Offre de réconciliation : faut-il faire confiance à notre «ami» le roi?

  Offre de réconciliation : faut-il faire confiance à notre «ami» le roi?
Par Amel Benabi | 07 Novembre 2018 | 16:49

Le roi du Maroc a étonné (agréablement pour certains et avec suspicion pour d’autres) les algériens par sa subite offre de paix pour régler les différends qui plombent depuis des dizaines d’années les relations entre les deux pays frères. Pour une surprise c’en est  une en ce sens que le souverain alaouite est connu et reconnu pour ses attaques récurrentes contre l’Algérie et ses responsables érigés mêmes en «ennemis de l’intégrité territoriale» de son royaume.

Et, fait curieux, le roi Mohamed VI, a lancé sa proposition de réconciliation intégrale avec l’Algérie dans son discours à la Nation à l’occasion du 43e anniversaire de «la Marche verte» ayant consacré l’occupation du Sahara occidental en 1975.

 Il y a forcément une charge symbolique dans le calage de cette annonce inédite. Il suggère ainsi à la partie algérienne la mise en place d’un «mécanisme politique conjoint de dialogue et de concertation» destiné à permettre de régler les différends bilatéraux et dont le format et le niveau de représentation sera discuté d’un commun accord.

On pourrait penser d’emblée que le choix de la commémoration de la «Marche Verte» pour une telle invitation au dialogue, ne serait pas au-dessus de tout soupçon politicien. Ce pourrait être une réitération que tout est négociable avec l’Algérie sauf précisément la «marocanité» du Sahara occidental érigée en dogme constitutionnel au royaume.

Mais dans le même temps, le roi précise bien dans son discours aux algériens que ce futur mécanisme va examiner «toutes les questions bilatérales sans conditions ni exception». « (...) Ce mécanisme pourra constituer le cadre pratique d’une coopération, centrée sur les différentes questions bilatérales, notamment celle qui a trait à la valorisation des opportunités et des potentielsde développement que recèle la région».

Quid du Sahara? 

Faut-il comprendre que même le statut du Sahara sera mis sur la table ? Sans doute que le roi y fait allusion. Mais le diable se cache dans les détails. Mohamed VI souligne bien que son mécanisme va examiner toutes les «questions bilatérales», et qu’à ce titre, il faudrait comprendre que le dossier du Sahara en est un à ses yeux, conformément à sa ligne de conduite qui consiste à soutenir que l’Algérie est partie prenante du conflit et non pas un pays voisin. C’est à ce niveau que cette offre de paix comporte du plomb dans l’aile.

Cette proposition du roi qui parait bien décente dans sa forme, ne le serait pas tout à fait dans le fond. A un mois des négociations directes entre le Maroc et le front Polisario à Genève, M6 ne perd pas espoir de pouvoir requalifier le statut de l’Algérie dans ce conflit par le simple fait que l’ONU l’ait invité à participer aux négociations bilatérales en qualité de pays voisin. Il  est fort probable que tout ce bel emballage du discours du roi cache une volonté de manœuvrer pour forcer la main à l’Algérie après avoir échoué à la faire valider via l’ONU comme partie prenante du conflit avec le Polisario.

De fait, toutes ces belles intentions contenues dans ce «manifeste», pour la fraternité que le roi a souvent couplé avec la question sahraouie, risquent d’être plombées par cette tentation insidieuse de «bilatéraliser» le conflit. Le roi plaide certes pour la «franchise», «l’objectivité», la «sérénité», la «bonne foi» et promet aussi que les discussions seront «sans exception» au sein du mécanisme politique à mettre en place.

Le diable se cache…

Mais il ne précise pas si la question Sahraouie, qui est entre les mains des Nations Unis, serait à l’ordre du jour.  Mohamed VI connait en effet la position ferme et sans réserve de l’Algérie sur la question. A moins qu’il ne veuille juste obtenir dans un premier temps la réouverture des frontières que plusieurs acteurs politiques en Algérie même soutiennent publiquement.

Cette perspective pourrait advenir si le roi accepte de la dissocier du dossier sahraoui qui va connaitre son règlement dans le cadre des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. Dans le cas contraire, il est peu probable que l’Algérie accepte une proposition politiquement «indécente» en ce sens qu’elle impliquerait son renoncement à ce qui constitue l’Alpha et l’Omega de sa doctrine diplomatique depuis son indépendance.

Il y a lieu de s’interroger, en tout état de cause, si  cette invitation au ton positif d’un roi ombrageux, est véritablement destinée à casser   les barrières physiques et psychologiques entre deux peuples frères qui baignent dans une ambiance de ni guerre ni paix, ou une énième manière du Makhzen.  

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