Orphelin d'Ait Ahmed : Le FFS en quête de chef pour sortir de la crise de la collégialité

 Orphelin d'Ait  Ahmed : Le FFS en quête de chef pour sortir de la crise de la collégialité
Par Amel Benabi | 12 Février 2018 | 17:29

La démission du député Ali Laskri et membre de l’instance présidentielle, aura confirmé ce que les militants, les sympathisants et les observateurs politiques craignaient : Que le Front des forces socialistes (FFS)  ne puisse pas survivre à son fondateur charismatique, feu Hocine Ait Ahmed.

Il faut bien admettre que les choses tournent mal pour le plus vieux parti de l’opposition plus que jamais orphelin de son zaim qui ramenait le parti au rivage quand des vents contraires le faisaient chavirer. En décidant de jeter l’éponge, Ali Laskri qu’Ait Ahmed appelait affreusement «Dda Ali», a discrédité un peu plus le fonctionnement opaque du parti et son positionnement sur l’échiquier politique.

Le FFS qui était jadis une école d’apprentissage de la militance politique et de la résistance, n’est plus qu’un appareil sujet aux intrigues de cour et aux coups bas. Régulièrement, des cadres de valeur sont sacrifiés sur l’autel des ambitions démesurées de certains arrivistes qui veulent faire main basse sur cet îlot de résistance politique à la normalisation ambiante.

Ali Laskri a été par deux fois Premier secrétaire du parti  et membre de l’instance présidentielle et à ce titre, sa démission s’apparente à un séisme organique. Il était d’usage qu’à chaque fois qu’un cadre du FFS décide de jeter l’éponge, on lui colle l’étiquète de vouloir arrimer le parti aux cercles du pouvoir. Si ce stratagème a fonctionné quelques temps, on ne peut plus tromper tous les militants et tout le temps.

La liquidation de Rachid Hallet il y a un peu plus d’une année de cette même instance, puis la démission de la députée Saïda Ichalamène, sont des signes d’une crise structurelle dans ce parti. La bombe couvait depuis des années dans ses instances et le décès de son illustre fondateur n’a fait que retarder son explosion sur la place publique.

Un mal pour un bien

C’est dire que ce pavé jeté par Laskri dans la mare est peut être un mal pour un bien. Le FFS qui est une école de formation politique a vocation à revenir à ce qui a été son alpha et son oméga. Un exemple de rectitude morale et d’engagement désintéressé pour les idéaux démocratique. Et non point une formidable machine à broyer des cadres qui ont mouillé leurs chemises.

Que voit-on quand on jette un regard froid sur les péripéties du FFS ces dix dernières années ? Un champ de ruines. Un cimetière où reposent des dizaines de cadres qui ont fait les beaux jours du parti d’Ait Ahmed dans des conditions politiques et sécuritaires exécrables. Où sont les Ahmed Djeddai, Mustapha Bouhadef, Rachid Hallet, Hemdani, Karim Tabbou, Said Khelil, Djamel Zenati, Dalila Taleb, Malek Sadali, Samir Bouakouir et bien d’autres ?  

Tout ce beau monde qui a maintenu en vie et donné de la voix à ce parti durant la décennie noire, est passée à la trappe. Les coups bas et autres machinations ont eu raison de leur volonté de revoir le fonctionnement d’un parti  qui a fini par épouser les standards archaïques en vogue en Algérie.

De parti qui compte, le FFS est devenu une formation quelconque qui n’inspire plus le même respect qu’avant, incapable de trouver des partenaires politique pour partager son projet de « consensus national ».

Aussitôt le capital sympathie d’Ait Ahmed épuisé, deux années après sa mort, le parti a sombré logiquement dans la léthargie avec des premiers secrétaires sans envergure et sans charisme, comme Mohamed Nebbou ou encore Mohamed Djilani.

Rassemblement

Aujourd’hui, la direction actuelle ou ce qui reste encore, est bien obligée de convoquer un congrès extraordinaire pour élire une nouvelle instance présidentielle conformément aux statuts du parti. Mais est-ce vraiment la solution aux maux sérieux du FFS ?

Le bon sens voudrait que l’équipe en place pense à sauver le parti en ouvrant la porte au retour de ses cadres qui l’ont quitté pour une raison ou une autre. C’est un congrès de rassemblement et de réconciliation qu’il faudrait organiser pour ressouder le parti et lui redonner une âme pour un nouveau départ.

Les Djeddai, Hallet, Bouhadef et autres Khelil Tabou doivent revenir. Tout le monde a sa place dans ce grand front dont l’ambition originelle est de constituer une véritable alternative démocratique. L’Algérie a tant besoin d’un grand parti crédible qui puisse rappeler à l’ordre le pouvoir en ces temps d’incertitudes.

Et ce parti ne peut être que le FFS qui pourrait servir de locomotive à une opposition constructive fondée sur l'engagement de lutter pour le triomphe de la liberté, de la démocratie et du respect des droits de l’homme. Le FFS est tenu désormais de donner du sens à son crédo «vérité et crédibilité». Il y va de sa survie politique. Le prochain congrès est un tournant décisif qu’il va falloir bien négocier.

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