Pour la fille de Messali Hadj, la jeunesse algérienne a envie de vivre Libre avec un grand L majuscule

Par Amine Bouali | 29 Mars 2019 | 18:19

A partir de Montréal, au Canada, où elle vit désormais, Madame Djenina Messali-Benkalfat, la fille de Messali Hadj, vient, via une vidéo partagée sur Facebook, de s’exprimer sur les événements qui agitent actuellement la rue et la scène politique algériennes. Nous avons pensé qu’il était intéressant de reproduire de larges extraits de ses propos, à l’intention des lecteurs d’Algérie1

Pour la fille de Messali Hadj, «cette jeunesse algérienne a pris spontanément tout le monde au dépourvu. Nous, à l’extérieur, on a vécu une grande frustration de ne pas partager avec elle ce soulèvement, et moi je tiens à rendre un grand hommage à cette jeunesse qui est pour l’Algérie sa première richesse, plus importante que les hydrocarbures. Mais je tiens à ouvrir une parenthèse, cette jeunesse n’est pas faite pour l’exportation, car elle a envie de rester chez elle et elle a envie de vivre Libre avec un grand L majuscule».

«Les événements actuels ont pris au dépourvu aussi bien l’opposition (comme si nous étions un pays où il y’a une opposition, je crois qu’il faut la chercher à la loupe!) que la société civile. Et ne parlons pas du pouvoir qui se déchire actuellement. J’ai été très surprise par des slogans lors des manifestations comme «Liberté », «L’Algérie vivra libre» etc...Et les femmes qui m’ont tellement impressionnée, qui ont enlevé leur hidjab pour porter leur haïk de soie. En tant que femme, ce réflexe identitaire naturel m’a comblé, parce que je suis née et j’ai grandi à Alger et le haïk et le âdjar, je ne connais que ça. Et puis tous ces jeunes étaient splendides». 

«Maintenant vous me parlez de Messali Hadj. L’essentiel, c’est ce qu’il a laissé, il a laissé des gens prêts à faire la révolution, il a donné une conscience politique. Imaginez le symbole que cela peut représenter. Et bien, au bout de la 2ème ou 3ème manifestation, la jeunesse algérienne s'est emparée de 2 symboles notamment. Elle s’est emparée du drapeau algérien: il était partout, il était sur les dos, il était sur les poitrines, on dansait avec. Et puis le 2ème symbole, c’était des photos de Messali Hadj, avec des commentaires. J’en ai lu certains comme: «La Constituante, c’est nous qui l’a réclamons depuis 1927». «Nous», c’est l’Etoile nord-africaine (le premier parti fondé par Messali en 1927. NDLR), c’est son programme politique, c’est de réunir dès l’Indépendance- c’était écrit dans son préambule- une assemblée constituante souveraine, élue au suffrage universel, femmes et hommes réunis bien sûr, et toutes les minorités qui vivent en Algérie. Cette jeunesse a perçu intuitivement, spontanément toutes ces choses-là et peut-être qu’elle est en train de réfléchir en quoi elle peut s’approprier ce programme de l’Etoile nord-africaine, avec le congrès de Bruxelles de 1927 et des décades d’engagement politique de Messali Hadj, avec ma mère Émilie Busquant qui a conçu, dans la bagarre, le drapeau algérien». 

«Aujourd’hui je pense que les partis politiques ont perdu toute crédibilité auprès de cette masse qui se soulève. Alors qui va parler à cette masse, qui va avoir les mots pour donner une voie, un chemin, et pour arriver à quoi ? Et bien, évidemment, l’assemblée constituante, c’est incontournable. Moi,  j’ai milité toute ma vie au milieu d’autres militants; à l’étape où on en est actuellement, cela s’appelle les comités de salut public. Il faut créer ces comités de salut public, et ils seront les liens entre ces jeunes et les gens qui se réuniront pour prendre des décisions... Je dis «les gens» mais je n’aime pas dire ça, j’aimerais vous dire «tels partis politiques», mais je pense que les jeunes ont besoin de continuer de faire pression, parce qu’il ne faut pas qu’ils lâchent, il ne faut pas rater le coche, il faut que ça aboutisse consensuellement, intelligemment, pacifiquement, il faut des hommes nouveaux qui sortiront de cette jeunesse. Vous savez, Messali Hadj avait 25 ans lorsqu’il a créé l’Etoile nord-africaine. Donc tout peut arriver mais faut-il s’assurer de faire les bons choix et c’est des choses qu’il faut faire de façon publique. Il faut appeler les choses par leur nom et arrêter de continuer dans l’opacité. C’est un conseil que mon expérience peut donner à cette jeunesse magnifique».