Manifestations anti cinquième mandat : "Désobéissance civile", dites-vous ?

Par Nabil Semyane | 10 Mars 2019 | 11:41

Vendredi à la fin de la grandiose manifestation citoyenne contre le cinquième mandat et dans la foulée, des appels anonymes sont lancés sur les réseaux sociaux pour une « grève générale » de 4 jours, voire carrément d’une « désobéissance civile », un peu en écho à la grève du FLN pendant la révolution.

Une désobéissance civile, rien que ça ! Evidemment, on ignore totalement les auteurs de ces appels, confortablement planqués dans l’anonymat qu’offre Facebook, Leurs objectifs, pour le moins inavouables.

Ces appels, comme on a pu le constater hier soir, ont déjà produit partiellement leurs effets, avec ces longues queues devant les stations de carburants.

Ce matin, l’appel à l’air d’être partiellement suivi à Alger, au niveau des transports publics qui sont perturbés. Beaucoup de monde en attente dans les arrêts.

Des lycéens, tout heureux de sécher les cours, sont sortis pour dire « non au cinquième mandat », drapeau à la main ou autour de la taille. Certains commerçants attentistes, n’ont pas ouverts le matin, mais la tendance en fin de matinée est à la reprise de l’activité.

Mais la tension est bien palpable, alors que sur l’autoroute Est-Ouest, des policiers et des gendarmes sont en jalonnement, comme dans un dispositif en attente d’un cortège officiel.  

« Nous sommes là en faction », nous dit un policier positionné pas loin de la pompe à essence d’Ain Naâdja. On parle aussi ici et là du retour aujourd’hui du président Bouteflika.  Ce qui justifie ce dispositif sécuritaire.

Si cette grève n’est que partiellement suivie, c’est un peu  grâce aux appels lancés hier soir toute la nuit sur les réseaux sociaux pour dissuader les citoyens de la suivre.  De ne pas servir de jouet à des apprentis manipulateurs qui ne cherchent qu’à faire le buzz.

Le devoir de discernement dans des situations pareilles doit être plus que jamais de mise   chez les citoyens algériens, qui ont assez de jugeote, pour ne pas être des moutons de Panurge, en répondant de façon pavlovienne à des appels dont la dangerosité ne fait pas le moindre doute.

Depuis le 22 février, les algériens n’ont cessé d’épater le monde entier par des marches pacifiques et civiques pour réclamer dans le calme et la joie la fin du régime, le départ de Bouteflika.

Ces marches pacifiques, qui sont autant d’épopées sont les bienvenues et doivent se poursuivre dans le même esprit pour faire fléchir le pouvoir et le pousser à renoncer à son calendrier électoral. Une présidentielle dans les conditions actuelles est juste surréaliste et irresponsable.

Autant les marches pacifiques  des vendredi  sont même nécessaires  pour entretenir et ancrer dans le temps le mouvement de protestation, autant la désobéissance civile  à laquelle ont appelé ces vaillants activistes virtuels est dangereuse, car c’est la mise en péril  même, voire la négation de ce formidable élan citoyen.

Les premières victimes collatérales de ces appels à la désobéissance civile sont les citoyens qui ne pourront plus voyager, s’approvisionner, se soigner, étudier…  

Mais au-delà de ces premières conséquences sur la vie quotidienne des algériens, une désobéissance civile vise à saper les fondements de l’Etat qui est la colonne vertébrale de la nation algérienne.

Les citoyens algériens doivent savoir faire la part des choses en distinguant entre l’Etat (qui nous appartient à tous, quand bien même il y a des institutions qui sont aux mains des indus occupants) et  le régime qui est un groupe d’hommes, à un instant « T » de l’histoire du pays qui défendent leurs intérêts économiques et politiques de caste.

Les algériens qui ont aujourd’hui 40 ans et plus doivent savoir exactement ce que désobéissance civile veut dire. Ils n’ont certainement pas oublié vers quel enfer nous ont conduit les appels du FIS à la révolte contre l’Etat. Dix ans de violence, 200.000 morts, des milliers de familles endeuillées, des milliards de pertes et un traumatisme collectif enfoui comme des déchets nucléaires  dans l’inconscient de la société.

« Celui qui ne retient pas les leçons de l’histoire est condamné à les revivre », dit le proverbe. A chacun de le faire sien et à bon entendeur !