Algérie : la crise économique impacte le niveau des réserves de change et le dérapage de la cotation officielle du dinar

Algérie : la crise économique impacte le niveau des réserves de change et le dérapage de la cotation officielle du dinar
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 30 Juillet 2020 | 15:51

Les tensions géostratégiques au niveau de la région, la chute des prix du pétrole, avec la baisse drastique des réserves de change, ont suscité à l'extérieur des analyses prévoyant de sombres scénarios sur l'avenir de l'Algérie 2021/2023, notamment l’épuisement des réserves de change et une dépréciation accélérée de la monnaie nationale. Pourtant, en ce mois de juillet 2020, l'Algérie n'est pas au bord de l'effondrement contrairement, mais il faut être réaliste et ne pas verser dans la démagogie. La situation pourrait prendre une autre dimension et s'aggraver sans un changement dans le système de gouvernance s'adaptant tant aux nouvelles mutations internes que mondiales.

1- Evolution des réserves de change

Le stock de la dette extérieure de l’Algérie au 01 janvier 2019 aurait  atteint 5,710 milliards de dollars, selon l'édition 2020 des statistiques sur la dette internationale de la Banque mondiale, contre  5,707 milliards de dollars à fin 2017 et à 5,463 milliards de dollars à fin 2016  et la  dette publique s'établit à 61% du PIB  contre 36% en 2018.  

Evolution des réserves de change :

- 1999 : 4,4 milliards de dollars,

2000 : 11,9 milliards de dollars,

2001 : 17,9 milliards de dollars

2002 : 23,1 milliards de dollars,

2003 : 32,9 milliards de dollar,

2004 : 43,1 milliards de dollars,

2005 : 56,2 milliards de dollars,

2006 : 77,8 milliards de dollars,

2007 : 110,1 milliards de dollars,

2008 : 143,1 milliards de dollars,

2009 : 147,2 milliards de dollars,

2010 : 162,2 milliards de dollars,

2011 : 175,6 milliards de dollars,

- 2012 : 190,6 milliards de dollars,

2013 : 194,0 milliards de dollars,

2014 : 178,9 milliards de dollars,

2015 : 144,1 milliards de dollars,

- 2016 : 114,1 milliards de dollars,

- 2017 : 97,33 milliards de dollars,

2018 : 79,88 milliards de dollars 

- 2019 (avril) : 72,60 milliards de dollars

-Fin  2019 :  62 milliards de dollars

- Fin 2020, avant l’épidémie du coronavirus, les prévisions de la loi de finances complémentaire sont de  44,2 milliards de dollars contre 51,6 prévu dans la loi initiale.

Les institutions financières internationales, avant la crise, prévoyaient

- Fin 2021les prévisions du FMI sont de 33,8 milliards de dollars et fin 2022, entre 12 et 13 milliards de dollars. Mais tout dépendra à la fois des importations ne pouvant pas tout restreindre, quitte à étouffer  tout l'appareil productif, produire plus au niveau interne en fonction de la balance devises pour éviter l'expérience malheureuse des usines de montage de voitures et bon nombre d'autres projets "fictifs", lutter contre les surfacturations et une meilleure gestion interne,

-Fin 2022 entre 21 et 22 milliards de dollars.

Si le cours moyen 2020 est d'environ 40 dollars en termes réels et le cours du gaz naturel supérieur à 5/dollars le MBTU qui a chuté de plus de 75% entre 2008/2020 (moins de 2 dollars le MBTU  en juillet 2020), procurant selon le bilan de  Sonatrach de 2019, environ 33% de ses recettes brutes. Et l’on devra soustraire le manque à gagner de la réduction de la production décidée par l’OPEP pour l’Algérie environ 3 milliards de dollars en moyenne annuelle, au cours moyen de 40 dollars. Car,  nous devons préciser le cours réel du pétrole, doit être rattaché à la cotation du dollar qui s’est déprécié depuis le début de l'année 2020, étant coté à 1,08 dollar un euro et est coté le 30 juillet 2020 à 1,18 dollar un euro en raison des  incertitudes de l'économie américaine et surtout du gonflement du déficit budgétaire soit une baisse d'environ 11e cours réel du Brent coté le 30 juillet 2020 à  43,77 dollars  est en réalité %, à  prix constant de janvier /février 2020, de 38,95 dollars  le baril, ce gain étant contrebalancé par  une  hausse de la facture d'importation libellée en euros, devant donc dresser la balance devises.

2.Evolution de la cotation du dinar 

Qu’en  est-il de  l'évolution du cours officiel   du dinar  fortement corrélé aux réserves de change via les recettes d'hydrocarbures à plus de 70%. Pour la période 1970 à 1999 nous avons la cotation suivante avec une cotation administrative jusqu’à fin 1992):

-1970, : 4,94 dinars un dollar,

-1980 : 5,03 dinars un dollar,

-1985 : 5,03 dinars un dollar,

-1990 : 12,02 dinars un dollar,

-1991 18,05 dinars un dollar,

-1994 : 36,32 dinars un dollar,

-1995 : 47,68 dinars un dollar,

-1999 : 66,64 dinars un dollar.

Pour la période de 2001 à fin juillet 2020, nous avons la cotation  suivante :

-2001 : 77,26 dinars un dollar 69,20 dinars un euro :

-2005, 73,36 dinars un dollar, 91,32 dinars  un euro :

2010, 74,31 dinars un dollar et 103,49 dinars un euro :

-2015, 100,46 dinars un dollar et 111,44 dinars un euro :

-2016 :100,46 dinars un dollar et 111,44 dinars un euro :

-2017 : 110,96 dinars un dollar  et 125,31 dinars un euro :

- 2018 : 116,62 dinars un  dollar et  137,69 dinars un euro :

-2019 :119,36 dinars un dollar et 133,71 dinars un euro :

-30 juillet  2020 :127,81 dinars un dollar  et 150,00 dinars un euro.

Tout dérapage du dinar par rapport au dollar et à l'euro permet d'augmenter artificiellement la fiscalité hydrocarbures ( reconversion des exportation hydrocarbures en dinars) et la fiscalité ordinaire ( via les importations tant en dollars qu’en euros convertis  en dinar dévalué), cette dernière accentuant l'inflation des produits importés ( équipements, matières premières, biens finaux, montant accentué par la taxe à la douane s'appliquant à la valeur dinar,  étant supportée en fin de  parcours, par le consommateur comme un impôt indirect, l’entreprise ne pouvant supporter ces  mesures que si elle améliore sa productivité.

3- Les incidences de la baisse des réserves de change

En cas de baisse drastique des réserves de change à 10/12 milliards de dollars, qui tiennent la cotation du dinar algérien à plus de 70%, la banque d'Algérie sera contrainte de dévaluer le dinar officiel à environ 200/220 dinars un euro avec une envolée du cours sur le marché parallèle qui fluctue en fonction du taux d'inflation. Il sera difficile de combler l'écart avec le marché parallèle pour la simple raison que l'allocation de devises  pour les ménages est dérisoire et  la deuxième raison est que la sphère informelle supplée à la faiblesse de l'offre et par ailleurs  bon nombre d'entreprises  du fait de la faiblesse de l'allocation devises pour éviter  la rupture d’approvisionnement iront au  niveau de cette sphère, surtout en cette période e récession économique. Les mesures autoritaires bureaucratiques produisent l'effet inverse et lorsqu'un gouvernement agit administrativement et loin des mécanismes transparents et de la concertation social, la société enfante ses propres règles pour fonctionner qui ont valeur de droit puisque reposant sur un contrat entre les citoyens, s'éloignant ainsi des règles que le pouvoir veut imposer.  Le recours à la planche à billets après l'épuisement du  Fonds de stabilisation du pétrole (FRR) pour financer  le déficit budgétaire, la Banque Centrale ayant recouru à ce mécanisme  de  mi-novembre 2017 à avril 2019, ayant  mobilisé 55 milliards de dollars, soit l'équivalent de 32 % du PIB de 2018, aura un impact négatif à terme. Ce financement, outre l'effet inflationniste, comme au Venezuela, favorise, contrairement à certains discours, la baisse des réserves de change puisque en mettant à la disposition de certaines entreprises des dinars, (70% des matières premières et des équipements des entreprises publiques et privées étant importées, le taux d'intégration ne dépassant pas 15/20%) ces dernières se porteront importatrices en devises en biens et services. D’une manière générale, trois paramètres stratégiques déterminent l'avenir de l'économie algérienne : le cours du pétrole, l'évolution des réserves de change et la pression démographique (plus de 50 millions d'habitants en 2030.  L'on devra  créer minimum 300.000/400.000 postes de travail nouveaux par an nécessitant un taux de croissance annuel sur plusieurs années de 8/9% en termes réel et devant être réaliste où en ce mois de juillet  2020, c'est Sonatrach procurant directement et indirectement avec les dérivées 98% des recettes en devises. L’Algérie ne peut continuer à fonctionner entre le budget d'équipement et de fonctionnement, selon le FMI,  à un cours variant entre 95/100 dollars le baril. Pourtant, l'économie algérienne  possède des potentialités mais a besoin d'une cohérence dans sa politique socio-économique. L'Algérie étant confrontée à des défis importants, posés par  la baisse des prix du pétrole, les défis futurs, pour  se projeter sur l'avenir, loin de tout populisme dévastateur, impose une nouvelle gouvernance, un langage de vérité et la moralité des gouvernant.  L'Algérie devra   s'adapter au nouveau monde, de rétablir  la confiance pour sécuriser son avenir, de s'éloigner des aléas de la mentalité rentière, de réhabiliter le travail et l'intelligence, de rassembler tous ses enfants et toutes les forces politiques, économiques et sociales, évitant la division sur des sujets secondaires. Il y va de la sécurité nationale. 

 30/07/2020

ademebtoul@gmail.com

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