Financement non conventionnel : urgence d’une cohérence dans la politique socio-économique

Financement non conventionnel : urgence d’une cohérence dans la politique socio-économique
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 04 Novembre 2018 | 16:46

Après des discours euphoriques sur le bienfait du financement  non conventionnel, certaines voix au niveau y compris au sein du pouvoir commencent à se rendre compte que non maitrisée, ce mode de financement  risque de conduire le  pays vers une dérive inflationniste à la vénézuélienne (devant comparer le comparable)  avec des incidences économiques, politiques et sociales négatives. Le gouvernement  a amendé l’article 45 de la loi sur la monnaie et le crédit  en recourant au financement non conventionnel sans introduire l’institutionnalisation dans cette loi du comité de surveillance, composé d’experts indépendants, pour éviter toute dérive. Car comment ne pas rappeler la dure réalité économique, du lien entre cotation d‘une monnaie et anticipation de l’inflation,  le square port Saïd le 3 novembre  2018 anticipant les effets de la  politique de financement non conventionnel, le dinar officiel continue de déraper (plus de 135 dinars un euro),  sur le marché parallèle approchant les  210 dinars un euro et le prix des produits connaissent depuis  une flambée, les effets cumulatifs ne se faisant sentir, comme le rappelle le FMI, si l’on continue sur cette lancée,  dans deux ou trois ans. 

1.- Le  contenu de l’ordonnance d’aout 2003 et de la nouvelle loi sur la monnaie et le crédit. 

La loi sur la monnaie et le crédit a été instaurée par la loi 90-10 du 14 avril 1990, modifiée par l’ordonnance 03-11 du 26 aout 2003 et récemment par l’ordonnance 10-04 du 26 août 2010 ne concerne d’un seul article l’article 45  dont la monture de 2003 stipule :  « la Banque d’Algérie peut, dans les limites et suivant les conditions fixées par le Conseil de la monnaie et du crédit, intervenir sur le marché monétaire et, notamment, acheter et vendre des effets publics et des effets privés admissibles au réescompte ou aux avances ». Dans le nouveau ’avant projet, il est stipulé «Art 45 bis : nonobstant toute disposition contraire, la Banque d’Algérie procède, dès l’entrée en vigueur de la présente disposition, à titre exceptionnel et durant une période de cinq années, à l’achat directement auprès du trésor, de titres émis par celui-ci, à l’effet de participer notamment :- à la couverture des besoins de financement du trésor, - au financement de la dette publique interne  et  au financement du Fonds National d’Investissement (FNI). Ce dispositif est mis en œuvre pour accompagner la réalisation d’un programme de réformes structurelles économiques et budgétaires devant aboutir, au plus tard, à l’issue de la période susvisée, notamment, au rétablissement : -des équilibres de la trésorerie de l’État  et de l’équilibre de la balance des paiements. Un mécanisme de suivi de la mise en œuvre de cette disposition, par le trésor et la Banque d’Algérie, est défini par voie réglementaire »La modification de la loi sur la monnaie et le crédit s’était  basée  sur les  expériences des USA, de l’Europe, de l’Angleterre et du Japon. Il  convient d’examiner le contexte particulier du financement non conventionnel de ces économies afin de ne pas  induire en erreur les la population algérienne et les autorités du pays.

a- Qu’en est-t-il de l’expérience américaine, première puissance économique mondiale qu’invoque l’avant projet de la loi sur la monnaie et le crédit ? La FED a été affrontée à une situation jusqu’alors inconnue depuis l’après -guerre sur le risque déflationniste, l’objectif étant le  plein emploi l’emportant  sans conteste sur celui de la maîtrise de l’inflation, il s’ensuit que  la FED devait  remplir la fonction de prêteur en dernier ressort pour les établissements en difficulté. Mais cette pratique a été conçue comme un sauvetage individuel où sont soigneusement distinguées les banques en difficulté de liquidité et les banques insolvables. La FED était confrontée fin 2008 à une contraction du PIB des Etats-Unis de près de 9%.L’action traditionnelle de stimulation par la baisse des taux d’intérêt n’était plus possible puisque le taux des fonds fédéraux (FED funds) évoluait entre 0,00 et 0,25%.L’objectif est   d’alimenter la liquidité des banques en acceptant les titres qu’elles présentent à la Banque Centrale au premier rang desquels les titres publics suivis par les titres représentatifs du crédit hypothécaire.  La politique de la FED est  non conventionnelle dans son rapport à la dette fédérale où   les achats de bons du Trésor américain au rythme de 85 milliards de $ par mois passé à 75 en janvier 2014  et en réduction depuis 2015  constituent une monétisation de la dette fédérale , les experts américains soulignant que la FED reverse au Trésor Fédéral les intérêts importants perçus sur son portefeuille de bons du Trésor. Mais le risque d’une monétarisation excessive de l’économie avec le risque d’une  décroissance organisée notamment depuis la fin 2013 a accéléré les  achats de bons du Trésor qui témoigne de l’action régulatrice  de la FED. Cette régulation  s’inscrit dans un contexte réglementaire limitant les activités spéculatives des banques par l’entrée en vigueur de la règle Volker (du nom de Paul Volker ancien président de la FED)avec pour objectif  d’interdire aux banques de spéculer avec leurs fonds propres, limitant  aussi leur participation à des fonds spéculatifs (hedge funds ou private equity) devant préciser que la spéculation pour compte propre représente jusqu’à 10% du produit net bancaire des grandes banques d’affaires américaines.

b- La zone euro a le produit intérieur brut, en valeur nominale  le plus élevé du monde avant les USA. Quelle a été l’expérience  de la BCE ? La Banque Centrale Européenne s’est également  engagée dans des actions non-conventionnelles, encore que son  environnement est marqué par la prépondérance du financement bancaire. Et par l’hétérogénéité des économies constitutives de la zone euro ,dominée par  deux Etats l’Allemagne et la France. En Allemagne les prêts bancaires constituent 70% du financement du secteur privé pour seulement 20% aux Etats-Unis .On est face à des systèmes où le rôle des banques dans le financement de l’activité est fondamentalement différent malgré l’engagement des banques européennes sur les marchés financiers mondialisés. La BCE a donc adopté des procédures différentes de soutien de la liquidité d’autant qu’elle est soumise à des contraintes institutionnelles fortes dont la plus importante à laquelle échappe la FED est l’interdiction de financer les déficits publics (articles 123 et 125 du Traité européen). Dès la fin de 2008 ont été mise en place dans l’urgence des procédures d’appel d’offre illimité à taux fixe assurant la liquidité bancaire et représentent une forme adaptée parce que généralisée à l’ensemble des banques du Prêt en Dernier Ressort .Ces pratiques seront prolongées jusqu’à la mi-2014. En fait la BCE agit comme un intermédiaire financier en dernier ressort plutôt que comme une Banque Centrale prêteur en dernier Ressort qui exercerait de par sa fonction une action discriminante. La BCE a annoncé en 2013 privilégier la transmission de ses conditions de financements aux PME , Le président de la BCE a a annoncé « un réglage monétaire accommodant aussi longtemps que nécessaire  devant  définir pour le réglage des anticipations  la conformité des décisions aux annonces en matière de taux et d’accès à la liquidité. Mais pour éviter un dérapage , ont  été mis en place  des d’institutions de contrôle et de surveillance des bilans des banques. Le 18 décembre 2013, un accord a été conclu sur le mécanisme dit de « résolution » dont l’objet est d’organiser la faillite éventuelle de banques de la zone euro, accord entré en vigueur en 2015 qui et s’appliquerait aux 130 banques les plus importantes. Comme a été mis en place  l’Union Bancaire décidée en Juin 2012 qui implique une supervision unifiée des banques confiée à la BCE à la fin 2014 et suppose un contrôle de la qualité des actifs qui se limitera aux 130 plus grande banques représentant 85% des actifs de la Zone. La mise en place de ce contrôle et les décisions réglementaires qu’il implique ont suscité la création d’une multiplicité d’organismes qui ne concernent pas directement l’analyse des procédures et instruments non conventionnels des banques centrales mais l’action traditionnelle de supervision et de réglementation des banques de second rang. D’une manière générale , les instruments non conventionnels utilisés depuis la crise par la BCE ,  n’étant pas autorisée à financer directement les Etats membres, la BCE a choisi d’alimenter la liquidité bancaire par des procédures simples étendues au moyen terme, tout d’abord l’appel d’offre illimité à taux fixe ,puis le refinancement à long terme entendu comme 6 mois,12 mois puis 3 ans avec un élargissement progressif des collatéraux admis au refinancement. Comme pour la FED , la BCE s’en remet au « guidage des anticipations » pour orienter les comportements économiques. 

c- Qu’en est-il de l’expérience du Royaume Uni 4ème puissance économique mondiale qu’invoque l’avant projet de la loi sur la monnaie et le crédit ?  Le Royaume -Uni n’est plus  membre de l’Union Européenne et bien avant son retrait il n’appartient pas à la zone euro. La Banque d’Angleterre (BoE) a mis en place comme les autres grandes banques centrales à la suite de la crise de 2008 des instruments non-conventionnel,  articulée à la politique économique du royaume.Le principal instrument de la BoE est un programme d’achat d’actifs « Asset Purchase Facility » APF, mis en place dès mars 2009 qui ont porté sur les bons du Trésor britanniques , »gilts » essentiellement à moyen et long termes et leur volume actuel représente près du quart du PIB annuel,  l’objectif visé  étant d’abaisser les taux à long terme afin de  faciliter les conditions de prêt sur les marchés financiers .Il s’agit aussi de substituer dans les actifs des compagnies d’assurance et des fonds de pension aux titres publics rachetés par la Banque Centrale des titres privés: actions, obligations. Depuis  2012 la BoE ne s’est plus limitée à l’assouplissement quantitatif .Elle a développé  « l’Extended Collateral Term Repo Facility » Réserve de liquidité destinée à répondre aux tensions de nature exceptionnelle sur le marché ,elle est mise en œuvre sous la forme de lignes de liquidité qui sont ouvertes mensuellement. Ce  dispositif diffère du refinancement à long terme de la BCE parce qu’il est lié aux prêts accordés aux entreprises par les banques, ayant  permis d’obtenir une baisse sur le taux de financement à long terme y compris sur ceux des prêts hypothécaires. A la différence de la BCE, la politique monétaire de la BoE est construite en coordination avec la politique économique du gouvernement. Il lui est cependant demandé de justifier ses arbitrages. Un certain guidage des anticipations est envisagé pour 2014 avec la publication de seuils intermédiaires. Les indicateurs retenus seraient significativement les capacités non employées dans l’économie. Contrairement à la BCE la BoE a donc directement financé le Trésor britannique et plus récemment mis en place une facilité d’accès à la liquidité pour les banques pour leur permettre de répondre à d’éventuelles tensions du marché.

d-Enfin qu’en est-il de l’expérience du Japon grande puissance économique qu’invoque toujours l’avant projet de la loi sur la monnaie et le crédit ? Selon les analyses des spécialistes de l’économie japonaise les effets de la crise de 2008 y ont été atténués parce que la Banque du Japon a pratiqué un assouplissement monétaire important avec des achats substantiels d’actifs. Contrairement aux pratiques antérieures qui ont été inefficaces pour lutter  contre une économie en déflation, , on assiste récemment à  l’achat de bons du Trésor du Japon en abandonnant les limites jusqu’alors imposées : les bons du Trésor à long terme détenus par la Banque Centrale devaient être d’un montant total inférieur à celui de la monnaie fiduciaire en circulation. Il s’agissait d’éviter la monétisation de la dette publique. Désormais les opérations de la Banque Centrale se font sur toutes les maturités et sans les limites antérieures. La Banque du Japon (BoJ) a  en doublé le montant mensuel des achats de bons du Trésor et en augmentant le montant de se achats d’actifs tout en définissant un objectif de progression annuelle de la base monétaire. Toujours selon les experts japonais, le  taux de change dollar/yen demeure cependant jusqu’à présent défavorable au yen et  que la politique de la Banque Centrale japonaise n’a pas jusqu’à présent obtenu le soutien des industriels japonais .Ils conditionnent la hausse des salaires à la réussite de la politique de lutte contre la déflation.

2. –La  modification de la loi sur la monnaie et le crédit

Le  gouvernement avait justifié  le financement non conventionnel en minimisant à la fois l’importance de la sphère informelle et la difficulté de recouvrer les dettes  tant des entreprises publiques que privées. Mais existent des données officielles contradictoires qui influent sur la future politique économique. Or,    l'information en ce XXIème siècle  n’est plus le quatrième pouvoir  avec la percée de la théorie   de l’intelligence économique mais le pouvoir lui même  Comment également expliquer ce faible montant en contradiction avec la majorité des rapports de précédents gouvernements  qui ont montré une faible bancarisation de l’économie ? D’une manière générale, il s’agit d’expliciter clairement pourquoi les  dernières mesures tant des chèques que de l’obligation de déposer l’argent de la sphère informelle obligatoirement au niveau des banques algériennes que de l’emprunt obligatoire  ont eu un impact très limité renvoyant toujours à la confiance et au fonctionnement global  de la société. Dans une déclaration rapportée par plusieurs agences de presse nationale et internationale, selon le directeur général du Trésor public, le gouvernement envisagerait sérieusement d’abandonner le recours au financement non conventionnel  et cette décision pourrait même intervenir,  dans soixante jours, c’est-à-dire à partir de janvier 2019. Or ces propos contredisent à la fois la déclaration récente du premier ministre et sont en contradiction avec les données quantitatives de l'avant projet de loi de finances 2019 et donnent l’impression d’un manque de coordination vis-à-vis de la vision économique du pays.  Aussi, ne devant pas induire en erreur l'opinion publique et donner une image  négative au niveau international du pays (cacophonie)  ,  contrairement aux prévisions  du directeur général du trésor, sauf dans l’hypothèse d’une plus grande rigueur budgétaire pour lutter contre les surcoûts, une meilleure allocation des ressources financières supposant une planification stratégique,  la lutte contre la corruption et  cibler les subventions,  il   faudrait en 2019 un cours d’environ 100  dollars le baril pour ne pas puiser dans les réserves de change et ne pas utiliser le financement non conventionnel, en n’oubliant pas que 33% des recettes de Sonatrach proviennent du gaz. Alors que Le Brent a atteint le 3 octobre un pic   de 86,74 dollars Le cours du pétrole du  02 novembre 2018  a été coté à 72,70 dollars le Brent (63,09 euros) et 63,86 dollars le Wit (55,1 euros) avec un cours dollar/euro 1,14, et pour le dinar algérien cours Forex 118,60 dinars un dollar et 135,67 dinars un euro avec 210 dinars un  euro et 181 dinars un dollar sur le marché parallèle( cours achat) Sur le plan quantitatif, la masse monétaire (M2), après avoir quasiment stagné en 2015 et 2016, a augmenté de 4,27 % au premier semestre de 2017 et de 3,83 % au second semestre (8,27 % pour toute l’année 2017). Hors dépôts du secteur des hydrocarbures, l’accroissement de M2 en 2017 a été plus faible (4,88 %), contre 14,6% en 2014, 8,4% en 2013, 10,9% en 2012 et 19,9% en 2011. Dans son rapport officiel fin 2017, la banque d’Algérie a précisé que la masse monétaire a atteint 14 574 milliards de dinars à fin 2017, contre 13 817 à fin 2016 dont 4 780 milliards de dinars, circulent en dehors du circuit bancaire .dont 1 500 à 2 000 sont thésaurisés par les agents économiques, dont les ménages, et entre 2 500 et 3 000 milliards de dinars sont échangés sur le marché informel. . Le gouverneur a souligné la nécessité d’intégrer la priorité de bancarisation de cette manne monétaire qui échappe aux banques dans la stratégie monétaire commerciale Le 31 octobre 2018, pour le Gouverneur de la Banque d’Algérie (BA), pas moins de 4800 milliards de dinars (soit environ 20 milliards de dollars) échappent totalement aux banques. Selon la BA, ce montant de 4800 mds DA se décompose en deux niveaux. Le premier, c’est-à-dire 2000 mds DA environ qui sont chez les particuliers ou appelé la petite épargne qui échappe au système financier, et le reste d’environ 2800 mds DA qui irrigue l’économie nationale qu’on appelle «l’informel» Il s’ensuit que si nous prenons en compte les données précédentes, le montant circulation hors banques (14574/4780 milliards de dinars) par rapport à la masse monétaire en circulation, nous aurons le ratio de 32,8%. Le montant détenu par la sphère informelle par rapport à la masse monétaire en circulation (2500/3000) donne un ratio variant entre 17,15 et 20,59%.

3.- Faute de maîtrise du système d’information, des déclarations contradictoires

Le constat  est que les données soient imparfaitement maîtrisées, faute d’une vision stratégique, d’une synchronisation de la sphère réelle et financière d’une part et de la sphère économique et sociale d’autre part. comme en témoigne des déclarations contradictoires.. L’ex-ministre des finances Benkhalfa l’avait évalué dans un entretien à une télévision privée entre 40 et 50 milliards de dollars et en 2016, l’ex premier ministre Abdelmalek Sellal a donné le montant de 37 milliards de dollars (APS) et en septembre 2017, contredisant tous ces organes officiels, le premier ministre Ahmed Ouyahia donne un autre montant 17 milliards de dollars. Selon Deborah Harold, enseignante américaine de sciences politiques à l’université de Philadelphie et spécialiste de l’Algérie, se basant sur des données de la Banque d’Algérie, l’économie informelle brasserait 40/50 % de la masse monétaire en circulation. L’ex-ministère du Commerce avait confié en 2014/2015 selon l’APS que la sphère informelle représenterait 45% de la superficie économique. Selon l’ONS l'économie informelle représente selon les chiffres officiels près de 45 % du Produit intérieur brut (PIB) et que les effectifs dans la sphère informelle peuvent varier entre 30/40% de la population active, certaines données étant reprises par le Ministère du Travail qui en 2015 donnait 30%. Récemment ? interrogé sur les chiffres présentés par d’anciens membres du gouvernement, ou encore l’actuel Premier ministre qui évoquait en septembre 2017 2018 des montants ne dépassant pas les 1.700 milliards de dinars, a affirmé sans ambiguïté, je le cite : «ça reste des déclarations. On n’est pas sûrs. On ne va pas dans une politique financière qu’on ne maîtrise pas». Or ces propos donnent l’impression d’un manque de coordination vis-à-vis de la vision future de la politique économique du pays. Il s‘agit d'éviter des confusions et d’expliquer la méthodologie sur laquelle repose de la méthode de calcul, car plusieurs approches peuvent être utilisées pour évaluer l’activité dans le secteur informel. Là où les approches choisies dépendront des objectifs poursuivis, qui peuvent être très simples, comme obtenir des informations sur l’évolution du nombre et des caractéristiques des personnes impliquées dans le secteur informel, ou plus complexes, comme obtenir des informations détaillées sur les caractéristiques des entreprises impliquées, les principales activités exercées, le nombre de salariés, la génération de revenus ou les biens d’équipement. Le choix de la méthode de mesure dépend des exigences en termes de données, de l’organisation du système statistique, des ressources financières et humaines disponibles et des besoins des utilisateurs, en particulier les décideurs politiques participant à la prise de décisions économiques. (voir étude du professeur Abderrahmane Mebtoul décembre 2013- Institut Français des Relations Internationales Ifri 2ème Think Tank mondial en 2017)- « poids de la sphère informelle au Maghreb et incidences géostratégiques ». Il s'agira d’éviter cette confusion dans le calcul du montant de la sphère informelle en différenciant plusieurs méthodes de calcul qui donnent des montants différents soit par rapport au produit intérieur brut( PIB) , par rapport aux effectifs employés , par rapport à la masse monétaire en circulation et le montant des devises échangé sur le marché parallèle. Car cette cacophonie au niveau officiel, est d'une extrême gravité car sans système d'information fiable, avec la percée de la théorie de l’intelligence économique, aucune prévision et politique économique cohérente n'est possible les pertes pouvant se chiffrer en milliards de dollars. Il s’agit d’expliciter clairement pourquoi plusieurs mesures tant des chèques que de l’obligation de déposer l’argent de la sphère informelle obligatoirement au niveau des banques algériennes, que l’emprunt obligataire malgré des taux d’intérêts élevés supérieurs à ceux des banques, ont eu un impact très limité renvoyant toujours à la confiance et au fonctionnement global de la société.

4.- Conclusion-comparer le comparable 

Au moment où le projet était discuté j’avais proposé au gouvernent non conventionnel,  l’introduction d‘une clause pour son plafonnement afin de rétablir la confiance et l’institutionnalisation a dans cette loi du comité de surveillance composé d’experts indépendants pour éviter toute dérive. Par ailleurs,  concernant le financement non conventionnel, évitons la comparaison avec l’Europe, le Royaume Unis , le Japon( trois monnaies internationales convertibles et de grandes puissances économiques)   et surtout les Etats Unis d’Amérique ,  le dollar étant une monnaie internationale qui finance à la fois l’économie américaine mais également le reste du monde, avec un fort  déficit budgétaire, depuis la décision de Nixon de décréter la non convertibilité du dollar vis-à-vis de l’or (1971).  Pour le cas  du Japon c’est un pays qui a une grande épargne, la dette intérieure étant couverte par cette même épargne, les Japonais ayant préféré ’endetter leur Etat plutôt que d’augmenter les impôts expliquant la déflation. Pour le  cas de la Turquie, pays émergent,  ayant connu  par le passé  une dérive  monétaire, cette dernière a été amortie car possédant d’importantes capacités productives. Comparons pour plus d’objectivé des  cas similaires comme le Venezuela et le  Nigeria pour ne pas commettre les mêmes erreurs. Selon le Dr Paul Craig Roberts qui a été conseiller économique du président Reagan et du sous-secrétaire du Trésor de l'administration Reagan au début des années 1980 et qui est devenu l'un des pères fondateurs des Reaganomics en particulier par sa contribution à la réforme de la «Loi de l'impôt» de 1981 dans l’ American Herald  Tribune 21 septembre 2017 je le cite : « l’ 'effet de l'impression de l'argent semble dépendre de ce qui est fait avec lui et de la façon dont il entre dans l'économie. Les États-Unis, par exemple, ont imprimé une énorme somme d'argent au cours des 10 dernières années. Au lieu d'entrer dans l'économie de consommation et d'augmenter les prix, l'argent est entré dans des instruments financiers, ce qui augmente les prix des obligations et des stocks. Si un pays a des ressources, il peut créer de l'argent pour développer les ressources et ne pas compter sur des prêts étrangers. Si la monnaie du pays est négociée à l'échelle internationale, le pays risque de créer de l'argent, ce qui entraînerait des marchés spéculant contre la monnaie du pays et réduisant sa valeur d'échange. Ce serait très coûteux si le pays dépend des importations. Aussi selon cet éminent économiste, il faut éviter de comparer l’utilisation du financement non conventionnel que propose d’utiliser l’Algérie avec celle des USA devant comparer le comparable ». . Le plus grand ignorant étant celui qui prétend  tout savoir  après consultation de  nombreux experts internationaux et nationaux, la conclusion est la suivante : contrairement à certaines affirmations non fondées, ignorant le fonctionnellement  du système monétaire international en mutation,  il existe une corrélation indirecte, en cas de rigidités structurelles, et sans contreparties productives , pour le financement non  conventionnel entre le taux d’inflation et la cotation d’une monnaie  et ce combinée avec  les effets  d’autres  variables et paramètres macro-économiques  et macro-sociaux internes et d’effets externes. L'Algérie souffre cruellement de prospectives en ce monde instable et turbulent avec  de profondes  mutations géostratégiques qui  s'annoncent 2018/2030. Je  souhaite  que l’ensemble des projets inscrits dans le  programme soit individualisés et que  leur mode de financement (part dinars, devises)  année par année soit clairement défini avec leurs impacts sur la trajectoire budgétaire, le  taux de croissance et le taux de l’emploi. 


En conclusion,  espérons que la cacophonie sur les données de la sphère informelle soit levée rapidement. En cette période difficile de tensions budgétaires, personne n’ayant le monopole de la vérité et du nationalisme, l’Algérie doit mobiliser tous ses enfants sans exclusive,  favoriser le dialogue productif, évitant les dissensions inutiles ou pouvoir, opposition et experts non organiques,  doivent contribuer au redressement national dont une croissance négative ou faible, devant être supérieur au taux de croissance démographique,  peut avoir des répercussions  tant nationales, sociales, politiques  que géostratégiques au niveau de la région existant un lien dialectique entre sécurité et développement. Evitons  de fonder une politique économique sur  des modèles économétriques appliqués aux pays développés  déconnectés des réalités nationales dont certains experts , qui avaient pronostiqué en 2014 le retour  d‘un cours du pétrole à plus de 80 dollars. Devant l’ex premier ministre  et les membres de son  gouvernement dans ma conférence au Club de Pins le 26 novembre 2014, dans plusieurs interviews les médias publics et privés nationaux et médias internationaux  (voir www.google.com Mebtoul 2014/2016) ,  j’avais  proposé un comité de crise de crise chargé de proposé  des mesures opérationnelles de  réformes au sein du conseil économique et social en léthargie depuis des années. Induit en erreur par certains experts ou intellectuels organiques aux ordres,  les responsables ne nous ont pas  écoutés et nous en payons aujourd’hui  les  conséquences de cette imprévision.  L’Algérie a un répit de seulement trois ans pour changer de cap et éviter de vives tensions sociales 2020/2022. Avec le niveau des réserves de change bien qu’en baisse, l’Algérie en ce mois de novembre  2018, ne connait pas encore de crise financière mais une crise de gouvernance. Mais le risque sans correction de l’actuelle politique économique et notamment industrielle dont le résultat est mitigé, contrairement à certains discours démentis par le terrain, est d’aller droit vers le FMI horizon 2022 ou cohabiteront crise financière et crise de gouvernance. Ce qu’aucun  patriote ne souhaite. 

Paris le 04 novembre 2018 

ademmbtoul@gmail.com 

Voir tous les articles de l'éclairage éco