Le Dr Abdelrahmi Bessaha à Algérie1: "Entre 2000 et 2019, la fuite des capitaux hors d’Algérie est évaluée à environ 160 milliards de dollars"

Par Amine Bouali | 19 Mai 2020 | 16:21

Entretien réalisé par Amine Bouali 

Abdelrahmi Bessaha est titulaire d’un doctorat d’État en Sciences Économiques. Après avoir exercé en Algérie entre 1971-1975 et 1982-1989 dans les domaines diplomatique, académique, industriel et bancaire, il a rejoint le staff du FMI (Fonds Monétaire International) à Washington, en Juin 1990. Au niveau de cette institution, il a travaillé sur de nombreux pays en Afrique, Moyen-Orient, Asie, Europe, Amérique du Sud et Caraïbes, avec une focalisation sur les questions liées aux finances publiques, politique monétaire, comptes extérieurs, taux de change, croissance économique, inflation et programmes d’ajustement. Le docteur Abdelrahmi Bessaha a accepté de répondre, avec le regard très pointu du spécialiste, à quelques questions d’Algérie1. 

Algérie1 : La Covid-19 a mis à mal les économies du monde entier. Dans les pays développés, des pans entiers de l’économie sont en crise, le chômage suit une courbe exponentielle, il y a un accroissement de la pauvreté, etc... Selon-vous, quelles seront les répercussions de cette pandémie sur les pays moins favorisés ou en voie de développement comme l’Algérie ?

Abdelrahmi Bessaha : Concernant l’Algérie, tout d’abord les chocs sanitaire et pétrolier ont heurté de plein fouet une économie déjà fortement fragilisée par l’absence de rigueur macroéconomique entre 2010-2013 et la mauvaise gestion du choc pétrolier de 2014. Face à ce dernier, les autorités ont activé la politique monétaire et la politique de change, négligeant de faire de même pour le levier de la politique budgétaire qui est pourtant très important. De plus, les autorités ont recouru à la planche à billets pour financer, entre autres, les déficits budgétaires, ce qui ne se justifiait pas du tout. In fine, les autorités ont pris la décision stratégique de financer la crise au lieu de mener des réformes en profondeur et, ce faisant, elles ont opté pour la perpétuation du modèle rentier en consommant les ressources du Fonds de régulation des recettes et les réserves de change. Ces choix stratégiques étaient injustifiables et ont fragilisé davantage l’économie du pays. La fragilité économique de l’Algérie est illustrée aujourd’hui par deux indicateurs clés : (1) un déficit budgétaire global très élevé passant de 8,8 % du PIB en 2017 à 9,5 % du PIB en 2019; et (2) un déficit du compte courant de la balance des paiements qui est passé de 2,8 % du PIB en 2014 à environ 9,9 % du PIB en 2019. Ces deux déficits étaient insoutenables et ont entrainé un gaspillage des ressources publiques (réserves financières et réserves de change) et ont pesé lourdement sur les performances économiques du pays. 

Les chocs sanitaire et pétrolier de l’Algérie vont, bien entendu, aggraver ces déficits en 2020 et, partant, l’état de fragilité de l’economie du pays. Des simulations de tendance font ressortir ce qui suit : (1) un creusement du déficit budgétaire qui devrait passer de 11,7 % du PIB à 16,3 % du PIB, en raison d’une baisse marquée des recettes totales de plus de 13 %; et (2) un élargissement du déficit du compte courant de la balance des paiements qui passera de 9,2 % du PIB à 16, 3 % du PIB, en raison de la chute significative des recettes d’exportations du fait du double effet de la baisse du volume (amputé par l’accord entre le G20 et l’OPEP, qui impose au pays une coupe de 240,00 barils/jour pour mai et juin de cette année, 193,000 barils/jour entre juillet et décembre 2020 et 145,000 barils/jour entre janvier 2021 et avril 2022) et du prix du pétrole qui tourne en moyenne autour de $21 le baril entrainant un manque à gagner de $16 milliards; et (3) une baisse des réserves de change qui devraient passer de $63,8 milliards à fin 2019 à $33,8 milliards de dollars à fin 2020 si aucune mesure de compression des importations non prioritaires n’est prise. 

Bien entendu, notre pays s’appauvrira davantage puisque l’activité économique reculera (-5%) et l’inflation remontera à 5 % (par rapport à 1,9 % en 2019) reflétant des tensions sur l’offre de biens et de services, ajoutés à l’imperfection des réseaux de distribution et la dépréciation du dinar, trois facteurs qui seront en partie compensés par une demande globale en baisse. En outre, le chômage devrait passer de 1,3 millions de personnes à fin 2019 à environ 5 millions de personnes en 2020, en raison des fermetures d’entreprises. En même temps, la pauvreté monétaire devrait passer de 20 à 25-30 % de la population. Un recul des indicateurs sociaux est également à anticiper. En 2020, le déficit du budget sera financé par de la création monétaire (seule option disponible) tandis que le déficit du compte courant de la balance des paiements sera couvert par un tirage sur nos faibles réserves de change. Pour 2021 et les années subséquentes, les perspectives restent défavorables si des politiques publiques correctives ne sont pas mises en place.

Il est donc urgent d’articuler une stratégie à moyen terme globale et cohérente devant inclure : (1) des réformes pour rendre nos finances publiques saines et notre balance des paiements soutenable dans un contexte de rupture claire avec le modèle rentier qui a prévalu jusqu’à présent et qui a montré toutes ses limites; et (2) une nouvelle structure de financement de ces déficits qui établisse un équilibre entre viabilité budgétaire, croissance économique et emploi. Cette stratégie qui a longtemps été repoussée devra, toutefois, être mise en œuvre dans un environnement défavorable sur le double plan international et domestique, laminés par une profonde récession mondiale. En revanche, une fois mise en place, cette stratégie finira par inscrire le pays sur une trajectoire de croissance saine et élargie. 

Algérie1 : les autorités algériennes viennent de prendre certaines mesures sur le plan économique, vous paraissent-t-elles suffisantes pour endiguer la crise ? 

Abdelrahmi Bessaha : Les autorités ont pris un certain nombre de mesures dans divers secteurs. Annoncées en dehors d’un cadre cohérent et global, elles couvrent le commerce extérieur et la politique de change (rationalisation des importations d’environ $10 milliards et dépréciation de 7,5 % du dinar) le plan monétaire également (report et/ou renouvellement des échéances des crédits arrivées au 31 mars 2020 et postérieurement, consolidation des impayés non traités à la date du 31 mars 2020 et postérieurement, prorogation des dates limites d’utilisation des crédits et les différés de paiement ainsi que l’annulation des pénalités de retard des créances exigibles à la date du 31 mars 2020 et postérieurement et maintien et/ou du renouvellement des lignes de crédits d’exploitation, enfin le rééchelonnement des crédits au profit des entreprises, publiques et privées jusqu’à septembre 2020), le domaine social également (report des paiements des cotisations sociales, paiement des salaires et pensions pour les travailleurs du secteur public et privé, appuis aux ménages avec toutefois des problèmes de ciblage des bénéficiaires) et pour finir, le domaine financier (reports de paiements d’impôts, primes spéciales et revalorisation de la fonction médicale). 

Par ailleurs, les autorités algériennes viennent de transmettre au pouvoir législatif pour revue, discussion et adoption une loi de finances complémentaire (LFC) pour 2020. Cette dernière prévoit un niveau de recettes totales révisées à la baisse à 5,422 milliards de DA comparé aux 6289 milliards de DA au titre de la loi de finances initiale (LFI), soit un manque à gagner de 867 milliards de DA. Ce manque à gagner vient essentiellement de la perte significative de recettes pétrolières que les mesures de recettes additionnelles et les nombreuses exonérations prévues dans la LFC n’ont pas compensées. Du côté des depenses courantes, la LFC prévoit un niveau de 4752 milliards de DA par rapport à 4893 milliards de DA dans la LFI, soit une baisse de 141 milliards de DA. En effet, les mesures de baisse des dépenses courantes (hors salaires et hors transferts qui sont les postes significatifssont de faible portée et ont été de plus neutralisées en partie par une augmentation des dépenses de salaires de 70 milliards de DA couvrant les 7 mois d’augmentation du SNMG de 2000 DA. Pour les depenses en capital, la LFC les a amputées de 309 milliards de DA uniquement. En conséquence, ce package de mesures devrait donc porter le déficit global du budget- CNR compris (Caisse nationale de retraite)- à 13 % du PIB par rapport à 11 % du PIB dans la LFI. En outre, la LFC a également introduit deux concepts nouveaux pour favoriser le financement des start-ups; 1/ le concept du crowdfunding, qui est un financement participatif, utilisant des plateformes internet qui mettent en relation des promoteurs de projets et des financiers; et 2/ le capital investissement, domaine d’investisseurs professionnels. 

 Sur le plan extérieur, en dépit de la rationalisation prévue des importations de $10 milliards, le déficit du compte courant de la balance des paiements passerait de 10,7 % du PIB en 2019 à 12,1 % du PIB. Vu la faiblesse du compte financier, le déficit global va se creuser de $3,4 milliards supplémentaires, ce qui situerait les réserves de change prévisionnelles à fin 2020 à $43,8 milliards. 

In fine, ces mesures souffrent de quatre lacunes : (1) la démarche ad hoc de la gestion de la phase d’urgence qui manque de cohérence intersectorielle et pourrait atténuer la portée de ces mesures; (2) la portée limitée des mesures budgétaires prévues dans la loi de finances rectificative qui aggravent le déficit initial; (3) l’absence de visions à moyen terme combinant phase d’urgence et phase de reprise avec des mesures fortes pour assainir les finances publiques et nos comptes extérieurs, et enfin (4) l’introduction de nouveaux mécanismes de financement que sont le crowdfunding et les sociétés de capital investissement. Le crowdfunding est une technique de financement qui met en rapport les promoteurs de projets avec les investisseurs sur une plateforme internet. Dans les deux cas, les cadres juridiques appropriés font défaut pour assurer un fonctionnement harmonieux de ce genre d’opérations (informations, portage, ouverture des comptes, contrôle, gestion des risques de fraude)

Algérie1 : Vu la gravité de la crise et les faibles marges de manœuvre dont disposent notre pays, quelles sont, selon-vous, les réformes urgentes à entreprendre pour y faire face ? 

Abdelrahmi Bessaha : Les marges de manœuvre pour la pérennisation du modèle rentier sont inexistantes. En premier lieu, peut-on espérer un retournement du marché pétrolier international et un accroissement du volume de nos exportations ? La réponse est négative car, d’une part, le surplus de l’offre de pétrole est considérable et, d’autre part, la crise actuelle porte sur la demande et l’offre. Deuxièmement, peut-on compter sur le développement du gaz et pétrole de schiste ? À court terme, non ! d’autant plus que cette forme d’exploitation des hydrocarbures est très risquée et la population la rejette. Troisièmement, peut-on recourir à l’endettement international ? C’est une option à considérer car la mobilisation de l’épargne étrangère est incontournable pour développer le pays. Toutefois, une intervention sur les marchés financiers internationaux et/ou la requête pour des financements de projets, demandent une préparation minutieuse des dossiers, mais surtout de disposer d’éléments de référence qui inspirent confiance aux créanciers étrangers sur le titre Algérie, notamment : (1) une stratégie à moyen et long terme qui offre au monde entier la visibilité économique du pays; (2) une stratégie claire de gestion de la dette publique qui précise, entre autres, les usages productifs des emprunts; et 3/ des indicateurs macroéconomiques qui inspirent confiance aux créanciers sur la capacité du pays à rembourser. 

Par ailleurs, du fait de la grave crise sanitaire et du choc pétrolier, les conditions de financement se resserrent partout dans le monde et excluent les pays émergents affaiblis et les pays en développement du marché financier international. En conséquence, la voie des réformes est incontournable. C'est la seule voie pour stabiliser notre économie, élargir ses bases de croissance et la moderniser pour produire plus de valeur ajoutée dans des secteurs porteurs et de pointe. Elle devra s’inscrire dans une stratégie à long terme de construction d’une économie hors pétrole et d’une diversification des exportations et doit être aussi en cohérence avec les Objectifs du Développement Durable (ODD 2030). 

Autre élément important, cette stratégie devra assurer le passage d’une économie publique à une économie où les moteurs de croissance sont tirés par l’investissement privé. Les politiques publiques à la base de ce scénario doivent s’articuler autour de 3 grands axes complémentaires et cohérents : macroéconomique, structurel et sectoriel. Ces politiques doivent être mises en même temps, dans le contexte d’un plan à moyen terme, cohérent et global, devant faire l’objet d’un suivi rigoureux.

L’axe macroéconomique est crucial car il a pour objectif d’assainir les fondamentaux économiques. Cet assainissement est incontournable. Il implique un budget sous contrôle, une inflation maitrisée et un déficit de la balance des paiements raisonnable, éléments nécessaires pour favoriser l’investissement, ouvrir la voie à la croissance, créer des emplois et réduire les inégalités. Le mix (la combinaison logique) des politiques macroéconomiques est le suivant : Une consolidation budgétaire (en cohérence avec la politique monétaire) mais qui prend en compte la nécessité de préserver la croissance économique tout en contrôlant l’inflation. Au centre de ce mix, bien entendu, la politique budgétaire jouera un rôle central. Il s’agira de procéder à une réduction progressive du déficit budgétaire, accompagnée d’une dépréciation du taux de change (pour une meilleure gestion des ressources extérieures et de la demande globale) et d’une gestion rigoureuse de la liquidité créée par la monétisation du déficit budgétaire pour contenir l’inflation. Ce mix est seul en mesure d’assurer la viabilité des finances publiques, créer les conditions d’une relance de la croissance et contrôler l’inflation. Sans ce volet, les réformes ne peuvent porter et faire une différence.  

Concernant l’axe structurel, les réformes dans ce domaine doivent avoir un double objectif : (1) renforcer la qualité de la politique macroéconomique (réformes sur les recettes, les dépenses, le processus et cadre budgétaires pour réhabiliter le budget en tant qu’outil de la gestion macroéconomique ainsi que les statistiques macroéconomiques); et (2) réformes pour relancer l’investissement privé productif, inclure les femmes dans le marché de l’emploi, améliorer l’accès au financement, mettre en place un système financier moderne et lutter contre la corruption pour rétablir la confiance de la population vis-à-vis des pouvoirs publics en s’appropriant elle-même les réformes.  

 S’agissant maintenant de l’axe sectoriel, il est important pour moderniser et diversifier l’économie algérienne de parier sur l’economie verte et numérique avec pour objectif d’accroitre la productivité et la valeur ajoutée. Un autre facteur en faveur des réformes est de renforcer sa résilience aux chocs extérieurs et intérieurs. Il s’agira de profiter du boom technologique du vert et du numérique. Deux voies qui permettront au pays de bénéficier du génie créateur de sa jeunesse. Toutes ces réformes à entreprendre doivent assurer la mutation de l’économie algérienne vers plus d’efficience et de dynamisme. Leur mise en œuvre s’étalera dans le temps et exigera un sequencing et une articulation appropriés et demandera un suivi rigoureux ainsi qu’une politique de communication constante pour maintenir l’appui de la population aux réformes.

Le choix de leur financement est central. Nos besoins de financement pour 2021-2023 sont : (1) pour le budget, environ 2200 milliards de DA/an soit 6600 milliards de DA ($50 milliards) : et (2)  pour la balance des paiements, environ 60 milliards de dollars. 

• Les besoins totaux seront donc de $110 milliards sur 3 ans. 

• $25 milliards proviendront de la mise en œuvre de réformes budgétaires en recettes et dépenses (mais sans recourir à l’austérité car elle casserait la croissance).

• $44 milliards seront constituées par nos réserves de change à fin décembre 2020. 

• Les financements à trouver sont donc de $41 milliards qui pourraient être couverts par : (1) des emprunts financiers sur le marché algérien (quoique l’épargne nationale des entreprises et des ménages soit faible) ; (2) des prêts projets dont il faut d’ores et déjà entamer la préparation; (3) des aides budgétaires; et (4) des appuis à la balance des paiement. 

Algérie1 : Le Président Abdelmadjid Tebboune a promis de rapatrier les fonds générés par la corruption en Algérie et qui ont été transférés à l’étranger. Croyez-vous qu’un rapatriement de ces biens mal acquis est possible ?

Abdelrahmi Bessaha : La fuite des capitaux n’est pas un phénomène nouveau en Algérie. Elle remonte déjà aux années 1970 mais son ampleur était moindre. Trois questions se posent : (1) les sources de la fuite des capitaux; (2) le niveau de cette fuite des capitaux; et (3) la façon de lutter pour prévenir et recouvrer, le cas échéant, ces ressources transférées illégalement vers l’étranger. 

En Algérie, il faut distinguer trois sources de fuite de capitaux : (1les fausses facturations; (2) les commissions sur contrats d’importation; et (3) les envois de fonds. Les fausses facturations des transactions commerciales internationales se produisent pour plusieurs raisons. Pour ce qui est des exportations, les opérateurs peuvent sous-facturer les exportations (en sous-estimant leur quantité, leur prix ou les deux) de manière à dissimuler leurs revenus réels et maintenir la différence dans les comptes étrangers. Du côté des importations, les entreprises peuvent surfacturer leurs factures d'importation pour obtenir des devises supplémentaires des autorités bancaires, dissimulant à nouveau la différence à l'étranger dans des comptes privés ou d'autres actifs - un autre mécanisme de fuite des capitaux. Enfin, les envois de fonds des travailleurs non enregistrés sont souvent sous-déclarés dans les statistiques officielles des pays en développement. Cela a le même effet que la sous-déclaration des exportations. 

Grace à un certain nombre de techniques de calcul, il est estimé en moyenne que l’Algérie a perdu environ $5 milliards entre 1971 et 1999, $7 milliards entre 2000-2009 et $9-10 milliards depuis 2010 à 2019. Entre 2000 et 2019, la fuite des capitaux est donc d’environ $160 milliards, dont environ 40 % au titre de la sous-facturation des exportations, 50 % au titre de la surfacturation des importations et 10 % au titre des envois de fonds. Les niveaux de fuites de capitaux sont liés bien entendu au niveau des prix du pétrole mais également à l’absence de contrôle et de gouvernance. Ces capitaux qui ont fui à l’étranger, finissent sous formes de placement ou de consommation extravagante par ceux qui en ont bénéficié. Les $160 milliards siphonnés illégalement représentent le coût d’opportunité pour l’Algérie qui aurait pu financer de nombreux programmes d’investissement dans les infrastructures, la santé, l’éducation et les autres secteurs productifs. Mais, plus important, ces fuites de capitaux sont des coûts énormes pour la société car ils détruisent la confiance envers les institutions publiques, compromettent le climat des investissements privés et endommagent le tissu social. 

 Face à cela, le pays est en droit de prendre toutes les mesures pour récupérer si possible ces fonds obtenus illégalement par certains agents économiques. Mais il faut se rappeler que les processus pour récupérer ces ressources sont longs et les résultats peuvent être décevants. En tout état de cause, pour récupérer ces capitaux, l’Algérie doit: (1) d’abord se doter d’une stratégie effective, soit pour obtenir une condamnation, soit pour récupérer les ressources, soit les deux; et des fonds suffisants pour la financer; (2) collecter des informations, des éléments de preuve et des éléments d'actif en cohérence avec les procédures en vigueur dans le pays; (3) sécuriser les produits et les instruments soumis à confiscation pour éviter la dissipation, le mouvement ou la destruction; (4) envisager une coopération internationale ou un appui étranger (grands bureaux d’avocats d’affaires) qui sont des éléments essentiels pour la récupération réussie des actifs qui ont été transférés ou cachés dans les juridictions étrangères; (5)entamer des procédures judiciaires; et (6) faire exécuter les ordonnances. L’Algérie peut se faire assister par un certain nombre de juridictions internationales mises en place pour lutter contre ce fléau.