L’Algérie face à la nécessaire transition énergétique mondiale

L’Algérie face à la nécessaire transition énergétique mondiale
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 05 Avril 2017 | 06:52

Partout dans le monde, la conjonction de l’instabilité des marchés des énergies fossiles et l’impératif de protection de l’environnement et de réduction des émissions de gaz à effet de serre imposent une révision des stratégies énergétiquesSortir de l’hégémonie des hydrocarbures. C’est autrement dit un défi à lever car il est incontestable que les recettes futures sont aujourd’hui incertaines à cause de la crise pétrolière dont on ne connaît pas l’issue. Voilà donc pourquoi il va falloir en urgence d’une part revoir notre mode actuel de consommation énergétique et d’autre part exploiter toutes les formes d’énergie et en particulier les énergies renouvelables qui demeurent une alternative incontournable pour le moins les besoins internes en énergie C’est le message lancé par le président de la République Abdelaziz Bouteflika dans son discours à l’occasion de la commémoration du 24 février 1971, année de la nationalisation des hydrocarbures.

1.-.Le Monde connaîtra une mutation énergétique 2017/2030

 Le poids des fossiles (charbon, gaz et pétrole reste écrasant (78,3 %), tandis que le nucléaire   ne joue qu’un rôle marginal à l’échelle mondiale (2,5 %). La part des renouvelables est en croissance dans la production d’électricité (23,7 % fin 2015 contre 22,8 % fin 2014), mais elle reste mineure dans les  transports et les installations de chauffage et de refroidissement. Cette forte proportion  pour les énergies fossiles est due au déséquilibre entre les subventions accordées par les Etats aux énergies fossiles et celles allouées aux renouvelables : 490 milliards de dollars pour les premières en 2015, contre 135 milliards, soit près de quatre fois moins, pour les secondes. Ces freins n’empêchent pas le secteur de totaliser désormais 8,1 millions d’emplois directs et indirects de par le  monde (+ 5 % en un an), dont 2,8 millions dans la branche photovoltaïque : 59 Gigawatts en 2005, 198 en 2010, 279 en 2011, 283 en 2012, 318 en 2013, 370 en 2014 et 433  en 2015  dont le solaire 227 Gigawatts  contre 73 en 2005. L’investissement en milliards de dollars  est passé de 73  en 2005, 239 en 2010, 279 en 2011, 257 en 2012, 234 en 2013, 273 en 2014 et 286 en 2015. Sous réserve d’investissements à long terme, du fait qu’actuellement, ce sont les coûts de développement des technologiques et des investissements dans les équipements de production (turbines éoliennes, modules solaires, chaudières biomasse, etc.) qui pèsent sur le coût des énergies renouvelables,  l’avenir, les énergies renouvelables deviendront des énergies  moins chères et aux prix stables. Concernant la baisse des coûts, l’AIE constate que le prix des systèmes photovoltaïques a été divisé par deux et parfois plus en cinq ans (entre 2008 et 2012). De son côté, le prix du kWh éolien terrestre a baissé de 40 % en dix ans (entre 2002-2003 et 2012-2013). Aujourd’hui, rejoignant les coûts de production de l’hydroélectricité, certaines technologies comme certaines énergies renouvelables  ont pratiquement atteint la parité avec les coûts de l’électricité d’autres sources d’énergie classiques  si l’on tient compte des subventions allouées à ces dernières. Les énergies renouvelables disposent d’atouts essentiels pour prendre une place importante dans les bouquets énergétiques des paysde rapprocher les sites de production des centres de consommation , de réduire la dépendance de ces pays aux énergies fossiles, contribuer à la sécurité d’approvisionnement et à l’indépendance énergétique, permettent une maîtrise à long terme des prix de l’énergie, constituer les vecteurs les plus adaptés de développement de la production d’énergie décentralisée, offrir  un potentiel considérable de développement industriel et de nouvelle croissance et  contribuer  à limiter les impacts de la production d’énergie sur l’environnement :  diminution des émissions de gaz à effet de serre, réduction des effets sur l’air, l’eau et les sols, absence de production de déchets, les installations de production d’énergies renouvelables affectent très peu l’environnement, la biodiversité et le climat.

A l’échelle  mondiale,  les énergies vertes ont connu en 2015 une progression sans précédent. Selon le  le rapport sur le statut mondial des énergies renouvelables 2016, publié, par le réseau international    REN21,qui présente l’état des lieux le plus complet de ce secteur. Fin 2015, la capacité d’énergie renouvelable installée dans le monde atteignait 1 849 gigawatts (GW), en hausse de 8,7 % sur un an. Cet essor a été principalement porté par l’éolien (433 GW, + 17 %) et le solaire photovoltaïque (227 GW, + 28 %), ces deux filières assurant à elles seules les trois quarts de la croissance globale. Les investissements annuels mondiaux dans les énergies renouvelables  hors grande hydro-électricité  sont passés de 40 milliards de dollars US en 2004, 146 en 2007, 168 en 2009, 227 en 2010, 279 en 2011, 244 milliards de dollars en 2012 et 286 milliards de dollars en 2015. Alors que selon le cabinet de conseil spécialisé norvégien Rystad Energy, les investissements mondiaux dans le pétrole et le gaz sont  tombés en 2016  à 522 milliards de dollars  après une baisse de 22% à 595 milliards en 2015. Ce dernier montant est plus de deux fois supérieure aux dépenses consacrées aux nouvelles installations utilisant le charbon et le gaz (130 milliards de dollars). Selon le rapport de Bloomberg New Energy Finance (BNEF), il s’agira d’investir pur couvrir la demande mondiale en énergie  environ 2100 milliards de $ d’ici à 2040 pour les énergies fossiles, à mettre face aux 7.800 milliards investis en renouvelables. Il est sans doute intéressant de noter qu’avec 3. 400 milliards pour le solaire et 3100 milliards pour l’éolien, ces deux énergies renouvelables semblent être clairement celles qui se taillent la part belle car de nature à produire durablement de l’électricité à des niveaux de coûts inférieurs à ceux des centrales à énergie fossiles.  La Chine connaît une croissance rapide de l’énergie solaire et  se place depuis 2015 au premier rang du marché mondial du solaire photovoltaïque (avant l’Allemagne). Elle fait d’ailleurs état d’une politique éminemment volontariste qui lui permettrait d’afficher dans les 25 ans à venir les plus fortes baisses d’émissions de CO2. Ainsi, à elle seule, la Chine compte déjà pour 40 % dans les nouveaux TWh fournis par les énergies renouvelables. La Chine   a engagé 103 milliards de dollars, soit 36 % du total mondial, ce qui représente une hausse de 17 % de son effort annuel. Les investissements ont également fortement augmenté au Chili, en Inde, au Mexique, en Afrique du Sud , au Pakistan  et au Maroc. Selon l’Agence Internationale de l’Energie, la production d’électricité d’origine renouvelable augmentera de 40 % entre 2012 et 2018/2020. Les énergies renouvelables fourniront alors un quart de l’électricité mondiale contre 20 % aujourd’hui.  Mais, pour assurer une transition énergétique pérenne il faut d’importants investissements leur adaptation, dans  les réseaux électriques  afin  d’absorber, de redistribuer une plus grande proportion de courant produit par les énergies renouvelables pour le  stockage d'énergie et gérer la demande d'unités de production d'électricité flexibles sur l'importance de décentraliser la production d'énergie afin de les  rapprocher des "points de communication.  Il semble bien que l’on devrait assister à une importante mutation énergétique reposant sur un Mix, les compagnies investissant d’ores et déjà dans des énergies alternatives.  ). Selon le rapport de Bloomberg New Energyil est  prévu un renversement des consommations énergétiques en 2025: une chute de la demande en énergies fossiles et une nette augmentation de la demande en énergies alternatives  Cette tendance doit  être analysée en tenant compte du développement exponentiel des technologies (télécommunications, Internet, multimédia…) de plus en plus électro-dépendantes, tant dans le cas de nos économies développées, que dans le cas de la consommation à venir pour permettre l’accès à l’énergie de 1.3 milliards de personnes dans le monde vivant encore sans éclairage, télécommunications, etc. …Les conclusions du  rapport du GIEC publié en janvier 2015 et du rapport de  Rachel Kyte, vice-présidente de la Banque mondiale chargée du développement durable).montre une intensification de plus en plus visible partout dans le monde d’événements climatiques extrêmes  (sécheresses, canicules, pluies diluviennes, inondations, ouragans, typhons…), lourdes pertes humaines (2 millions et demi de personnes sur les 30 dernières années),multiplication du nombre de réfugiés climatiques (plus de 20 millions selon le Conseil norvégien pour les réfugiés) et des coûts financiers liés à ces catastrophes naturelles en forte augmentation (200 milliards par an au cours de la dernière décennie, soit 4 fois plus que dans les années 1980 

 

2.-L’Algérie et la transition énergétique  ?

 

Le Programme national de développement des énergies renouvelables en Algérie, prévoit une production d'ici à 2030 de 22.000 mégawatts d'électricité de sources  renouvelables, destinée au marché intérieur, en plus de 10.000 mégawatts (MW) supplémentaires à  exporter.  L'objectif est de réduire de plus de 9% la consommation d'énergie fossile à l'horizon en 2030 et d'économiser 240 milliards m3 de gaz naturel, soit 63 milliards de dollars sur 20 ans. 400 Mw ont été réalisées à partir d'énergies renouvelables à travers la centrale électrique hybride de Hassi R'mel (100 Mw) et la centrale solaire pilote de Ghardaïa (1,1 Mw), auxquels s'ajoutent 22 stations électriques solaires d'une capacité de 343 Mw à travers 14   wilayas, dont 270 Mw qui sont déjà en service. Un appel d'offre national et international  est prévu  pour la production de  4.000 Mw d'électricité à partir de sources renouvelables avec un cahier des charges obligeant les  investisseurs nationaux et étrangers de produire et d'assurer le montage local des équipements  industriels de production et de distribution des énergies renouvelables, notamment les panneaux  photovoltaïques. Dans l’immédiat,  Sonatrach va lancer  des avis d’appel d’offre où trente-quatre entreprises étrangères sont  en course pour la réalisation d’un parc solaire en Algérie de 10 megawatts à Bir Rebaa Nord, dans l’est de l’Algérie. Il est cependant nécessaire pour réaliser ce programme qui dégagera 300 000 postes directs d’emploi, de procéder à des investissements à hauteur de plus de 100 milliards de dollars horizon 2030. Dans ce cadre selon le Ministère de l’Energie, pour installer une puissance de 47-51 TWh d’ici 2030, dont plus de 9 TWh d’ici 2020. La phase initiale de ce programme a déjà été lancée et, depuis la fin de 2016, le programme national de développement de l’énergie renouvelable et permettre le développement à grande échelle, des installations renouvelables, il ya lieu de mettre en place  une industrie nationale. Celle-ci comprendra tous les éléments de la chaîne de valeur renouvelable, dont l’ingénierie, l’équipement et la construction, supposant que la   mise en œuvre du programme, fasse  appel aux investisseurs pour 4.000 MW en technologie solaire afin qu’ils de construisent  des centrales pour l’énergie renouvelable sur des sites présélectionnés, ce qui facilitera les aspects procéduraux, et permettra d’accroître le rythme de mise en œuvre, des   études sur la connexion de ces sites au réseau électrique étant  en cours pour déterminer la capacité des centrales électriques à installer.Ce sont des choix stratégique pour assurer la sécurité énergétique du pays et assurer la transition énergétique qui se fera progressivement car il  est incontestable que les gisements fossilifères du pays commencent à ce tarir alors que la consommation énergétique nationale est en croissance  importante et va continuer de l’être. En effet, l’Algérie à travers des subventions généralisées et mal ciblées  est  l’un des modèles les plus énergétivores en Afrique et en Méditerranée, avec un taux de croissance qui a atteint ou même dépassé les 14% par an pour l’électricité.  Une récente étude menée par le ministère de l’Energie fait ressortir que pour les hydrocarbures, le taux de croissance de la consommation est de +5,4%  soit 1,2 TEP /an/ habitant ; +8% par an pour les carburants ;  +7% par an pour le gaz naturel. Toujours dans ce même  registre, les prévisions de la CREG annoncent des besoins internes entre 42 (minimum) et 55 (maximum) milliards de m3 de gaz naturel en 2019.  Sonelgaz prévoit, quant à elle, 75 milliards de m3 en 2030. et selon le bilan énergétique 2015, publié par le secteur, la répartition de la consommation d’énergie primaire est la suivante, production totale : 155 millions TEP, dont 63% exportés et 37% consommés sur le marché intérieur (y compris pour la génération électrique). Quant la consommation des ménages et autres, elle aurait atteint   16,5% ; la consommation des transport, 13% et la consommation de l’industrie & BTP : 7,5% alors que dans les pays développés et émergents le ratio de l’économie productive est bien plus important. Aussi des  actions coordonnées doivent être mises en place  dans le cadre d’une vision stratégique de développement tenant compte des nouvelles mutations mondiales. Premièrement, il s’agit d’améliorer l’efficacité énergétique par d’une nouvelle politique des prix (prix de cession du gaz sur le marché intérieur environ un dixième du prix ) occasionnant un gaspille des ressources qui sont gelés transitoirement pour des raisons sociales. C’est la plus grande réserve pour l’Algérie impliquant de revoir les politiques de l’habitat, du transport et une sensibilisation de la population devant revoir la politique des prix, (trois niveaux de prix à Sonelgaz au lieu de deux actuellement). L’on doit durant une période transitoire ne pas pénaliser les couches les plus défavorisées, la politique de l’Algérienne des Eaux étant intéressante à étudier. En Algérie existe un véritable paradoxe : la consommation résidentielle (riches et pauvres payent le même tarif ; idem pour les carburants et l’eau) représente 60% contre 30% en Europe et la consommation du secteur industriel 10% contre 45% en Europe montrant le dépérissement du tissu industriel, soit moins de 5% du produit intérieur brut. A cet effet, une réflexion doit être engagé pour la création d’une chambre nationale de compensation, que toute subventions devra avoir l’aval du parlement pour plus de transparence, chambre devant réaliser un système de péréquation, tant inter régionales que socioprofessionnelles, segmentant les activités afin d’encourager les secteurs structurants et tenant compte du revenu par couches sociales, impliquant une nouvelle politique salariale. Deuxièmement, investir raisonnablement à l’amont pour de nouvelles découvertes mais parallèlement développer les filières de la pétrochimiques en co-partenariat, mais au vu des prix de cession internationaux devant tenir compte de rentabilité et la protection de l’environnement. Troisièmement,  l’option du gaz de schiste introduite dans la nouvelle loi des hydrocarbures de 2013. En Algérie, devant éviter des positions tranchées pour ou contre, un large débat national s’impose, car on ne saurait minimiser les risques de pollution des nappes phréatiques au Sud du pays. L’Algérie étant un pays semi-aride, le problème de l’eau étant un enjeu stratégique au niveau méditerranéen et africain, doit être opéré un arbitrage pour la consommation d’eau douce, (les nouvelles techniques peu consommatrices d’eau n’étant pas encore mises au point, malgré le recyclage, quel sera le coût, fonction de l’achat du savoir-faire), un milliard de mètres cubes gazeux nécessitant 1 million de mètres cubes d’eau douce. Doivent être pris en compte les coûts des canalisations, les USA étant canalisés presque sur tout le territoire ce qui réduit les couts, en plus de l’achat des brevets, et devant forer plusieurs centaines de puits pour un milliard de mètres cubes gazeux. Sans compter la durée courte de la vie de ces gisements, environ 5 années pouvant récupérer en moyenne 10/20%. Mais c’est surtout  la priorité pour l’Algérie et cela ne  concerne pas seulement l’énergie,  il s’agira d’  investir dans la formation qui est la ressource humaine étant la clef à l’instar de la production de toutes les formes d’énergie afin d’éviter l’exode de cerveaux massif que connait l'Algérie, Sonatrach se vidant de sa substance. Le poste services est passé de 2 milliards de dollars en 2OO2 à environ 1012 milliards entre 2012/2015 qui s ‘ajoutent aux importations de biens, 47 milliards de dollars en 2016, (sorties en devises sans compter les transferts légaux de capitaux) dont une grande partie provient du secteur hydrocarbures. Il convient de résoudre le problème récurrent des chercheurs évitant cette illusion de milliers laboratoires travaillant individuellement sans impacts sur la croissance économique du pays, et surtout de favoriser un environnement propice par la levée des obstacles bureaucratiques qui freinent tant la recherche que les entreprises créateur de richesses.

 

3. La bonne gouvernance et le  savoir pilier du développement futur

-En résumé, il faut être réaliste et d’éviter une vision unilatérale car les fossiles classiques demeureront encore pour longtemps la principale source d’énergie. Il ne faut pas être pessimiste devant faire confiance au génie humain. Le passage de l’ère du charbon à l’ère des hydrocarbures ce n’est pas parce qu’il n’y avait plus de charbon, et demain d’autres sources d’énergie. Cela est due aux nouveau procédés technologiques qui produit à grande échelle ont permis de réduire les coûts ce que les économistes appellent les économies d’échelle influant d’ailleurs sur la recomposition du pouvoir économique mondial et sur les gouvernances locales et mondiales. Pour l’Algérie est posée la problématique de sa sécurité énergétique, de l’urgence d’une transition énergétique raisonnable et maîtrisée s’insérant dans le cadre global d’une transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux. Cela suppose un large débat national sur le futur modèle de consommation énergétique et de lever toutes les contraintes bureaucratiques d'environnement qui freinent l'expansion de l’entreprise créatrice de valeur ajoutée et son fondement l’économie de la connaissance.. L’Algérie en ce mois d’avril 2017, ne connait pas encore de crise financière mais une crise de gouvernance. Mais le risque sans correction de l’actuelle politique économique et notamment industrielle est d’aller droit vers le FMI horizon 2018/2019 ou cohabiteront crise financière et crise de gouvernance. Le défit principal donc de l’Algérie entre 2017/2020/2030 sera la maitrise du temps..  ademmebto@gmail.comProfesseur Abderrahmane Mebtoul directeur d’Etudes Ministère Industrie/Energie 1974/2008, auteur de 20 ouvrages et de plus de 500 contriubtions nationales et internationales - Membre de plusieurs organisations internationales. ademmebtoul@gmail.com

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