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Les véritables raisons du renvoi de Belkhadem

14-09-2014 17:25  Khidr Ali

Info Algérie1 : Le spectaculaire limogeage de Abdelaziz Belkhadem, ministre d’État et conseiller spécial du président de la république Abdelaziz Bouteflika a fait couler beaucoup d'encre, non pas par le licenciement dont il a été l'objet, mais par la façon assassine de sa décapitation publique qui a donné lieu à beaucoup de spéculations quant aux raisons de ce brutal débarquement .

Des sources autorisées ont confié à Algérie1, au cours d'un entretien à bâtons rompus, que le renvoi du désormais ex conseiller avait pour origine, entre autres, un rapport qui a fait mauvaise impression.

"Lundi soir, le 25 aout, le président était mis au courant de la présence du ministre conseiller spécial à une réunion de l'opposition (photo), au cours de laquelle, il siégeait en compagnie de Ali Benflis, Ahmed Benbitour, Sid Ahmed Ghozali...sans l'accord du président. Celui-ci a estimé que le conseiller avait outrepassé ses prérogatives en s'arrogeant des libertés qui pouvaient laisser les observateurs imaginer une implication quelconque du président dans cette initiative qui a été considérée, à juste titre comme une trahison".

Mais est-ce la seule raison du limogeage ?

"Non c'était la goutte qui avait débordé d'un vase bien rempli par les manigances et les trahisons de Belkhadem qui ne s'est pas imposé un droit de réserve inhérent à son rang. Depuis sa nomination au poste de conseiller, il n'a pas cessé de courir de plateau télé en plateau radio et d'investir toutes les rédactions, tel un grand bavard, allant jusqu'à révéler sur la place publique des faits confidentiels, comme la réunion qui a regroupé le président Bouteflika, le Directeur de cabinet Ouyahia, le chef du DRS le général Toufik, le Premier ministre Sellal et le conseiller spécial Belkhadem, laquelle réunion aurait selon ce dernier, entre autres points, inscrit à l'ordre du jour la session du Comité central et la nomination d'un nouveau SG du FLN".

"Belkhadem a commis un faux. Il n' a jamais été question au cours de cette réunion du parti FLN et encore moins de l’élection d'un nouveau SG".

Y a t-il d'autres raisons ?

"Ses deux absences non justifiées à ces réunions restreintes ont fortement déplu ainsi que son attitude lors de la dernière session du Comité central qui a laissé une mauvaise impression. Ses algarades à l'hôtel Aurassi n'ont pas été dignes du rang qu'il occupait. Le cinéma qu'il a joué et ses déclarations intempestives à la presse, ameutant les journalistes autour de sa personne, invectivant, hurlant, déversant son amertume et ses déceptions n'ont pas été appréciées".

Belkhadem voulait revenir à tout prix sur le trône du FLN...

"Oui c'est devenu une obsession, une idée fixe qui lui a fait perdre toute notion de la réalité, le personnage n'avait d'yeux que pour le poste de SG qu'il avait perdu, du reste, en soumettant aux voix la confiance alors que rien ne l'y obligeait. En vérité il a été piégé par un personnage puissant qui l'a poussé à aller vers l'urne. C'est là que le piège s'est refermé sur lui".

Ce personnage puissant c'est le général Toufik ?

"Affirmatif".

Comment expliquer le retour de Belkhadem comme conseiller ?

"Le président ne voulait pas que soit réédité le malheureux épisode de la candidature de Ali Benflis en 2004. Il ne voulait donc pas que sa candidature soit parasitée par Belkhadem ou par Ouyahia; c'est pour cette raison qu'ils ont été menottés par leurs nominations à la présidence. Pour la petite histoire, la première proposition qui a été faite à Ouyahia c'était uniquement un poste de ministre d’État qu'il a prestement refusée arguant qu'il était Premier ministre et le dégringoler ne serait pas digne pour lui; Le même puissant personnage est intervenu auprès du président et c'est ainsi qu'il lui a été offert le poste de Directeur de cabinet à la place du malheureux Moulay Kandil, qui a été débarqué pour laisser la place et qui a été consolé avec un poste d'ambassadeur".

Y a t'il d'autres explications au renvoi de Belkhadem ?

"Belkhadem a trahi comme avant lui Ali Benflis. Lorsque Bouteflika a eu la volonté de se présenter à la présidentielle pour son premier mandat en 1999 et que dans son programme il avait en vue d'initier la réconciliation nationale, on lui a parlé de Ali Benflis qui était avocat à Batna et on lui a narré son arrivée en tant que ministre de la justice du temps de feu Chadli Bendjedid. En novembre 1988, ce dernier voulant impliquer, dans la vie politique, les droits-de-l'hommistes, en avait convoqué quelques membres influents qui ont tous refusé le poste de ministre de la justice, dans le gouvernement Kasdi Merbah, sauf Ali Benflis qui a sauté pieds joints sur l'occasion.

On a dit aussi à Bouteflika, on est toujours en 99, que Benflis a ensuite démissionné en 1991 pour protester contre l'ouverture de camps de sûreté dans le sud du pays pour les militants fisistes qui menaçaient la sécurité nationale. Donc pour Bouteflika, Benflis pouvait constituer un élément crédible dans le cadre de la politique de réconciliation nationale.

Même scénario pour Belkhadem, qui en sus du look du parfait islamiste qu'il arborait, était très proche des idées défendues par les partis islamistes de l'époque et, qui plus est, avait servi d'intermédiaire entre les islamistes du FIS et la présidence et les services de renseignements.

Il est donc arrivé lui aussi dans les bagages du président en faire-valoir, malgré l'opposition de l'armée à son égard, une opposition qui ne sait jamais démentie jusqu'à l'heure actuelle. Demandez au général de corps d'armée Gaid Salah ou à n'importe quel chef de région militaire ou même à n'importe quel officier supérieur son avis sur Belkhadem et vous aurez une réponse aussi cinglante que foudroyante sur le personnage.

La trahison de Benflis est connue de tout le monde mais à la décharge de ce personnage très influençable, il y a lieu de souligner que ce sont les généraux Khaled Nezar et Mohamed Lamari qui l'ont poussé à trahir et comme l’être humain est de nature avide, cupide et insatiable il accepta malgré les mises en garde de ses amis politiques.

La trahison de Belkhadem a, quant à elle, commencé depuis son éjection du parti, qui d'ailleurs a été encore une fois le fait du même puissant personnage qui le poussa à aller vers le vote de confiance alors que personne ne l'y obligeait. La même opération de déstabilisation a poussé Ouyahia à démissionner du RND et Boudjerra Soltani à passer le témoin au sein du MSP. Les buts de guerre de cette opération consistaient à éloigner ces personnages des appareils politiques qui pourraient leur servir de rampe de lancement pour des ambitions personnelles.

Belkhadem, malgré sa nomination à la présidence a commencé à faire cavalier seul. Il s'approcha des partis islamistes et a commencé à fricoter avec l'opposition.

Il leur donna des gages de sa bonne volonté en affirmant que le président n'aurait jamais dû se présenter à un quatrième mandat, qu'il n'était plus capable d'assumer ses fonctions, que c'est son frère Said qui dirige le pays et que c'est impensable qu'il puisse se présenter à un quatrième mandat sans faire le moindre discours à la nation. Il donna aussi son accord pour que son nom figure dans un document interne de l'opposition. Pis encore, lors de son dernier voyage en Arabie Saoudite pour le petit pèlerinage (Omra), il répètera à ses interlocuteurs saoudiens ce qu'il avait déjà affirmé aux partis d'opposition sur le quatrième mandat et l'incapacité du président à assumer ses fonctions.

Manque de pot pour lui, un rapport saoudien était déjà sur le bureau du président bien avant qu'il ne termine à la Mecque ce pourquoi il était parti. Cette  trahison commise à l'extérieur du pays a d'ailleurs incité le président à ne pas recourir à ses services pour le représenter à l'étranger alors que c'était la personne idoine pour ce genre de travail".

Passera t-il devant une commission de discipline du FLN ?

"C'est très peu probable bien que son exclusion des rangs du FLN soit possible légalement pour avoir trahi le président d'honneur du parti qui est Abdelaziz Bouteflika. Par contre ce qui est acquis c'est qu'il ne sera pas proposé par la commission de candidature pour se présenter de nouveau en tant que membre du Comité central lors du prochain Congrès du parti".

Belkhadem a parlé de divergences profondes avec le président...

"Belkhadem cache le soleil avec un tamis. Il n'y a aucune divergence, il ne peut pas y avoir de divergences, le président décide, lui il applique. On n'est pas sur la même longueur d'ondes ni sur le même registre. Autrement dit, il n'est pas l'égal du président. L'un tire sa légitimité du suffrage universel et l'autre du président.

C'est plutôt son ambition démesurée, son désir obsessionnel de reprendre les rênes du FLN, pour en faire un marche pied en vue d'une hypothétique présidentielle anticipée, ses critiques contre le président ici et ailleurs, ses accointances suspectes avec l'opposition qui ont causé sa perte".



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