Le mausolée du prophète Mohamed en passe d'être détruit

Le mausolée du prophète Mohamed en passe d'être détruit
Par Khidr Ali | 03 Septembre 2014 | 10:42

La tombe du prophète Mohammad (que la paix et le salut soient sur lui) risque d’être déplacée de la mosquée sainte de Médine vers un cimetière et son corps placé dans une tombe anonyme pour éviter tout recueillement.

C'est le nouveau plan d’aménagement pour la mosquée sainte de Médine qui est à l'étude et qui propose de déplacer le tombeau du prophète Mohammad, le deuxième lieu saint de l’islam, visité chaque année par des millions de musulmans du monde entier, durant la saison du pèlerinage et les périodes de Omra.

C’est le journal britannique The Independant qui rapporte l’information lundi 1er septembre. Selon ce dernier, un nouveau plan d’aménagement vient d’être diffusé après des « superviseurs » de la mosquée de Médine. Le document en question, composé de 61 pages, propose, en effet, de placer la tombe du prophète Mohammad (PBSL) dans le cimetière appelé « al-Baqi» situé à proximité. Il propose également de l’enterrer dans un tombeau plutôt anonyme.

Le document recommande aussi de retirer le Dôme vert, qui surplombe la tombe et les chambres qui l'entourent et qui étaient autrefois utilisées par ses femmes et ses filles, et pourraient elles aussi être entièrement détruites. Ces pièces attenantes sont particulièrement appréciées par les chiites en raison de leur lien particulier avec Fatima, la plus jeune des filles de Muhammad et épouse du calife Ali ibn abi Taleb.

Les autorités religieuses wahabites craignent que le tombeau du prophète ne devienne un lieu d’idolâtrie, une pratique considérée illicite selon la vision wahabite, alors que pour toutes les écoles islamiques, la visite de ce tombeau est très appréciée, basée sur une citation prophétique qui fait l'unanimité.

Le document de consultation, élaboré par l’universitaire Dr Ali ben Abdelaziz al Shabal de l’Université islamique Imam Muhammad ibn Saoud à Riyad, a été distribué à la commission de la présidence des deux mosquées saintes du pays (Committee of the Presidency of the Two Mosques).

Contactée de son côté par The Independant, l’ambassade saoudienne en Grande-Bretagne, était injoignable. Dans un ancien communiqué, celle-ci avait toutefois déclaré que « le développement de la sainte mosquée de La Mecque est un sujet extrêmement important que le Royaume d'Arabie Saoudite, en sa qualité de gardien des deux mosquées saintes, prend avec le plus grand sérieux. Ce rôle est au cœur des principes sur lesquels est fondée l'Arabie saoudite ».

Selon l'auteur de l'article Andrew Johnson , aucune indication ne prouve que les autorités saoudiennes ont pris une telle décision. Pour l’instant, rien n’indique dans le document que les propositions qui y figurent ont été validées.

Rien n'est dit aussi sur les tombes des califes Abu Bakr Essidik et Omar Ibn Khattab, enterrés près du Prophète, mais leurs corps seraient de facto déplacés avec celui du prophète Mohamad si le projet est approuvé.

Plusieurs membres de la famille de Muhammad reposent déjà dans ce cimetière. En 1924 déjà, toutes les inscriptions des tombes ont été enlevées, pour que les pèlerins ne sachent pas où ils sont enterrés, et qu’ils ne prient pas sur leurs tombes. Le père du Prophète y a été déplacé dans les années 1970.

Premières destructions

Pour rappel, les plus importantes destructions de sites ont commencé en 1806 lorsque l'armée wahhabite a occupé Médine. Les armées wahhabites ont rasé le Baqi', le cimetière qui contenait les restes des figures centrales de l'Islam des débuts. Les mosquées ont également été visées et la tombe du prophète Mahomet faillit être démolie.

Mais, à la suite des protestations des musulmans non-wahhabites dans le monde, l'Empire Ottoman envoie une armée, et en 1818 Mohammed Ali Pacha reprend le Hedjaz aux Al Saoud, et ces monuments sont reconstruits.

Durant la Révolte arabe à la fin de la Première Guerre mondiale, les Hachémites, soutenus par l'empire britannique, s'emparent du Hedjaz. Le 21 avril 1925, les compagnons d'Abdelaziz Ibn Saoud, ou Ikhwan le reprennent, et détruisent les lieux et les monuments en rapport avec des saints ou des imams, comme ce fut le cas à La Mecque avec la démolition des tombes de la famille du prophète Mohamed. Alors que certains mausolées détruits à Médine comprenaient ceux des premiers chefs chiites, ceux-ci commémorent annuellement cette destruction.

En 1994 le mufti Abdelaziz ben Baz, plus haute autorité religieuse du régime wahhabite, lance une fatwa stipulant qu'« il n'est pas permis de glorifier les bâtiments et les sites historiques. De telles actions mènent au polythéisme. » Entre 500 et 600 mausolées et d'autres structures de l'Islam des origines ont été démolis. Il a été estimé que 95 % des bâtiments âgés de plus de 1000 ans ont été rasés durant les 20 dernières années. Toutefois les populations du Hedjaz semblent être moins convaincues de cette politique que ceux du Nejd, des voix se sont élevées pour protester contre la destruction de ces sites religieux, en particulier avec les futurs développements des mosquées de Médine et de La Mecque.

Sites détruits

Les destructions de sites historiques et archéologiques se comptent désormais par centaines, principalement en Arabie saoudite (régime wahhabite) avec une extension dans le monde musulman :

Arabie Saoudite

Mosquées

La mosquée de la tombe de Hamza ibn `Abd al-Muttalib, l'oncle du Prophète

La mosquée de Fatima Zahra, la fille du Prophète

La mosquée d'al-Manaratain

La mosquée et la tombe de Ali al-Ouraydhi ibn Ja`far as-Sadiq, détruite le 13 août 2002.

Quatre Mosquées de la Bataille du fossé à Médine

La mosquée d'Abou Rashid.

La mosquée Salman al-Farsi, à Médine.

La mosquée Raj'at ash-Shams, à Médine.

Cimetières et tombeaux

Jannat al-Baqi à Médine qui aurait été entièrement rasé

Jannat al Mu'alla, l'ancien cimetière de La Mecque.

Tombeau de Hamida al-Barbariyya, la mère de l'Imam Musa al-Kazim

Tombeau d'Amina bint Wahb, la mère du prophète Mohamed qui fut détruit et brûlé en 1998

Tombeau des Banu Hashim à La Mecque

Tombeaux de Hamza et d'autres martyrs de la bataille d'Uhud.

Tombeau d'Eve à Djeddah, scellée avec du béton en 1975.

La tombe de `Abdullah ibn `Abd al-Muttalib, le père de Mouhammad à Médine24

Sites religieux historiques

La maison de Mohamed où il serait né en 570. Au départ devenue un marché d'animaux. Un bâtiment a ensuite été construit par dessus au début du XXIe siècle à la suite d'un compromis.

La maison de Khadija, première femme du prophète Mohamed. Les musulmans pensent qu'il aurait reçu la plupart de ses premières révélations en ce lieu. Après sa redécouverte pendant les travaux d'extension de la Mecque en 1989, elle fut recouverte par des toilettes publiques.

La maison du prophète Mohamed à Médine où il vécut après son départ de la Mecque.

La première école islamique (Dar al-Arqam) où Mohamed nseigna sa religion. Elle est maintenant sous l'extension de la Mecque.

Démolition en projet

Concernant la Sainte Mosquée de Médine où sont enterrés le prophète Mohamed, Abou Bakr Essedik et Omar ibn al-Khattâb. Le ministère saoudien des affaires islamiques a publié en 2007 un rapport soutenu par Abdul Aziz ibn Abdillah Ali ash-Shaykh, le mufti politique d'Arabie saoudite, qui statue que « le dôme vert doit être démoli et les trois tombes doivent être aplanies dans la mosquée du prophète. ». Ce point de vue a fait écho lors d'un discours du défunt Ibn 'Uthaymîn, l'un des religieux wahhabites les plus illustres d'Arabie saoudite, décédé en 2001 : « nous espérons qu'un jour nous serons en mesure de détruire le dôme vert du prophète Mohamed».

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