Action gouvernementale : ne pas confondre plan de relance à court terme et plan d’investissement à moyen et long terme

Action gouvernementale : ne pas confondre plan de relance à court terme et plan d’investissement à moyen et long terme
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 04 Septembre 2020 | 15:48

Le défi principal de l’Algérie est de se mobiliser, aujourd'hui plus que jamais, pour accroître l'investissement dans tous les secteurs et le déployer  à travers tout le territoire national par l'amélioration de la productivité et  la compétitivité de sorte que les entreprises algériennes résistent localement à la concurrence extérieure et que la production parte à la conquête de marchés extérieurs. C’est dans ce contexte, que  rentrent les décisions récentes du Président de la république, où  l’Algérie face à une crise  sans précédent qui touche toute la planète, devra mobilier toutes les énergies et s’orienter vers une libéralisation maitrisée, seule garantie d’un développement durable,  au profit de toutes les algériens.

1.- Une action gouvernementale cohérente ne doit pas confondre plan de relance et stratégie d’investissement à moyen et long terme,  tenant  compte  des mutations mondiales, des filières d’avenir, 2021/2030  fondées sur la transition numérique et énergétique, Un plan de relance  consiste à dynamiser les activités actuelles et  des investissements   à court  terme, en  évitant  de renflouer financièrement des activités qui sont appelées à disparaitre à terme. Toute vision cohérente  doit reposer sur la la décentralisation autour de grands pôles régionaux ,la dé- bureaucratisation. Les  actions sectorielles  doivent se mouler au sein d’une d ‘une fonction objectif stratégique devant différencier pour paraphraser les militaires tactiques et stratégie devant tracer   un registre d’engagements pour le court terme,  le moyen terme  et le long terme . A court terme, cela doit  toucher  les situations pénibles vécues par les algériens qui souvent demandent une bonne organisation avec peu de dépenses avec l’implication de la société civile locale   la rénovation du parc transport ou de bâtiments souvent oublié , devant investir non dans  des anciennes méthodes de construction où il faut un climatiseur par pièce,  pour économiser l’énergie renvoyant à la politique des subventions généralisées où la consommation intérieure  risque de dépasser horizon 2030 les exportations actuelles. Un  plan  d’investissement, étant souhaitable un haut commissariat du Plan, chargé de la prospective ,non pas les anciennes structures des pays communistes,  sous l’autorité du président de la  république du fait de sa mission hautement stratégique qui engage le pays sur plus de 15/10 ans, , consiste à la création d’activités nouvelles compétitives en termes de cout/qualité préparant l’économie hors hydrocarbures . L’on devra   distinguer dans la hiérarchisation   les projets capitalistiques dont le seuil de rentabilité, si le projet est lancé en 2021, ne sera réalisable  qu ’horizon 2028/2030, des projets  moyennement  capitalistiques , avec un seuil de rentabilité au bout de cinq années et des projets faiblement capitalistiques (PMI/PME) au bout de 2/3 année.  Tous ces projets  devront  s’insérer dans le cadre de  la promotion de l'investissement national et étranger créateur de richesses passant   par l'amélioration de l'environnement des affaires,renvoyant à la bonne gouvernance. Car Combien d’organismes bureaucratiques censés promouvoir l’emploi, Andi Ansej Cnac , Anjem, en plus du comité d’investissement présidé par les différents  Premiers ministres  entre 2000/2019  pour de grands montants, avec de longs circuits bureaucratiques et pour la finalisation passant par les banques primaires et la banque de garantie pour le financement et le terrain par les wilayas avec des résultats mitigés ? Combien de codes d’investissement et de lois promulgués depuis plus de 40 ans avec d’importants avantages financiers et fiscaux, alors qu’en septembre 2020 avec les  dérivées 98% des entrées en devises de l’Algérie proviennent  toujours des hydrocarbures ?  

2.- Il s’agit donc pour toute action opérationnelle d’avoir une méthode cohérente pour mettre en place de profondes réformes structurelles avec un planning réaliste daté. Tout plan  d’investissement à moyen et long terme ou de relance à court terme  doit  tenir compte de la structuration de la société, où la société algérienne comme toutes les sociétés humaines est structurée en fonction de plusieurs paramètres sociologiques : catégories d’âge, profession, sexes, statut sociale, statuts religieux, statut politique, anthropologie culturelle territoriale ect..(Voir audit opérationnelle volume 6 sous ma  direction « face aux nouvelles  mutations mondiales, les axes opérationnels  du plan de relance économique et d’investissement 2014/2030 »  pour le premier ministère janvier 2015- 10 volumes 780 pages assisté de 20 experts internationaux dont les recommandations n’ont pas été appliquées , audit réalisée gratuitement ; que de perte de temps pour l’Algérie).  Un système d’information fiable doit faire l’inventaire de ces catégories pour le ciblage médiatique et l’élaboration du programme des réformes structurelles selon un timing daté. Car tout projet étant porté forcément par des forces politiques, sociales et économiques, sa réalisation étant fonction des rapports de force au niveau de la société et non au sein de laboratoires de bureaucrates déconnectés de la société, doit d’abord être compris par tous ceux qui, à un niveau ou à un autre, interviennent dans la décision économique, d’où l’importance de savoir communiquer dans un langage accessible à toute population et pas seulement aux initiés. C’est pourquoi, il faut insister sur l’effort d’une information de vérité, qui doit lui être associée,  pour montrer l’opérationnalité de  toute action gouvernementale   au profit des  générations présentes mais également futures, une Nation ne pouvant distribuer plus que ce qu’elle  produit quitte à aller vers le suicide collectif, l’objectif , éviter  la marginalisation de pans de la société. Sans verser dans la démagogie et le populisme, les expériences historiques afin de favoriser la mobilisation et de la symbiose Etat –citoyens, c’est aux dirigeants de rassembler à leur peuple et non au peuple de ressembler à ses dirigeants devant tenir compte de notre riche anthropologie culturelle. Le principe est de travailler pour consolider la diversité et la pluralité tout en cultivant l’unité de la nation  et  sa cohésion sociale pour un espace équilibré et solidaire. Ce sont les hommes avec leurs équipements anthropologiques  qui ont façonné les espaces  Car, l’organisation administrative de l’espace  n’est pas celle  de l’administration comme l’a démontré brillamment l’expert de renommée mondiale, Hernando DE Soto sur Etat de Droit et sphère informelle (dans  l’ouvrage du Pr  Abderrahmane MebtouL – l’Algérie  –perspectives: bonne gouvernance, démocratie et économie de marché (édition Dar El Ghjarb 2004). -L’action gouvernementale doit définir clairement les objectifs stratégiques car un  pays qui veut se développer doit préparer les choix qui permettent d’en saisir les conséquences basées sur des études précises qui doivent indiquer :   comment se pose le problème ; -quelles sont les contraintes externes (engagements internationaux de l’Algérie) ;  -quels sont les contraintes socio-économiques, financières   et techniques internes ;  -quels sont les choix techniquement possibles et les ensembles de choix cohérents et quelles sont les conséquences probables de ces choix,  -quelles méthodes de travail choisir qui permettent  de déterminer les paramètres (moyen et long terme) et  les  variables ( court terme)  dont dépend un système complexe.  Après avoir décomposé la difficulté en éléments simples, il convient de se poser des questions et apporter des réponses opérationnelles, loin des théories abstraites, réalisations physiques et plan de financement    sur chacun des éléments : -Quoi ?-Qui ?- Où – Quand ?– Comment ?– Combien ?  Pourquoi ?  Comment faire ?   La structure de l’action en faveur des réformes est globalement formée de cinq segments qui fondent le processus opérationnel de mise en œuvre :-l’administration qui constitue la cheville ouvrière  par son importance stratégique,-la société civile/syndicats,- les citoyens dans leur diversité,-les partis politiques  et -les opérateurs publics et privés. - Tous ces questionnements qui doivent trouver  des réponses opérationnelles réalistes,  fonction des objectifs et des moyens,  imposent un diagnostic serein afin  de se projeter sur l’avenir évitant les erreurs du passé.

3.- L’industrie représente moins de 6% du PIB et la majorité du tissu économique est constitué de PMI/PMI peu innovantesSelon les données du ministère de l’Industrie et des Mines, Bulletin d’information numéro 35 de novembre 2019, à la fin du premier semestre 2019, une grande partie du tissu économique est constituée de PMI-PME au nombre de 1.171.945 entreprises dont 99,98% pour le secteur privé.  Depuis cette période de janvier à septembre 2020, surtout avec la crise de l’épidémie du coronavirus où des milliers  d’entreprises sont en difficultés , la structure n’a pas  foncièrement changé .  Selon cette enquête ,les personnes morales –secteur privé, souvent de petites Sarl, sont au nombre de 659.573, les personnes physiques 512.128 dont 243.759 professions libérales, 268.369 activités artisanales et pour le secteur public 344 personnes morales Par taille 97% sont des TPE de moins de 10 salariés (1.136.787 unités) 2,6% entre 10 et 49 salariés, avec 30.471 et seulement 0,4% avec 4.688. Par répartition sectorielle pour les personnes morales, l’agriculture représente 1,12%, hydrocarbures, énergie-mines et services liés 0,46%, le Btph 28,54%, les industries manufacturières 15,48% et les services 54,41%.  Pourtant, l’important n’est pas de quantifier le nombre de projets, mais surtout leurs réalisations et de voir leurs mortalités après avoir bénéficié de nombreux avantages, la vulnérabilité dépendant pour leur majorité de la demande publique. Pour la majorité des entreprises publiques, l 'expérience   montre que ce n'est pas une question de finances qui empêche l' évolution du secteur public marchand du fait que le budget algérien lui a consacré, à prix constants, plus de 100 milliards de dollars entre 1980-2019 sans résultats probants, une fraction des entreprises publiques produisant, en permanence, des déficits entraînant dans leur sillage les banques qui restent malades de leurs clients. C’est que les  transferts illicites de devises  entre 2000/2019  vers l’étranger  sont évalués à plus de 100 de milliards de dollars en référence au  volume croissant des importations  (surcoût, non-maîtrise des mécanismes boursiers internationaux jouant sur la distorsion du cours du dinar entre le cours officiel t celui du marché parallèle, la cotation actuelle n’étant pas  significative du fait de la fermeture des frontières, avec un écart  entre  40/50%,  devant insister sur  les sorties de  devises des services  qui ont fluctué entre 2010/2019   de  9/11 milliards de dollars par an.  En cas de dégradation  de la conjoncture pétrolière  entre 2020/2022,  cela risque de ramener l’Algérie  à une situation financière instable et le risque de l’épuisement des réserves de change début 2022qui sont passées de 194 milliards de dollars au 01 janvier 2014 et termineront à moins de 40 milliards de dollars fin 2020,  ce qu’aucun patriote ne souhaite. Le langage de la vérité doit primer loin du populisme et éviter  des discours contradictoires entre  des ministres  d’un même gouvernement. Car, le   constat en ce mois de septembre 2020  est le faible taux de croissance du PIB (2000/2019   2,5% en moyenne , 0,8% en 2019 et selon le FMI ,un taux négatif  de moins de 5% en 2020, avec comme conséquence    le retour à l’inflation et l’accroissement du chômage réel,  devant tenir   compte des emplois  rentes. Cela  contraste avec les entrées en devises de plus de 1000 milliards de dollars entre 2000/2019 et les sorties de devises,  plus de 935 milliards de dollars d’importation de biens  et services entre 2000/2019. Les exportations hors hydrocarbures représentent moins de 2% du total du total si l’on soustrait  les  dérivées d’hydrocarbures, la  dépense publique  via les hydrocarbures  tirant  la croissance économique, avec des réévaluations permanentes,  des surcoûts et des ouvrages souvent ne répondant pas aux normes internationales.

En résumé, l’Algérie a toutes les  potentialités pour devenir  un pays pivot au niveau de la  région méditerranéenne et africaine . Pour cela il   y a urgence pour une cohérence dans la démarche de toute politique,  qui doit s’adapter tant aux nouvelles mutations internes que mondiales car sans développement point de sécurité et sans sécurité pas de développement. Les textes juridiques sont une condition nécessaire mais non suffisante: l'important est d'agir sur le fonctionnement de la société algérienne Le monde doit connaitre u  profond bouleversement géostratégique loin de la vision matérielle du passé :des industries écologiques,  de l’éducation,  de la santé,  des loisirs, le primat de la culture et  le digital qui influera sur la  gestion des institutions et des entreprises et sur nos  comportements. . Espérons que soient mis fin  aux  mêmes pratiques bureaucratiques anciennes, source de blocage,  que le Président Abdelmadjid Tebboune dénonce régulièrement, renvoyant à une nouvelle gouvernance et la valorisation du savoir.

Le 04/09/2020

ademmebtoul@gmail.com

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