la source sur les revenus des actions et obligations ainsi que l’existence non d’une conversion de non double imposition.  -.deuxièmement, quant aux  liens entre la privatisation et le système douanier, tout   pays a pour souci constant de préserver et protéger sa production nationale tout en laissant la libre concurrence se développer. Le problème peut résider dans le degré de loyauté d’une telle concurrence. Dans ce cadre le système douanier joue un rôle central à travers les droits de douane applicables à telle ou telle importation. L’exemple le plus typique est celui où les taxes douanières applicables à un produit fini sont plus faibles que celles frappant les contrats composant ce produit fini. Par ailleurs la fluidité du système douanier est un facteur déterminant dans la prise de décision d’un investisseur  -.troisièmement, il existe un lien dialectique entre privatisation et investissement nouveau (démonopolisation)  Dans une économie de marché véritable il n’existe pas de code d’investissement, le marché étant l’élément de régulation. Cependant dans les économies en transition un code des investissements favorables tant aux investisseurs nationaux qu’étrangers doit exécuter afin de rendre le pays attractif à ces investisseurs et de leur assurer une stabilité dans le temps des avantages, notamment fiscaux, qui peuvent être à l’origine de leur décision d’investissement dans ce pays. Ce code des investissements doit être connecté avec la législation et les règles régissant le processus de privatisation. Faute d’une telle connexion, tout investisseur mettra en concurrence les avantages liés au code investissements s’il réalise un projet neuf comparativement à l’acquisition d’un investissement de même nature à travers le processus de privatisation.

4.- Démonopolisation/privatisation : un processus éminemment  politique

La pleine réussite des réformes dont s’inscrit tant la privatisation partielle, totale que la démonopolisation condition pour une transition réussie vers l’économie de marché à finalité sociale,  rester tributaire d’un certain nombre de conditions qui doivent être sous tendu par une nette volonté politiquée. Cela   implique huit conditions :  -premièrement,-une redéfinition du nouveau rôle de l’Etat dans le développement économique et social ; -deuxièmement,  définir  d’une manière claire le droit de propriété, donc les relations entre l’Etat et le marché qui doivent procéder d’une démarche pragmatique par une définition des règles incitatives ;  - -troisièmement, la production d’une culture politique participative ;  -quatrièmement, une communication institutionnelle efficiente ; -cinquièmement,  l’élaboration d’un nouveau consensus politique permettant de dégager une majorité significative dans le corps social en faveur des réformes. Il s’agit là d’une entreprise d’envergure consistant principalement à  revoir l’aménagement fonctionnel du pouvoir d’Etat ;  -sixièmement,  restructurer le système partisan ;  - septièmement, réorganiser le champ de l’information et de la communication  -huitièmement,  -réorganiser le mouvement syndical et associatif, la promotion de la femme,  signe de la vitalité de toute société.

 Ainsi, la privatisation totale ou partielle ( PPP)  n’est pas une technique mais  un processus éminemment  politique géré par le Gouvernement, pour éviter un échec,  en relation avec toutes les composantes sociales, politiques et économiques du pays. S’agissant d’un programme politique, il importe que celui ci soit soutenu non seulement par les groupes directement affectés mais également par la population en général impliquant une totale  transparence. Car cette opération complexe et délicate a des incidences économiques, sociales et politiques, car déplaçant des segments de pouvoir, les gagnants de demain ne sont pas forcément ceux d’aujourd’hui d’où des résistances naturelles des forces sociales rentières. D’où l’importance de  la cohérence dans la démarche par le respect de l’Etat de Droit par un dialogue permanent, une communication active et enfin le pragmatisme tenant compte tant des expériences historiques que de la réalité sociale algérienne. Il y a lieu d’éviter au maximum le gré à gré qui est une pratique occulte, défendue par les rentiers et qui ne ferait que favoriser le passage d’un monopole public à un monopole privé et qui ne résoudrait pas les problèmes de fond. En attendant la dynamisation de la bourse des valeurs en léthargie actuellement, lieu par excellence de la concurrence, des avis d’appel d’offres transparents sont souhaitables. Comme il y a lieu d’éviter des changements périodiques des législations qui déstabilisent les investisseurs d’autant plus que le système d’information est actuellement déficient. Dans ce contexte, pour que la privatisation atteigne ses objectifs il y a lieu d’éviter l’erreur qui consiste à la circonscrire à la restructuration industrielle (vision micro-statique reposant sur la notion de secteur stratégique à forte résonance idéologique) alors que l’objectif fondamental est la restructuration globale de l’économie (le blocage est d’ordre systémique) afin d’optimaliser l’efficience du système dans son ensemble et en dynamique ce qui est politiquement stratégique aujourd’hui peut ne pas l’être demain . 

En résumé, sans une stratégie clairement définie, l’approfondissement des réformes structurelles, la privation totale ou partielle à travers le  partenariat public-privé aura un impact limité.  Pour éviter un échec patent, renouvelant l’expérience négative des licences d’importation, idem d’ailleurs pour la règle généralisée des 49/51% instaurée depuis 2009,  n’ayant pas  permis la réduction des importations, au contraire le doublement,  il y a lieu de replacer l’ouverture du capital  des PMI-PME au sein d’une vision globale  des réformes intimement liée aux nouvelles mutations mondiales.  ademmebtoul@gmal.com

Nb – Abderrahmane Mebtoul est docteur d’Etat es Sciences Economiques (1974) et expert comptable de l’Institut Supérieur de gestion de Lille (France)a été membre fondateur de l’Association algérienne  de Développement de l’Economie de Marché ADEM ( 1992),  programme largement diffusé entre 1993/1997 dans le quotidien d’Oran -  El Watan- El Khabar- le Soir d’Algérie , aux USA et ne Europe( arabe- français-anglais)    et   Président du conseil national des privatisations 1996/1999.

Ps L’ensemble des techniques de cession du capital  des entreprises publiques contenues en annexe dans le document  sur la charte adoptée récemment entre l’UGTA-le patronat  et le gouvernement ont été largement développées par le professeur Abderrahmane Mebtoul entre 1983 et 2017 (voir contributions  récentes sur le site www.algerie1.com). Donc rien de nouveau

. Voir les contributions du Docteur sur ce sujet- Abderrahmane MEBTOUL : -Communication du docteur Abderrahmane MEBTOUL « les réformes  en Algérie, un enjeu majeur » suite à l'invitation de M. Steve GUNDERSON Président et Directeur Général du Council on Foundations (Conseil des fondations de Washington ) et Miss Jennifer KENNEDY " GCDF Gunderson Council Foundation " qui a été  versée à une importante rencontre internationale consacrée à l'Afrique pour ce IIème Congrès qui s est  tenu  du 26 au 30 mai 2008 à New York(USA) rencontre co-organisée avec la fondation Bill et Melinda Gates et sponsorisée notamment par les importantes fondations Rockefeller, Ford, MacArthur, Andrew Mellon, Carnegie et Hewlett ,qui  a vu  la présence de plusieurs centaines de personnalités mondiales et institutions internationales ( FMI-Banque mondiale - OMC)- 

-paper appeared in the global financial magazine “Euro-Money”, London, September 1998, updated 2003. See, of the same author, the paper published in “Washington Times”, USA, June 1999, and the international magazine “Gas of Today”, November-December 2002, Paris/ Finance.
-Algeria and the Challenge of Globalisation, Algiers, Office des Publications Universitaire, ( OPU) Algeria 2001: first part: Globalisation and Economic Culture, 2nd part: The Institutional Reforms and Micro- Economy. – Lecture at Picardie (France) University. International Conference of Amiens in the occasion of the year of Algeria in France, October 16-17, 2003. International Dynamics and Privatisation in Algeria. – Ouvrage collectif sous la direction A. MEBTOUL « Enjeux et défis de l’Algérie : Démocratie- Réformes –Développement », Casbah Editions » 05 avril 2005 volume 1 ( 310 pages) Annexes ( 240 pages  Voir les résolutions de l’atelier investissement du Forum International Européen qui a été présidé par le Docteur Abderrahmane MEBTOUL au nom de l’Algérie- assisté du Directeur de la Banque Européenne d’ Investissement ( BEI) Henry Marty Qauquié.

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