Report de l’élection présidentielle : une petite musique qu’on entend ici et là

 Report de l’élection présidentielle : une petite musique qu’on entend ici et là
Par Amel Benabi | 04 Décembre 2018 | 23:34

Le report de l’élection présidentielle d’avril 2019, qui était une hypothèse tout à fait farfelue il y a quelques mois, parait désormais de plus en plus plausible. Elle serait même l’option la plus sérieuse et la plus «raisonnable» pour de nombreux acteurs politiques et des observateurs.

Le fait est qu’à quatre mois de sa tenue selon le calendrier constitutionnel, il n’y a aucun candidat déclaré mis à part les petits «sanafirs» qui participent à la fête, qui par égo qui pour soigner un CV et qui pour négocier une place au soleil après. Le nœud réside dans le flou qui entoure la candidature du président en exercice Abdelaziz Bouteflika.

Des partis et des personnalités avaient sonné les clairons depuis des mois pour un cinquième mandat. Mais le concerné n’a pipé mot. Ses apparitions épisodiques, visiblement souffrant, laissaient planer un sérieux doute sur sa volonté et surtout sa capacité à tenter l’aventure.

Les autres, tous les autres sérieux présidentiables, restent en embuscade. Ils attendent le signal avant de se jeter dans l’arène. Ils savent tous qu’une candidature de Bouteflika équivaudrait ipso facto au refoulement de leurs rêves d’êtres chacun de son côté l’heureux élu.

C’est ce qui explique ce vide sidéral qui s’est emparé d‘une scène politique atomisée où tout le monde braque son regard vers le palais présidentiel d’El Mouradia ou de la résidence d’Etat de Zeralda épiant l’échappée de la fumée blanche…

Et si le président Bouteflika finissait par renoncer à briguer un 5ème mandat ? C’est la question que tous les algériens se posent. Et sans doute beaucoup souhaitent qu’il prenne cette sage décision compte tenu de son état de santé qui impacte clairement le fonctionnement normal des institutions malgré les élucubrations de certains acteurs zélés et intéressés.

Rien n’est moins sûr cependant. Quand on rembobine tous les événements de ces derniers mois notamment le renvoi illégal du président de l’APN et son remplacement inconstitutionnel ainsi que le limogeage de Djamel Ould Abbès, on se dit que tout cela ne relève pas de la coquetterie politique.

Fumée blanche

D’une façon ou d’une autre ce remue-ménage est destiné à préparer le terrain à une occurrence politique qui paraissait bouchée.

Il pourrait s’agir d’un cinquième mandat contre vents et marées, d’une succession-maison négociée ou carrément d’un report de l’élection présidentielle le temps de (re) mettre de l’ordre dans le sérail.

Il semble que c’est cette dernière option qui serait la moins couteuse en ce sens qu’elle permet aux décideurs de ne pas prendre de risque dans le casting et de pouvoir s’accorder un peu de temps en reconduisant le statu quo.

Il s’agit maintenant de convaincre l’opposition et l’opinion publique de la nécessité de chambouler le calendrier électoral sans avouer qu’il y a crise politique. La tâche parait extrêmement difficile surtout que la date de l’élection présidentielle est fixée dans le marbre de la Constitution. Elle n’est pour autant pas insurmontable. L’épisode du dégagement de Said Bouhadja de son perchoir renseigne bien que rien n’est sacré y compris le Loi fondamentale quand c’est la survie du régime qui est en cause. Ironie du sort, la planche de salut vient même de l’opposition ! 

Makri l’allié inattendu

En effet, il y a quelques jours, le chef du MSP, Abderrazak Makri, a lancé un appel solennel au report de la présidentielle le temps d’aboutir à un «compromis politique» entre les pouvoir et l’opposition.

Mardi, c’est son ex «frère» du mouvement Hamas, Amar Ghoul, qui abonde curieusement dans le même sens, en proposant un report suivi d’une conférence nationale présidée par le chef de l’Etat.

C’est dire que l’idée fait son bonhomme de chemin et gagne des partisans même si les objectifs sont diamétralement opposés. Le parti FLN est lui-même impréparé à servir de béquille politique et de machine électorale en avril prochain alors même qu’il baigne dans l’illégalité et fonctionne avec des structures de fait.

De fil en aiguille, on pourrait penser que l’hypothèse du report de l’élection présidentielle satisferait tout le monde.

Sauf peut-être Ahmed Ouyahia, l’un des candidats fort à la succession, qui s’était empressé d’annoncer sur un ton tranchant que «l’élection présidentielle se tiendra dans son délai constitutionnel».

Sans doute sait-il qu’un report risque d’être fatal à son désir de «rencontrer son destin» dès le mois d’avril prochain. A fortiori avec le retour triomphant d’Abdelaziz Belkhadem qui est lui aussi dans les petits papiers des décideurs. En tout état de cause, il parait de moins en moins crédible que l’on puisse contraindre le président Bouteflika à subir l’épreuve fort fatigante de la prestation du serment alors même que son état de santé ne le lui permet pas.

Il va sans dire que l’irruption surprenante du vocable «istimrariya» (continuité) dans la sémantique politique des gens du pouvoir accrédite davantage l’idée d’un report de la présidentielle histoire de permettre au régime  de sortir de cette imbroglio politico-constitutionnel.

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