Mesures prises par le gouvernement : entre logique économique et intentions électoralistes

 Mesures prises par le gouvernement : entre logique économique et intentions électoralistes
Par Hakim Megatli | 12 Septembre 2019 | 15:35

Le gouvernement vient de prendre des décisions économiques et sociales inattendues et qui étaient frappées du sceau de l’interdit depuis des années.

L’autorisation de l’importation pour les particuliers des véhicules de moins de trois ans, la revalorisation de 150% de la pension pour handicapés qui est passée de 4000 à 10.000 DA mensuelles, mais surtout la suppression de la sacro-sainte règle des 51-49 relative à l’investissement étranger.

A première vue, ce sont là autant de mesures positives de nature à renflouer les caisses de l’Etat.  

Mais elles ne manquent pas de relent populiste et ne sont pas indemnes d’arrière-pensées politiques.

Il est vrai, et tous les experts l’ont souligné, que la règle 51-49 a constitué depuis 2009, date de son institution par le gouvernement Ouyahia, un goulot d’étranglement à l’investissement étranger en Algérie.

En obligeant les investisseurs potentiels étrangers à s’associer avec des partenaires locaux, le gouvernement aura fermé à double tour le lancement des projets qui auraient pu booster l’économie et créer de l’emploi.

Enfermés dans son dogmatisme à toute épreuve au nom d’une «souveraineté économique» douteuse, l’ancien régime a fait perdre au pays l’occasion d’éviter de «bouffer» son bas de laine. La suppression de cette mesure que les experts qualifient d’«anti économique» est donc une bonne chose même si elle arrive en retard.    

Mais autres temps, autres mœurs, les nouveaux décideurs veulent désormais charmer les partenaires du pays. Et faisant sauter le verrou de la règle 51-49, ils vont sûrement contenter de nombreux pays qui comptent diplomatiquement à l’image de la France, l'Espagne, l'Italie et les Etats Unis.

Vue sous cet angle, cette mesure pourrait être une monnaie d’échange contre un soutien à la feuille de route politique du pouvoir qui s’apprête à organiser une élection présidentielle mal embarquée. Il y a donc un peu de logique politique dans la suppression de cette grosse contrainte à l’investissement mais sûrement aussi un calcul politique.

Cela étant, dans ce contexte de crise financière, le gouvernement Bedoui vient de briser un tabou en actant le retour à l’endettement étranger décrété hérésie il n'y a pas si longtemps

Le constat vaut aussi pour l’autorisation de l’importation des véhicules de moins de trois ans, sauf que les yeux doux cette fois sont orientés vers le peuple qui attend cette mesure depuis plus d’une décade.

Economiquement, il n’est pas sûr que ce soit une bonne décision. Les devises étrangères notamment l’Euro et le dollar vont flamber sur le marché parallèle face au dinar. La situation des concessionnaires automobiles installées en Algérie ira également de mal en pis.   

Il est vrai en revanche que l’Etat va s’offrir un gisement inépuisable de taxes et d’impôts pour soulager sa trésorerie.

Quant à la majoration de 150 % de la solde mensuelle des handicapés, son aspect populiste et électoraliste n’est pas à démontrer même si les misérables 4000 dinars servies jusque-là étaient une humiliation pour cette catégorie sociale.   

Voir toutes les actualités