Le gouvernement Ouyahia face à la contrainte du financement : onze propositions

Le gouvernement Ouyahia face à la contrainte du financement : onze propositions
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 09 Septembre 2017 | 19:16

L’Algérie a un répit de seulement trois ans pour changer de cap et éviter de vives tensions  sociales 2018/2020. Alors que faire pour maintenir le niveau des réserves e change à un niveau acceptable qui tient la valeur du dinar  car à 20/30 milliards de réserves de change la cotation officielle du dinar  serait à plus de 200 dinars un dollar ?  Comment compresser  les rubriques importation de biens et services, dynamiser  les rentées annuelles de Sonatrach qui dépendront à la fois de la forte consommation inférieure, de la concurrence internationale et des cours futurs, dont l’Algérie n’a aucune emprise ? Car l’annonce euphorique des gouvernements précédents annoncé avoir seulement une sortie de devises de 22 milliards de dollars entre 2017/2018 soit annuellement 7 milliards de dollars est irréalisable. En effet , nos calculs largement publiés dans la presse nationale et internationale  à partir des statistiques douanières donc officielles, année par année , montrent qu’entre 2000/2016  les  sorties de devises de biens ont été d’environ 520 milliards de dollars( 560 milliards de dollars à juillet 2017 selon certaines sources ),  plus les services 120/140 souvent oubliés dans les  déclarations officielles ( 10/11 milliards de dollars/an entre 2010/2016)  et les transferts légaux de capitaux  de plus de 730 milliards de dollars , pour une entrée de devises  d’environ   850 milliards de dollars, la différence étant les réserves de change  au 31/12/2016 de 114 milliards de dollars  et   de 105 milliards de dollars juillet 2017.

1.-La première solution, est une nouvelle gouvernance centrale et locale, une moralisation de la vie politique, sociale et économique, la lutte contre la corruption, l’évasion fiscale  pour un sacrifice partagée, et une réelle  décentralisation autour de pôles régionaux dynamisant l’entreprise et l’économie de la connaissance.

2.-La deuxième solution, de la réhabilitation du travail  source de la  richesse de toute Nation, évitant cette distribution de revenus  sans contreparties productives ; évitant ces emplois fictifs pour une paix sociale éphémère,  que voile le taux de chômage officiel 

3.- La  troisième solution,  est l’amélioration du climat des affaires, la débureaucratisation de la société, la réforme du système financier, socio-éducatif,  et l’épineux problème du foncier

4.-La quatrième solution,  est que tout projet doit être pensé par rapport aux normes cout/qualité/concurrence, donc   selon les normes internationales par une lutte contre les surcouts qui ont pris de proportions exorbitantes parfois 20/30% er donc d’avoir une vision  stratégique au sein de filière internationalisées

5.-La  cinquième solution,  est pour le développement  pour les projets structurants notamment dans les  infrastructures  de la  la technique du Build, Operate and Transfer( B.O.T) ce qui allégerait à court terme les tensions au niveau du budget devises de l’Etat mais en étant conscient qu’à terme,  il y aura transferts des profits. Rappelons que la  technique du  BOT repose principalement sur le modèle du « project financing/project finance » qui est en substance une technique de financement où les prêteurs acceptent de financer un projet en se basant uniquement sur sa rentabilité et sa valeur propres. En pratique, le remboursement du prêt dépend principalement du cash-flow généré par le projet lui-même, de sorte que la capacité du projet à générer des revenus qui serviront au remboursement du prêt constitue la pierre angulaire du project financing.

6.- La sixième solution, est l’assouplissement de la règle des  49/51% ( bilan mitigé à ce jour) ayant procuré des rentes de situation à certains opérateurs, sans dynamiser  l’accumulation technologique,   pour les segments non stratégiques, devant définir avec précision ce qui est stratégique  et ce qui ne l’est pas, où l’Algérie  supporte tous  les  surcouts sans que  souvent le partenaire étranger ne partage  les risques,   remplacé par une minorité de blocage.

7-La septième solution,  est  une exportation plus accrue des hydrocarbures, dont le prix dépend de facteurs   externes échappant totalement à l’Algérie et là attention aux faux calculs comme ceux  effectués par le Venezuela qui est  au bord de la faillite. Les recettes de Sonatrach à un cours de 50/55 dollars le baril, la majorité des contrats de gaz dont le prix lui est indexé  à long terme expirant entre 2018/2019 sont évaluées à 34 milliards de dollars, déduction des charges  de 20% , donnant un profit net de 27 milliards de dollars qui s’ajoutent aux réserves de change actuelles. A 50 dollars  le profit net est de 21 milliards de dollars et à 40 dollars le profit  de 15/16 milliards de dollars. Entre 2017/2020, il est utopique  de compter sur les exportations hors hydrocarbures (la maturation et la rentabilité  tout projet mis en œuvre en 2017,  mettant au minimum en Algérie  4/5 ans au vu es contraintes bureaucratiques )  dont les mines   ( voir  nos différentes contributions,  investissement lourd et entrée d e devises faibles ). Le cours du pétrole en ce mois de  septembre 2017 fluctue  entre 50/54  le Brent et  46/48 dollars  le Wit contrairement aux supputations hasardeuses de certains experts induisant en erreur le gouvernement,  saura surmonter la crise actuelle.

8. La huitième solution,  est   un   arbitrage est nécessaire entre la satisfaction du marché intérieur et les exportations posant la problématique des subventions généralisées source de gaspillages et d’injustice sociale alors qu’elles doivent être  ciblées. L’Algérie risque d’être un importateur net de pétrole horizon 2020/2015, devant miser sur le gaz et surtout sa transformation,  dans le cadre d’un  partenariat gagnant/gagnant. C’est que, la majorité des contrats à moyen terme expirent entre 2018/2069, devant s ‘aligner sur le marché libre dit marché spot, étant impossible de concurrencer la Russie ( fameux  gazoduc  Sibérie/ Chine  et l’Iran  sur le marché asiatique, ne devant plus compter sur les exportations vers les  USA qui eux mêmes exportent vers l’Europe,  le marché naturel  de l’Algérie étant le marché européen. D’où l’urgence de  la transition énergétique et d’un nouveau modèle de consommation reposant sur un Mix énergétique, dont les énergies renouvelables,  tenant compte de la forte concurrence internationale.

9. La neuvième solution, est la mise ne place urgente d’une transition énergétique fondée sur un Mix énergétique. Les études de l’ONU prévoyant une sécheresse sans  pareille  au niveau de l’Afrique du Nord entre 2020/2025. Partout dans le monde, la conjonction de l’instabilité des marchés des énergies fossiles et l’impératif de protection de l’environnement et de réduction des émissions de gaz à effet de serre imposent une révision des stratégies énergétiques. Voilà donc pourquoi il va falloir en urgence d’une part revoir notre mode actuel de consommation énergétique et d’autre part exploiter toutes les formes d’énergie et en particulier les énergies renouvelables qui demeurent une alternative incontournable pour les besoins internes en énergie. les derniers évènements tragiques montrent  clairement qu’entre 1950 à ce mois de septembre 2017, la vitesse des ouragans est passé en moyenne de 100 km à l’heure à plus de 350 km à l’heure, équivalent à plusieurs  camions de 10 tonnes remplis qui foncent sur un mur,  des pluies torrentielles , des incendies suite à la sécheresse, des tremblements de terre dans certaines zones , signe du réchauffement climatique . Avec le dégel de l’arctique, déversement de milliards de mètres cubes d’eau douce, il ya eu remontrée des océans. Dans ce cadre le littoral notamment  atlantique et méditerranéen risque d’être submergé par la remontée des eaux, absorbant ainsi  une grande fraction du littoral, ou habitent des centaines de millions d’habitants, rendant urgent une autre vision de l’architecture urbanistique et surtout du modèle de consommation énergétique de l’humanité. 

10..- La dixième solution pourrait  est  l’endettement extérieur ciblé à   moyen  terme mais uniquement pour  les segments à avantages  concurrentiels  productifs chaque opérateur  devant compter su son compte devises et non celui de la banque d’Algérie  afin de maintenir le niveau des réserves  à un niveau acceptable qui tiennent al valeur du dinar à 70%  sinon les prévisions  du FMI de 60 milliards de dollars fin 2018  et épuisement fin 2019 risquent de se réaliser 

11.la onzième solution est le financement non conventionnel  parfois utilisé dans une économie de marché concurrentielle structurée ayant un potentiel productif, loin de tout monopole et assis sur une bonne gouvernance  ou existe des facteurs de production oisifs afin de relancer la demande globale  (consommation et investissement), devant faire attention car  l’Algérie souffre de rigidités structurelles. Si ce financement s’adresse aux secteurs productifs concurrentiels en terme de cout/qualité, tenant compte de la quatrième révolution économique mondiale, les tensions à court terme seront amortis  par les effets positifs à moyen terme  du fait de la création de valeur ajoutée. Entre temps il sera nécessaire une mobilisation de la population passant non par  des actions  bureaucratises mais un langage de vérité pour lui expliquer concrètement  les  enjeux et une moralisation de la société afin de susciter son adhésion.  En cas ou n’existerait pas  de dynamisation du secteur productif, de versements de salaires sans contreparties productives et l’apparition de nouvelles rentes spéculatives par  la planche à billets nous aurons les  conséquences suivantes, avec l’hypothèse d’un cours du baril tournant autour de 50/55 dollars, en dessous la situation serait dramatique..

a.- une inflation à deux chiffres à terme et une méfiance de la population qui va pour se prémunir se refugier dans des achats comme  l’or, les devises, l’immobiliers, le stockage de biens durables,  élargissant la sphère informelle. Rappelons que  l’emprunt obligataire  a eu un résultat  mitigé vis à vs de l’insertion du  capital argent de la sphère informelle, l’essentiel  du capitalisé provenant de la sphère réelle ce qui a conduit à l’assèchement des liquidités  des banques,  tout en encouragent certaines rentes spéculatives profitant d’un taux ‘intérêt de 5 à 5,75%. Et avec un, taux d’inflation supérieur ceux qui ont placé leur capital argent se trouvent pénalisés accroissant encore plus la méfiance vis-à-vis du dinar,  

 -b.-relèvement obligatoire des taux d’intérêts des banques si on veut éviter leur  faillite,

 -c- avec des taux d’intérêts à deux chiffres frein de l’investissement productif,

-d.-une baisse du même niveau sur les revenus fixes notamment des salariés et des fonctionnaires l’Etat qui risquent d’avoir un revenu divisé par deux en termes de parité de pouvoir d’achat  avec le laminent des couches moyennes , l’inflation  réalisant une épargne forcée pour combler le déficit budgétaire avec le risque de la spirale, revendication sociales, hausse des salaires, inflation - hausse des salaires et inflation,

e.-dérapage accéléré du dinar s’orientant officiellement vers 200 dinars un euro et sur le  marché  parallèle un écart de 50% avec le renchérissement de tous les  biens importés accélérant le processus inflationniste.   

En résuméla sécurité nationale étant posée,  l’Algérie en ce mois de septembre  2017, ne connait pas encore de crise financière mais une crise de gouvernance. Mais le risque sans correction de l’actuelle politique économique et notamment industrielle dont le résultat est mitigé ces dernières années contrairement à certains discours démentis par le terrain, est d’aller droit vers le FMI horizon 2018/2019 ou cohabiteront crise financière et crise de gouvernance. Dans ce cadre c’est une évidence d’affirmer que le système financier algérien a besoin d'être réformé, n’existant pas de banques accompagnant les véritables investisseurs et pas de véritables bourse des valeurs. Une hérésie économique des entreprises étatiques dominantes souvent déficitaires achetant des entreprises étatiques déficitaires. Ni Sonatrach, ni Sonelgaz et ni de grandes entreprises privées n’étant cotés en bourse. L’économie algérienne est totalement rentière avec 98% d’exportation d’hydrocarbures et important plus de 70% des besoins des ménages et des entreprises. Tout est irrigué par la rente des hydrocarbures donnant ainsi des taux de croissance, de chômage et d’inflation fictifs. La richesse nationale créée puise sa source dans la relation du triptyque: stock physique (stock ressources naturelles d’hydrocarbures) - stock monétaire (transformation: richesse monétaire) - répartition (modalités et mécanismes de répartition: investissement-consommation-fonds de régulation). La société des hydrocarbures ne créait pas de richesses ou du moins très peu. Elle transforme un stock physique en stock monétaire (champ de l’entreprise) ou contribue à avoir des réserves de change qui par le passé, du fait de la faiblesse de capacité d’absorption ont été  placées à l’étranger. Cette transformation n’est plus dans le champ de l’entreprise mais se déplace dans le champ institutionnel (problème de la répartition). Or la richesse ne peut apparaitre que dans le cadre de la transformation du stock de monnaie en stock de capital, et là est toute la problématique du développement.  Aussi,  la   solution la plus sûre  est d’avoir une vision stratégique, loin de tout replâtrage, les tactiques  pour paraphraser les experts militaires, devant  s’insérer au sein d’une fonction objectif stratégique ce qui fait cruellement défaut actuellement, Comme l’a instruit   le président de la république, c’est d‘aller vers de profondes réformes structurelles et une mobilisation générale de toutes les composantes de la  société  sans lesquelles,  l’on ne pourra pas faire émerger une économie diversifiée. Sans réformes, au-delà de 2020, il sera impossible de maintenir le niveau des réserves  au vu de la  situation économique. Evitons toutefois la sinistrose. L’Algérie du fait de ses potentialités avec une nouvelle politique économique  peut   surmonter la crise.  Car toute  récession économique aurait  des incidences  sociales et politiques   internes mais également déstabilisatrices géostratégiques au niveau de la région méditerranéenne et africaine. Il y va de la sécurité nationale.

 ademmebtoul@gmail.com  Professeur Abderrahmane MEBTOUL

NB- TOUTE REPRODUCTION SANS CITER L AUTEUR EST INTERDITE

sur la politique économique de l'Algérie voir l'interview du professeur Abderrahmane Mebtoul 07 septembre 2017

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