Conseil des ministres : quel programme socio-économique pour le gouvernement ?

Conseil des ministres : quel programme socio-économique pour le gouvernement ?
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 05 Septembre 2017 | 17:02

 Dans une déclaration à la  chaîne de télévision Ennahar Tv, Ahmed Ouyahia a déclaré que « le président Bouteflika présidera un conseil des ministres le mercredi 06 septembre 2017 ».  Evitons  à la fois l’autosatisfaction déconnectée des réalités source de démobilisation  collective  et  une vision sinistrose vis-à-vis l’avenir de l’Algérie.  Nous ne sommes pas dans la même situation que celle des années 1986. Actuellement l’Algérie a des réserves de change appréciables bien qu’en nette diminution, qui sont de  l’ordre de 100 milliards de dollars juillet 2017 et n’ayant qu’une dette extérieure de moins de 4/5 milliards de dollars. Mais pour éviter leur  épuisement 219/2020, il s’agit impérativement de  dépasser l’entropie actuelle, en  mettant  les moyens nécessaire et une stratégie fiable pour pouvoir transformer cette richesse virtuelle en richesse réelle.

Restreindre uniquement les importations sans vision stratégique d’une relance hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales (cout/qualité)   revient à différer les tensions  terme sans résoudre les problèmes  du développement de l’Algérie, tout en accroissant les rentes de situation et la corruption, en plus du risque inflationniste, nous conduisant au même scénario qu’en 1994. Je rappelle que les importations de biens, de services et de transferts légaux de capitaux  se sont chiffrés à quelque 60 milliards de dollars en 2016, avec des recettes en devises n’ayant pas  dépassé les 30 milliards de dollars, bien qu’un important effort a été fait car durant l’année 2013, les sorties de devises ont été supérieures à 75 milliards de dollars et que pour 2017 l’on s’oriente vers une sortie de devises qui variera entre 55/60 milliards de dollars avec des recettes variant entre 32/35 milliards de dollars si le cours se maintient  entre 50/55 dollars le baril.  L’on devra éviter les solutions de facilité afin que  l’Algérie ne se retrouve dans le  même scénario vénézuélien, pays en faillite bien plus riche que l’Algérie, ce qu’aucun patriote ne souhaite.

1.-Quel sera le contenu de la loi de finances 2018 et quelle sera  la politique socio-économique 2017/2020?

A court terme quelle sera le contenu de la loi de finances 2018 en précisant qu’une  loi de fiances ne fait que retracer  les recettes et les dépenses annuelles et n’a pas  pour vocation de définir une stratégie qui fait cruellement défaut. Retiendra t- on, dans la loi de finances 2018 pour le calcul budgétaire de la loi de finances.  50 dollars comme  pour la loi de finances 2017 ?. -Ira t –on  vers l’augmentation de la  fiscalité ordinaire  de 11% ? - Peut-on agir  sur le taux de la TVA passé de 7% à 9% pour le taux réduit, et de 17% à 19% au risque ‘un  processus i inflationniste  et injuste les impôts indirects s’appliquant à toutes els catégories sociales , l’impôt direct étant le signe d’un e pus grande  citoyenneté ?  -Restreindra t-o n les dépenses :où le  budget d’équipement  qui a  été ramené à 22 milliards de dollars en 2016 suite au dernières coupes budgétaires  autant que . le budget de fonctionnement environ 4600 milliards de dinars  incompressible à moins d’une refonte profonde  de la fonction publique ?. Etablira t-on  l’impôt sur la fortune mais possède t-on  faute  d’une échelle d’évaluation exacte.de la  répartition du revenu et du modèle de consommation par couches sociales et d’une maitrise  de l’importance de la sphère informelle  -Ira t- on  pour éviter l’endettement extérieur vers la  la privatisation d’un certain nombre d’entreprises publiques dont la situation financière se détériore en raison des problèmes liés au plan de charge et à la gestion ?  -Ira-t-on  vers des subventions ciblées où d’après les déclarations   de l’actuel premier ministre  environ 18 milliards de dollars, sont consacrés par l’État aux transferts sociaux en 2016, alors que les revenus en devises durant la même année ont baissé de 37 milliards de dollars, des réalités aux antinomiques, avec la prétendue politique antisociale du gouvernement distillée par certains. Mais il ne suffit pas seulement d’avoir une vision de court terme et se pose cette question ;  quelle sera la politique socio-économique 2017/2020 ?

-Utilisera t-il toujours le dérapage du dinar à plus de 127 dinars un euro (officiel) comme moyen  d’ajustement du déficit de la balance des paiements ? Comment dynamiser le secteur industriel qui  représente moins de 5% du produit intérieur brut et 80/85% des matières premières du secteur public et privé proviennent de l’extérieur, le taux d’intégration étant faible d’où les effets pervers, sans analyse et dans la précipitation, des usines de montage de voitures ? -Conservera  –on cette politique périmée des années 1970/1980 fondée sur l’ère mécanique du passé, du fameux slogan quant le bâtiment va tout va ignorant la quatrième révolution économique qui s’annonce entre 2020/2030  reposant sur la bonne gouvernance, l’économie de la connaissance ( intelligence artificielle)  et les défis écologiques ?  -Quel sera le  programme daté , précis, tenant compte de la transformation du  nouveau monde des  réformes structurelles de lutte contre la bureaucratie centrale et locale  dominante par une décentralisation réelle , du système financier lieu de redistribution de la rente, du système socio-éducatif pivot de al création de la valeur et de l’épineux problème du foncier ?  -Conservera t –il au nom d’un nationalisme chauviniste dépassé ( à ne pas confondre avec le patriotisme économique)  la règle des 49/51%  instaurée en 2009 généralisables à tous les secteurs devant être ciblée, ayant permis des rentes à certains prédateurs, sans permettre de faire baisser les importations et de dynamiser le tissu productif décourageant les IDE hors hydrocarbures ? -Qu’en sera-t-il des   licences d’importation sans vision stratégique tenant compte que L’économie algérienne est dominée par la tertiarisation où petits commerce et services représentent 83% de la superficie économique avec la dominance de la sphère informelles , source de rente de situation et de corruption,  une loi n'étant jamais rétroactive devant éviter les mesures actuelles qui ont reproduit les schémas bureaucratiques des années 1970/1985 qui ont conduit  à l’anarchie au niveau de sports avec des pertes en devises  supportées par le trésor public et des opérateurs, certes admises dans les  accords internationaux   mais sous réserve ‘une totale transparence, et transitoire, des pays pouvant appliquer la réciprocité pour nos exportations hydrocarbures qui constituent l'essentiel de nos recettes.

2.- Dix propositions au gouvernement 

Ces recommandations ont  fait « l’objet de plusieurs contributions détaillées  parues sur le site www.algérie1.com dont j’en fais une synthèse

1.-Première recommandation: je renouvelle ma proposition au gouvernement, faite le 04 novembre  2014 (que de pertes de temps, du fait de l'illusion de la rente éternelle de certains responsables),  lors de la  conférence sur l'Industrie devant l’ex  Premier ministre et les membres de son  gouvernement, de créer un comité de suivi  des décisions de tout dialogue économique et social ,  confié au conseil économique et social (CNES)  rénové dont la composante n’a pas été renouvelée depuis plus de 20 ans.

2.- Deuxième recommandation : ce lieu de dialogue au sein du  CNES  servant comme le stiple la nouvelle constituons «  de Conseil » pour la présidence et le gouvernement, devra être   souple, débureaucratisé, composé des représentants de départements ministériels, des meilleurs experts algériens de différentes sensibilités  , du patronat et de syndicats représentatifs, chargé de faire le constat et des propositions concrètes.

3.-Troisième recommandation : ce Comité  doit être conçue comme une institution de contrôle des décisions prises, appartenant au gouvernement de venir avec un plan stratégique cohérent pour convaincre les partenaires économiques sociaux, quitte à introduire des corrections émises par les partenaires, grâce à un véritable dialogue social élargie aux forces vives de la société.

4.- Quatrième  recommandation, avoir une vision stratégique, loin des replâtrages conjoncturels: au moment où d’importantes mutations géostratégiques couplées aux nouvelles mutations mondiales qui s’annoncent au niveau  de notre  région, devant  éviter à  tout  prix un  pilotage vue, posant la problématique des relations dialectiques, rente/Etat/marché, décentralisation réelle et non concentration impliquant les acteurs locaux au sein d’éco-pôles régionaux ,  afin de réaliser tant la transition tant énergétique (Mix) que la transition économique liant efficacité économique  et une profonde justice sociale qui n’est pas l’antinomie de l’efficacité permettant de mieux mobilier la population par un sacrifice partagé, renvoyant à la nécessaire moralité de ceux qui dirent la Cité.

5 – Cinquième  recommandation, le langage de la vérité doit guider tout responsable, étant un signe de la bonne gouvernance au vu de la situation financière difficile que traverse le pays, mais devant  éviter la sinistrose et le dénigrement gratuit, mais également toute autosatisfaction déconnectée des réalités par des discours démagogiques. Personne n’a le monopole du nationalisme et de la vérité, tous les Algériennes et Algériens espérant un avenir prospère pour l’Algérie. Le plus grand ignorant est celui qui croit tout savoir, devant être animé par la critique positive et favoriser les débats productifs tenant compte de nos  différentes  sensibilités, en un mot être respectueux des idées d’autrui grâce à la tolérance.

6.-Sixième  recommandation, il serait souhaitable de convier d’autres organisations syndicales autonomes avec lesquelles notamment les ministres du Travail, de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Santé sont déjà en contacts permanents. La composante est la même depuis plus de deux décennies alors que l’environnement économique et social algérien a profondément changé, ce qui explique que les anciennes Tripartites ont eu peu d’effets face aux tensions sociales. D’autres forces sociales et économiques sont apparues depuis, devant en tenir compte, faute de quoi cela s’apparenterait à un monologue du pouvoir avec lui-même, sans impact pour la résolution concrète des problèmes économiques et sociaux.

7.-Septième  recommandation, l’on devra  éviter que sous le faux alibi de dialogue économique et social avec toujours la même composante depuis plus de 25 ans  soit un lieu de redistribution de la rente ,parts de marché et avantages divers supportés par le Trésor public de ceux présents via la dépense publique, en fonction d’intérêts étroits.

8.-Huitième  recommandation : s’offre deux solutions pour le gouvernement à court terme : soit le déficit budgétaire avec l’inévitable dévaluation du  dinar dont la valeur est corrélée à 70% aux réserves de change via la rente des hydrocarbures; soit réduire les dépenses de fonctionnement (débureaucratisation) et mieux gérer les dépenses d’équipements en ciblant les segments à valeur ajoutée réelle, devant assouplir la règle des 49/51%,aux filières non  stratégiques qui contrairement aux faux discours nationalistes  où l’Algérie supporte tous le surcoûts, est à l’origine de rente de situation , n’ayant pas  permis  depuis son instauration en 2009, la baisse de la valeur des importations qui ont doublé .

9.-Neuvième recommandation : le gouvernement doit se démarquer d’une vision culturelle largement dépassée des années 1970, tant sur le plan politique, économique qu’en matière diplomatique. Nous sommes en 2017 avec des mutations géostratégiques considérables entre 2017/2020/2030  qui préfigurent de profonds bouleversements géostratégiques. On ne relance pas l’activité économique par décret ou des lois d’investissement sans objectifs, vision de la mentalité bureaucratique, devant tenir compte de la transformation du monde : combien de commissions et de codes d’investissement depuis l’indépendance. C’est l’entreprise publique et privée libérée de toutes les contraintes d’environnement (la liberté d’entreprendre avec un  rôle stratégique à l’Etat régulateur fort, mais fort de sa moralité), et son fondement, le savoir, au sein d’une économie de plus en plus mondialisée à travers des stratégies de segments de filières internationalisées que l’Algérie peut créer une économie productive à forte valeur ajoutée.

10.-Dixième recommandation, éviter de  toucher à l’autonomie de la banque d’Algérie, pilier de la gestion monétaire, dépendante selon la Loi, non du gouvernement mais de la présidence de la République, la poussant à l’émission monétaire incontrôlée (planche à billets). Cela ne peut que conduire à des tensions inflationnistes incontrôlées et donc des tensions sociales (nivellement part le bas des couches moyennes) sans résoudre les problèmes économiques qui suppose de profondes réformes structurelles. L’Algérie se retrouverait au même scénario vénézuélien, pays en faillite bien plus riche que l’Algérie (300 milliards de barils  en pétrole certes lourd contre 10 pour l’Algérie). Entre début décembre 2016 et fin février 2017, le Venezuela, également ravagé par l'insécurité, a connu l'équivalent d'un taux annuel d’inflation de 932 %, d'après l'agence financière Bloomberg.

En résumé, depuis des années et récemment  où  j’étais invité lors des consultations pour la révision constitutionnelle par la présidence de la république, j’ai toujours  mis l’accent   sur la nécessité de l’instauration d’un dialogue permanent avec les partenaires économiques et sociaux, lié à l’introduction de la  bonne gouvernance et de l’Etat de droit. L’ensemble des acteurs politiques, sociaux  et économiques  sont rivés à l’échéance présidentielle  d’avril 2019. Mais l’Algérie ne peut attendre cette échéance, le statut quo étant suicidaire, devant privilégier les intérêts  supérieurs du pays car toute Nation en ce monde turbulent et instable qui n’avance pas recule forcément.  Il y a lieu de  s’attaquer à l’essence par une vision stratégique et non aux apparences par des politiques conjoncturelles de court terme qui accroissent les tensions économiques et sociales  à terme Tout projet est forcément porté par  des forces politiques, sociales et économiques  sinon tout modèle économique est voué à l’échec. L’enjeu majeur pour l’Algérie et sa survie implique  de mettre en place des instruments opérationnels capables, d’identification, d’anticiper les modifications de comportement des acteurs économiques, politiques, sociaux et militaire au niveau géostratégique. Il existe un lien dialectique entre développement et sécurité car sans un  développement durable il y a nécessairement accroissement de l’insécurité qui a un cout croissant. Dans ce cadre, le langage de la vérité , ni sinistrose, ni autosatisfaction, le  dialogue productif avec la réelle composante de la société, les véritables producteurs de richesses  et non de segments qui vivent du transfert de la rente via la dépense publique ne représentant pas la société, est  l’outil par excellence  de la bonne gouvernance  et  la condition d'un développement véritable en ce monde turbulent, des tensions à nos frontières,  où toute Nation qui n'avance pas recule forcément. Durant la période à venir 2017/2020, il y aura de vives  tensions budgétaires difficiles avec  un cours de pétrole qui fluctuera entre 45/60 dollars, moins en cas de crise mondiale,  devant  mobiliser les Algériens  et impliquer tout les acteurs économiques, sociaux et politiques par une vision stratégique ( synchroniser les actions  du court, moyen et long terme) , fondée sur la transformation du nouveau monde en plein bouleversement et une réelle  décentralisation économique à ne pas confondre avec la déconcentration.  Je suis persuadé que l’Algérie recèle d’importante potentialités qui doivent  être appuyées et accompagner par des décisions courageuses. Parmi ces mesures, il s’agira de lutter contre les transferts illicites de capitaux, la corruption,  la mauvaise gestion,  d’investir dans la ressource humaine de qualité, dans les institutions démocratiques et cibler le système des subventions «injuste», dans la mesure, où «celui qui perçoit 50 millions de centimes en bénéficie au même titre que celui qui touche 2 millions de centimes. En bref,  il  faut privilégier les intérêts supérieurs du pays  et  souhaiter, malgré la situation difficile, la réussite du nouveau gouvernement car tout échec, et le retour au FMI, c’est tout le pays qui en pâtirait et en particulier les  couches défavorisées avec d’importantes incidences économiques, sociales et géostratégiques.

 ademmebtoul@gmail.com 

BIOGRAHIE SOMMAIRE

NB-Pr Abderrahmane MEBTOUL né en 1948 , fils  de feu d’un grand militant de la guerre de libération nationale, ancien émigré ayant effectué des études primaires, secondaires, une fraction du supérieur à Lille ( France) est Docteur d’Etat  en  Sciences Economiques (1974-  mention très bien et félicitation du jury à 26 ans ) diplômé  d’expertise comptable de l’Institut supérieur de Gestion de Lille , membre de plusieurs organisations internationales , auteur de plus de  20 ouvrages  et de  plus de 500 conférences nationales et internationales est professeur des Universités et   Expert International –  officier d’administration à la route de l’unité africaine- (1972/1973)  -Directeur d’Etudes Ministère Energie/Sonatrach 1974/1979-1990/1995-2000/2006 ayant dirigé la première audit sur Sonatrach (1974/1976)- Audit pour le comité central du parti du FLN sur les axes des réformes économiques  ((1979/1980)  - ancien magistrat- premier conseiller  -directeur général des études économiques  à la Cour des comptes (1980/1983) direction de l’ audit pour la présidence de l’époque sur l’habitat, et le dossier surestaries-  président du Conseil algérien des privatisations -rang Ministre Délégué- (1996/1999)  –Directeur d’Etudes au cabinet de la sureté nationale- DGSN - (1997/1998 ) expert conseil économique et social 1995/2007- A été expert  indépendant à la  présidence de la république 2007/2008 sur le dossier emploi et salaires  - expert indépendant  non rémunéré pour conserver son indépendance, auprès du premier ministre  (2013/ décembre 2016 ) -  direction du dossier sur la relance économique et le modèle de croissance et  le dossier du pétrole/gaz de schiste. Ayant dirigé plusieurs importants dossiers pour le compte des  gouvernements successifs algériens  de 1974/ 2017

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