Prestation du duo Bedoui-Lamamra : requiem pour un régime In articulo mortis

Prestation du duo Bedoui-Lamamra : requiem pour un régime In articulo mortis
Par Hakim Megatli | 14 Mars 2019 | 17:02

Conçu et organisé pour permettre au nouveau Premier ministre et son adjoint de convaincre du bien-fondé de la fameuse «Conférence nationale inclusive» promise par le président Bouteflika, le grand oral de ce jeudi a viré en un monumental ratage communicationnel.  

Le tandem Bedoui-Lamamra paraissait totalement désarticulé. Visiblement pas plus informé sur l’agenda de ceux qui les ont envoyés au charbon que les journalistes qu’ils avaient en face, ces deux membres d’un gouvernement inexistant étaient hors du coup. Hors du propos.

Si le clan présidentiel espérait faire grincer la machine populaire de demain vendredi, il ne se serait pas pris d’une aussi pire façon. L’exercice était visiblement mal préparé et très mal argumenté.

Nos deux «super ministres» ont exécuté une corvée dont ils se seraient passés volontiers.

Et pour cause ! Comment affronter les médias pour défendre une feuille de route politique dont eux-mêmes ignorent l’alpha et l’Omega ?  

Les deux heures passées face aux journalistes ont dû être un supplice pour Ramtane Lamamra et Noureddine Bedoui chargés pour la circonstance de «vendre» un produit politique déclaré impropre à la consommation populaire depuis près d’un mois.

Le nouveau Premier  ministre tenait un discours décousu, incohérent et parfois contradictoire. Il n’a répondu à aucune question des journalistes sur le timing des mesures annoncées dans la lettre du président, ni sur ceux qui seraient invités à cette grand-messe. 

Comment vendre un produit périmé ?

Bedoui n’a pas non plus été capable de concéder un mot sur le dépôt par procuration du dossier de candidature de Bouteflika alors même que le président lui-même avait révélé qu’il n’jamais été question pour lui de briguer un 5ème mandat.

L’air inquiet, et le ton un tantinet grave, le Premier ministre tentait à chaque fois d’esquiver des questions claires en servant à tout va des généralités et des bons sentiments sur la «Conférence nationale».

Qu’il s’agisse de sa composition, de son mode de fonctionnement et de sa durée dans le temps, Noureddine Bedoui ne semblait pas être dans les secrets des dieux.

C’est une conférence de presse sans relief ponctuée par une infinité de points de suspension…Les journalistes en sont sortis comme ils y étaient entrés au Centre international des Conférences.

Sans la moindre information nouvelle susceptible de soupçonner l’existence d’une stratégie du clan pour une sortie de crise en dehors de cette conférence nationale «fourre-tout».  

Le seul message que les deux représentants de Bouteflika voulaient faire passer c’était de tenter dans les temps morts de court-circuiter autant que faire se peut les manifestations de demain vendredi en leur opposant ce rendez-vous aux contours flous.

L’image est parlante…

Et c’est manifestement raté. En termes de sémiologie de l’image, la prestation du Premier ministre pourrait faire (mauvaise) école. L‘homme paraissait lui-même très gêné et pas du tout convaincu par son propre message, en témoigne ses traits serrés, et sa mine des mauvais jours.

L’image rappelle à bien des égards celle d’un certain général Omar Souleimane, l’éphémère vice-président d’Egypte entre le 29 janvier et le 11 février 2011, qui tentait l’air ailleurs, de sauver vainement le régime de Hosni Moubarak que le tribunal populaire de la place Tahrir avait condamné.  

Bedoui et Lamamra étaient ce jeudi presque dans cette posture d’un duo qui lançait sans trop de convictions une ultime opération de sauvetage d’un régime qui a perdu la boussole et potentiellement lâché par le peuple.

Ramtane Lamamra a beau lancer ses formules diplomatiques sur la «portée historique» du message du président ou encore des pirouettes comme celle de ne pas «concevoir le droit comme un obstacle», sa plaidoirie manquait terriblement de punch.

Difficile en effet de défendre l’indéfendable, de justifier la transgression de la constitution et de tresser des lauriers à une tentation de prolonger la vie à un pouvoir moralement inacceptable, biologiquement finissant et politiquement condamné.

Il ne reste plus que la lecture de son oraison funèbre demain vendredi par le peuple déterminé plus que jamais à accompagner le régime à sa dernière demeure pour que vive l’Algérie libre et heureuse. L’ambiance aujourd’hui ressemble en tout cas à celle d’une veillée.   

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