Soufiane Djilali : « les participationnistes ont préféré la reddition à la négociation »

Soufiane Djilali : « les participationnistes ont préféré la reddition à la négociation »
Par Nabil Semyane | 17 Février 2017 | 10:52

Dans cet entretien avec Algérie1, Soufiane Djilali revient sur la conférence de presse de mercredi pour dire et surtout déplorer qu’elle marque bien la fin de l'instance de concertation et de suivi de l'opposition (ISCO), dès lors qu’il y a « rupture de confiance » avec les ex partenaires. Il reproche à ces derniers d’avoir privilégié dans leur démarche les intérêts partisans au détriment de la poursuite  du travail de l’opposition, dans l’esprit de la plate –forme de Mazarin.

Votre réunion, suivie de la déclaration mercredi  marque visiblement  le clap de la fin pour l’ISCO. C’est désormais l’opposition dans l’opposition ?

Oui ! Et ce n’est pas de gaieté de cœur que nous avons reconnu la fin de l’ISCO, du moins en tant que structure transpartisane. Depuis plusieurs mois, cette instance battait de l’aile. Alors qu’elle avait suscité l’espoir d’un contre-pouvoir pour peser sur l’évolution politique du pays, elle se mua peu à peu en un alibi pour ceux qui voulaient se replacer dans le giron du régime. Il est vrai qu’une certaine marge de manœuvre était consentie à chacun de ses membres, mais de là à ce que certains se repositionnent, au nom de l’ISCO, non seulement pour participer aux élections mais surtout pour justifier leur désir de retourner au gouvernement, c’était tout simplement inadmissible.

Disons-le clairement : il y a eu une rupture de confiance avec les ex-partenaires. Leur double jeu a été fatal pour le groupe. Chacun devra assumer devant les Algériens sa part de responsabilité dans cet échec. A Jil Jadid et avec les co-signataires du communiqué d’hier, nous avons estimé qu’il était de notre devoir de clarifier les choses. Nous l’avons fait en toute conscience.

Vous vous réclamez de la "fidélité à la plate-forme de Mazafran". Faut-il comprendre que ceux qui étaient absents à votre réunion ne le sont plus. Est-ce que vous entendez pour autant  les arguments des partis de l’ISCO qui participent aux élections ?

L’intitulé du communiqué se référait à la fidélité à Mazafran. C’était pour bien faire comprendre le fond du problème. En Juin 2014, alors qu’il y avait environ 500 participants à la conférence en présence de toute la classe politique, nous avions adopté un document qui faisait l’analyse de la situation du pays et proposait une voie de sortie de crise. Il y avait également des propositions très concrètes. D’un revers de main le pouvoir a repoussé l’offre de dialogue. Puis, prenant à contre pied l’opposition, il a imposé son agenda en durcissant les conditions de l’action politique. La logique aurait voulu que les membres de l’ISCO, mandatés pour la mise en œuvre de la plateforme, maintiennent leur position et fassent plus de pression. Imaginez un boycott général de toute l’opposition à toute élection dont les résultats ne seraient pas garantis par des règles du jeu claires et transparentes ? A n’en pas douter, le pouvoir aurait fait quelques concessions. Malheureusement, les participationnistes ont préféré la reddition à la négociation. Ils ont recherché les avantages partisans au lieu d’obliger le pouvoir à faire des avancées pour la démocratie.

Quant aux arguments des participationnistes, je les trouve très faibles et en contradiction avec les objectifs proclamés dans les discours. Ils relèvent de justificatifs défensifs et sont tous fragiles. Ils sont maintenant à la merci des quotas que distribuera le régime.  

A la lumière de votre initiative, les mots d’ordre portés par la CNLTD, comme « l’alternance pacifique   au pouvoir, « la transition démocratique » prennent un drôle de sens   et apparaissent comme de vaines incantations. Vous admettez que le pouvoir a fini par imposer son agenda. Quel en sera le prix pour l’opposition ?

Le pouvoir a imposé son agenda et cela au détriment des intérêts nationaux. Pourtant cela ne saurait durer indéfiniment. Ceux qui se sont rendus complices de ce jeu n’auront pas aidé le pays à refonder son système politique et à le mettre sur les rails de l’édification de l’Etat de droit. L’opposition va laisser une grande partie du peu de crédit qu’elle avait pu engranger ces dernières années. Les Algériens pensent que les hommes politiques sont fourbes et ne recherchent que leurs intérêts personnels. Ils ne leur font plus confiance. Renouer le fil du dialogue avec le peuple sera probablement l’étape la plus difficile à franchir. Gagner la confiance du peuple est pratiquement une gageure. Pourtant, aucune solution pour le pays ne sera viable s’il n’y a pas une véritable communication entre les gouvernants et les gouvernés. C’est cela notre grand défi !

Quelle  sera votre action dans les prochains jours, vous les douze signataires de la déclaration ?

Nous sommes conscients des enjeux. Nous nous consultons régulièrement. Nous allons bien sûr défendre crânement notre position par rapport à ces élections. Nous le ferons avec nos moyens du bord. Cependant, je peux vous dire dès maintenant que les Algériens s’abstiendront  lors de ces législatives. Ce n’est même pas à nous de faire l’effort de les pousser au boycott. La vérité est que c’est nous qui suivons le peuple dans son choix. Ce sont les participationnistes qui vont devoir cravacher dur pour essayer d’intéresser quelques citoyens pour aller voter. Permettez-moi de leur dire, avec un clin d’œil, « bonne chance » !

Quel avenir pour l’opposition après les législatives ?

Les législatives ne vont rien régler aux multiples problèmes du pays. Au contraire. La crise socio-économique ne peut que s’aggraver. Les fondamentaux sont là : crise de vacance du pouvoir et de légitimité, institutions fausses, fraudes électorales institutionnalisées, personnel politique qui est honni par le peuple (et non pas adoré comme se gargarise un certain cacique). L’Algérie est à un moment crucial. Tout peut maintenant arriver et vite. Nous assumons pleinement notre devoir envers notre pays. Nous ne le tromperons jamais. Nous saurons faire la part des choses entre le compromis et la compromission. Le pays est en attente d’un véritable renouveau. La fin d’un cycle, celui du régime actuel, appelle un nouveau cycle, de meilleure qualité et avec un potentiel plus important. J’ai beaucoup d’espoir pour l’avenir.

Voir toutes les actualités