Proposition du roi du Maroc : derrière la main tendue, la «diversion»

Proposition du roi du Maroc : derrière la main tendue, la «diversion»
Par Hakim Megatli | 08 Novembre 2018 | 19:21

Comme il fallait bien s’y attendre, l’offre de paix entre l’Algérie et le Maroc formulée par le souverain Mohamed VI lors de son discours célébrant la «Marche verte» marquant l’occupation du Sahara occidental, Alger ne serait pas enthousiaste à l’idée de donner suite à une proposition qui a tout l’air d’être une «diversion».

Des sources proches du dossier confient à Algérie1 que les intentions du roi-au-delà du discours lénifiant, et le ton «faussement» conciliant- sont loin d’être bienveillantes. A vrai dire, expliquent nos sources, ce n’est qu’une énième «manœuvre politique et médiatique» du makhzen visant à désigner l’Algérie comme étant la partie bloquante de la normalisation entre les deux pays. Et par extension montrer à la communauté internationale la soit- disant «bonne volonté» du royaume.

Le fait est que cette offre de «réconciliation» a été accompagnée d’un battage médiatique-au Maroc et en France notamment- sans précédent, histoire de lui assurer le service après-vente.  

Même le porte-parole de l’ONU a été mis à contribution par ces milieux pour donner un caractère international à l’appel du roi. Mais vue d’Alger, la proposition du monarque parait bien indécente dans la mesure où elle intervient à moins d’un mois des négociations directes entre le Maroc et le front Polisario à Genève avec la participation de l’Algérie sous le statut de «pays voisin».

Du coup, le mécanisme politique dont parle Mohamed VI est frappé de suspicion. A Alger, on est convaincu que ce n’est ni plus ni moins qu’une «énième manœuvre» marocaine pour faire capoter le début des vraies négociations avec le Polisario conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité visant l’organisation d’un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui.

On en veut pour preuve que le Maroc a agi pareillement en 2007 et 2012, quand il était acculé au sein de l’ONU sur son occupation du territoire sahraoui. Aussi, quand le roi affirme que son mécanisme va examiner «toutes les questions bilatérales sans conditions ni exception», il fallait comprendre que son occupation du Sahara occidental ne faisait pas partie du package et donc non négociable.

En effet, voilà ce qu’il précisait dans son discours à ses sujets pour les rassurer : «(…) ces événements historiques ont été l’occasion, pour le peuple marocain entier et pour les tribus sahraouies en particulier, de manifester une unanimité sans précédent dans leur attachement à la marocanité du Sahara». Il est donc clair que le makhzen n’a pas cédé d’un iota sur son occupation du Sahara occidental et qu’il veuille juste arracher la bénédiction de l’Algérie via ce soudain accès d’empathie au voisin de l’est.

C’est dire à quel point l’enthousiasme du roi, de sa cour médiatique et de ses relais à l’international est inversement proportionnel au peu d’intérêt constaté à Alger. Nos sources soulignent que c’est précisément l’Algérie qui a souvent tenté d’amener le Maroc à de meilleurs sentiments en lui conseillant de découpler le dossier du Sahara aux mains de l’ONU, des relations bilatérales qui ne doivent pas pâtir des contrecoups de cette question.

Mais le royaume préfère faire dans «l’agitation» et la «manipulation» de l’opinion publique nationale et internationale pour désigner «insidieusement» l’Algérie comme étant le facteur bloquant d’un Maghreb uni. Sans doute que le ministère des Affaires Etrangères qui n’a pas réagi à l’offre «vicieuse» du Maroc, le fera très prochainement histoire de montrer que, parfois, à défaut de mordre une main «baladeuse» fut-elle celle  du roi, il ne faudrait pas s’empresser  de l’embrasser. 

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