Mouloud Hamrouche : le Hirak attend de l’Armée, des partis et des lites des perspectives prometteuses

 Mouloud Hamrouche : le Hirak attend de l’Armée, des partis et des lites  des perspectives prometteuses
Par Nabil Semyane | 15 Avril 2019 | 11:41

Mouloud Hamrouche a fini par sortir à nouveau de son mutisme pour donner son point de vue sur le Mouvement populaire qui agite l’Algérie depuis huit semaines, réclamant le départ du système dans une  longue tribune parue lundi dans les quotidiens El Watan et El Khabar.

L’ancien Prmier ministre commence par noter que « La marche du 22 février a brisé le mur de la peur et mis un terme à la résignation. Elle a été suivie par d’autres vendredis avec la participation de toutes les catégories sociales, syndicales, partisanes, associatives, corporatistes et sociétés civiles. C’est salutaire. »

Après cette appréciation liminaire, l’auteur se livre à un réquisitoire au vitriol contre le système qui a produit cette « révolté pacifique et austère » en égrenant ses travers. «  Des décennies de blocages, de manque flagrant de progrès politique et social et de refus d’accès au statut de citoyen par une gouvernance des plus absurdes et des plus figées. Une gouvernance qui a fabriqué et installé des réseaux d’obédience et d’allégeance qui disputent aux Algériens leur sécurité, leurs droits et leurs libertés au quotidien et empêche l’édification de l’Etat national de droit. 

Des gouvernants successifs se sont contentés de se maintenir au sommet de la pyramide et exercer des pouvoirs faits de brutalités, de violations des lois et des droits, et la transgression des règles élémentaires de l’éthique. Ils ont laissé s’ériger la prébende, le passe-droit et la répression comme seuls instruments de gestion du pays et de contrôle de la société dans toutes leurs dimensions et leurs composantes.

L’absence de capacités en leadership et en gouvernance politique ne relève pas d’une simple idéologie mais de faiblesses sociales et organisationnelles. Ces faiblesses sont dues à une mécanique sociologique ahurie qui refuse la constitution de toute force politique et sociale, empêche toute propension à l’adhésion et à l’engagement, et prive la société entière de toute capacité organique, organisationnelle et institutionnelle. »

Parlant de l’aboutissement de ce mouvement ; l’ancien premier ministre souligne qu’ « Une mobilisation populaire, quelles que soient sa dimension et sa profondeur, ne donnera pas facilement de prolongements humains, politiques et institutionnels, même à travers des instances transitoires ou des conférences nationales. Cela reste de la responsabilité et du devoir de l’armée et de toutes les élites nationales ! »

Et à propos de ces élites, il note encore : « Aujourd’hui, comme hier, nos élites gouvernantes n’ont pas encore été en mesure de maîtriser et de faire aboutir un processus d’édification de l’Etat national ni ont été capables d’imaginer et de mettre en place des instruments et mécanismes légaux d’une gouvernance résiliente et légitime. Ces échecs sont à l’origine de beaucoup de nos revers, gâchis, retards et impasses. Ils constituent, à eux seuls, de redoutables menaces sur nos minces et précieux acquis de liberté et de souveraineté arrachés au prix du sang d’innombrables martyrs et d’immenses sacrifices. »

« C’est pourquoi les contributions et suggestions avancées et proposées par nos politiques, penseurs, experts et exégètes sont dignes d’intérêt mais restent sans effet. Elles calent toutes, par-delà les avantages et les limites intrinsèques de chacune, par l’absence cruelle de cette puissante mécanique qui gouvernerait l’élaboration d’une solution, sa mise en œuvre et le contrôle de son exécution jusqu’à son aboutissement final. Elles calent aussi par l’absence de détermination au préalable d’un schéma final. C’est le schéma final qui indique le modèle, détermine les processus et définit les champs et les temps.’, ajoute t-il

Parlant de la situation provoquée après le départ du président Bouteflika, l’auteur   reste prudent pour ne pas dire sceptique en estimant qu’ «  il serait exagéré de croire que la démission de Bouteflika, la désignation du chef de l’Etat intérimaire, l’organisation d’une présidentielle vont colmater toutes les failles, faire disparaître tous les griefs, soigner tous les stigmates et concrétiser toutes les espérances. Cela risque de nous faire perdre de vue des leçons précieuses de l’histoire de notre jeune gouvernance à l’algérienne qui nous a conduit là où nous sommes aujourd’hui et nous faire oublier de ruineux gaspillages, en temps, en ressources humaines et financières. »

 Concernant l’institution militaire, celui qu’on considère comme le père des Réformes de 1991, juge que « le commandement en rejoignant le peuple dans ses revendications légitimes a su sauvegarder le statut national de l’armée. Il lui reste à contribuer au parachèvement de l’édification de l’Etat national par la mise en place d’une Constitution et d’institutions de vrais pouvoirs d’autorisations, de régulations, d’habilitations et de contrôles. Cela mettra l’armée définitivement à l’abri des conflits politiques partisans, permettra de servir de base politique au gouvernement ou d’être un outil entre les mains d’un omnipotent. »

« Il serait fâcheux de croire que l’édification de l’Etat ne servira qu’à abriter l’armée nationale et la préserver de toute turpitude. Cette édification servira aussi à ancrer la démocratie et la faire fonctionner, ouvrir le gouvernement à la compétition et à l’alternance sans remise en cause des fondements de l’Etat et du rôle de l’armée, ni perturber le système de défense et de sécurité nationales, ni remettre en cause ou négliger nos devoirs et engagements internationaux. », ajoute t-il 

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