Baisse drastique des réserves de change et dérapage accéléré de la cotation du dinar

Baisse drastique des réserves de change et dérapage accéléré de la cotation du dinar
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 02 Mars 2021 | 11:58

Les tensions géostratégiques au niveau de la région, la chute des prix du pétrole et surtout du gaz naturel plus d e70% depuis 2010 procurant 33% des recettes de Sonatrach qui en plus connait  une baisse de production en volume physique, , avec la baisse drastique des réserves de change, ont suscité à l'extérieur des analyses prévoyant de sombres scénarios sur l'avenir de l'Algérie 2021/2023. Pourtant, en ce mois de mars  2021, l'Algérie n'est pas au bord de l'effondrement ayant  une dette extérieure relativement faible inférieure à 6 milliards de dollars. Mais il faut être réaliste et ne pas verser dans la démagogie. La situation pourrait prendre une autre dimension et s'aggraver sans un changement dans le système de gouvernance s'adaptant tant aux nouvelles mutations internes que mondiales.

1- Evolution des réserves de change

Evolution des réserves de change :

2001 : 17,9 milliards de dollars

2002 : 23,1 milliards de dollars,

2003 : 32,9 milliards de dollar,

2004 : 43,1 milliards de dollars,

2005 : 56,2 milliards de dollars,

2006 : 77,8 milliards de dollars,

2007 : 110,1 milliards de dollars,

2008 : 143,1 milliards de dollars,

2009 : 147,2 milliards de dollars,

2010 : 162,2 milliards de dollars,

2011 : 175,6 milliards de dollars,

- 2012 : 190,6 milliards de dollars,

2013 : 194,0 milliards de dollars,

2014 : 178,9 milliards de dollars,

2015 : 144,1 milliards de dollars,

- 2016 : 114,1 milliards de dollars,

- 2017 : 97,33 milliards de dollars,

2018 : 79,88 milliards de dollars ,

-2019 :  62 milliards de dollars

Fin 2020, malgré toutes les restrictions à l’importation, selon la déclaration du président de la république en date du 01 mars 2021  entre 42/43 milliards de dollars  les prévisions de la loi de finances complémentaire étaient  de  44,2 milliards de dollars contre 51,6 prévus dans la loi initiale.

Au rythme  des années  2019/2020 selon les prévisions du FMI- fin 202120 milliards de dollars. Qu’en sera t –il en 2022 si le cours du pétrole stagne entre 55/65 dollars et s’il n’y pas de relance économique, la loi de finances 2021 pour son équilibre selon le FMI et la banque mondiale , nécessitant entre 100/110 dollars le baril ? Le niveau des réserves de change dépendra donc fondamentalement de l’évolution du cours des hydrocarbures pendant encore longtemps ( 98% des recettes en devises avec les dérivées) du niveau des  importations de biens mais également des importations des services qui ont atteint  10/11 milliards de dollars/an entre 1010/2019,   ne pouvant pas tout restreindre, quitte à étouffer  tout l'appareil productif ( le taux d’intégration entreprises publiques  et privées ne dépassant pas  15%) ,de la capacité d’attitrer l’investissement direct étranger, de développ la production interne , d’une meilleure gestion et de la lutte contre la corruption via les surfacturations. 

2.-Evolution de la cotation du dinar

Qu’en  est-il de  l'évolution du cours officiel   du dinar  fortement corrélé aux réserves de change via les recettes d'hydrocarbures à plus de 70%.

Pour la période de 2001 à mars 2021, nous avons la cotation  suivante :

-2001 : 77,26 dinars un dollar 69,20 dinars un euro 

-2005, 73,36 dinars un dollar, 91,32 dinars  un euro 

2010, 74,31 dinars un dollar et 103,49 dinars un euro 

-2015, 100,46 dinars un dollar et 111,44 dinars un euro 

-2016 :100,46 dinars un dollar et 111,44 dinars un euro 

-2017 : 110,96 dinars un dollar  et 125,31 dinars un euro :

- 2018 : 116,62 dinars un  dollar et  137,69 dinars un euro :

-2019 :119,36 dinars un dollar et 133,71 dinars un euro 

-2020 :128,31 dinars un dollar  et 161,85 dinars un euro.

-02 mars 2021 : 133,03 dinars un dollar et 160,57 dinars  un euro

Ce  dérapage du dinar par rapport au dollar et à l'euro accélère le processus inflationniste interne  où la majorité des produits importés, excepté ceux subventionnés , connaissent depuis décembre  2020 une augmentation variant entre 30/50% en contradiction avec l’indice officiel de l’ONS non  réactualisé depuis 2011, le besoin étant historiquement daté. Cette dévaluation qui ne dit pas  son nom   permet d'augmenter artificiellement la fiscalité hydrocarbures ( reconversion des exportation hydrocarbures en dinars) et la fiscalité ordinaire ( via les importations tant en dollars qu’en euros convertis  en dinar dévalué), cette dernière accentuant l'inflation des produits importés ( équipements, matières premières, biens finaux, montant accentué par la taxe à la douane s'appliquant à la valeur dinar,  étant supportée en fin de  parcours, par le consommateur comme un impôt indirect, l’entreprise ne pouvant supporter ces  mesures que si elle améliore sa productivité. En cas de baisse drastique des réserves de change à 10/12 milliards de dollars, qui tiennent la cotation du dinar algérien à plus de 70%, la banque d'Algérie sera contrainte de dévaluer le dinar officiel à environ 200/220 dinars un euro avec une envolée du cours sur le marché parallèle qui fluctue en fonction du taux d'inflation  d’environ 300 dinars un euro minimum, surtout en cas d’ouverture des frontières.. Il sera difficile de combler l'écart avec le marché parallèle pour la simple raison que l'allocation de devises  pour les ménages est dérisoire , la sphère informelle suppléant  à la faiblesse de l'offre et par ailleurs  bon nombre d'entreprises  du fait de la faiblesse de l'allocation devises pour éviter  la rupture d’approvisionnement iront au  niveau de cette sphère.

En résumé,  avec la pression démographique (plus de 50 millions d'habitants en 2030., l'on devra  créer minimum 300.000/400.000 postes de travail nouveaux par an nécessitant un taux de croissance annuel sur plusieurs années de 8/9% en termes réels. Pourtant, l'économie algérienne  possède des potentialités mais a besoin d'une cohérence dans sa politique socio-économique. L'Algérie étant confrontée à des défis importants, les défis futurs, pour  se projeter sur l'avenir, loin de tout populisme dévastateur, impose une nouvelle gouvernance, un langage de vérité et la moralité des gouvernants.  L'Algérie devra   s'adapter au nouveau monde, de rétablir  la confiance pour sécuriser son avenir, de s'éloigner des aléas de la mentalité rentière, de réhabiliter le travail et l'intelligence, de rassembler tous ses enfants et toutes les forces politiques, économiques et sociales, évitant la division sur des sujets secondaires. Il y va de la sécurité nationale.

ademmebtoul@gmail.com

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