Les manifestants algériens répondent au président Macron : "Occupez-vous des Gilets jaunes!"

Les manifestants algériens répondent au président Macron :  "Occupez-vous des Gilets jaunes!"
Par Hakim Megatli | 15 Mars 2019 | 20:14

Des millions d’algériens ont marché dans la joie et la détermination en ce vendredi 15 mars dans les quatre coins dupays pour dire à l’unisson à Bouteflika et son clan qu’ils ne veulent plus d’eux au-delà du 28 avril.

Ces foules jamais vues auparavant depuis l’indépendance de l’Algérie ont scandé haut et fort leurs slogans bien connus contre le système qu’ils ont invité à déguerpir, mais ils ont aussi en adapté d’autres(slogans) au nouveau contexte politique.

Le 5ème mandat étant passé à la trappe, les millions de manifestants ont rugi aujourd’hui contre la décision du président Bouteflika de prolonger son 4ème mandat par une pirouette politique en se proposant de piloter sa «Conférence nationale inclusive».

Les partis de l’opposition et quasiment toutes les catégories professionnelles ont exprimé durant la semaine leur refus de voir Bouteflika rester au pouvoir au-delà du 28 avril, date d’expiration légal de son mandat.

Et aujourd’hui tout ce beau monde s’est donné rendez-vous dans les 48 wilayas du pays pour dire comme un seul homme : «Non au tamdid (prolongation).

Mais Bouteflika et son clan n’étaient pas les seuls cibles des millions d’algériens. Le président français Emmanuel Macron en a lui aussi pris pour son incursion inopportune dans les affaires algériennes.

Que ce soit sur de petites affiches, sur des banderoles voire écris sur des maillots, le message des manifestants au chef de l’Elysée n’est pas passé inaperçu.

A Didouche Mourad, à la Place Audin, à la place du 1er mai, dans l’esplanade de la Grande de Poste, les messages décapants contre le président français sont omniprésents.

«Macron, occupe-toi de tes gilets jaunes, ça te suffit !», « Macron t’es libre de choisir une vieille femme, mais laisse nous choisir un jeune président !», «Macron dégage», «France, Game over !», «Macron dégage !», «Serviteurs de la France, c’est terminé !». sont autant de slogans écris mais sans doute aussi éructés par des nombreux manifestant outrés par le soutien du président français à la feuille de route de Bouteflika.

Tout le monde est convaincu que la France tient à sauver le «soldat Bouteflika» pour continuer, pensent –ils, à siphonner ce qui reste des réserves de change.

Audin se soulève contre la France

Précisément, il y a un slogan qui résume assez bien les soupçons populaires s’agissant de la relation entre le régime de Bouteflika et l’establishment français.   

« Allo, Macron, – Oui, qui est avec moi ?, – c’est le peuple algérien, écoute, prépare le bois, cette année, il n’y aura pas de gaz… ».

Ce slogan décline un message subliminal  largement relayé par les réseaux sociaux selon lequel, la France de Macron aurait assuré le régime algérien de son soutien à toute épreuve face à la poussée populaire "'en contrepartie d’une livraison gratuite du gaz".

Vrai ou faux ? Cela importe peu. En revanche, la France a sans aucun doute perdu un peu plus de crédit aux yeux du peuple algérien qui marche pour sa liberté.

Beaucoup de manifestants ont commenté les propos particulièrement élogieux de l’ex Premier ministre Dominique de Villepin sur FFM TV à l’égard de Lakhdar Brahimi pressenti à la tête de la fameuse Conférence nationale inclusive de Bouteflika.

Sachant que De Villepin est l’un des «spin doctor» du président Macron, les marcheurs concluent que la France roule à visage découvert pour le système Bouteflika qu’ils veulent «dégager».

L’idée est largement répandue parmi les manifestants que l’ancienne puissance coloniale est aujourd’hui «l’allié objectif» du pouvoir.

Ils en veulent pour preuve la couverture «à sens unique» des médias lourds de l’Hexagone des manifs en Algérie qui parlent de «dizaines de milliers» quand les manifestants se «comptent par millions».  

Certains jeune, scandalisés par l’alignement de Paris au côté de Bouteflika, envisagent  même l’idée d’organiser des marches d’algériens vers… l’Elysée.

Et à voir l’inépuisable générosité dans l’effort et l’incroyable sens de la créativité de cette jeunesse, cet idée est loin de relever de l’impossible. Ce vendredi, le président Marcon a été vertement averti.     

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