Le Maroc (ré) actionne ses lobbies contre l’Algérie : le roi, les pions et les plans

 Le Maroc (ré) actionne ses lobbies contre l’Algérie : le  roi, les pions et les plans
Par Amel Benabi | 05 Décembre 2018 | 15:05

Derrière les soi-disant déclarations de bonnes intentions pour la mise à plat de tous les contentieux avec l’Algérie, le Royaume du Maroc, se cachent insidieusement des missiles politiquement dévastateurs pour tout effort de rapprochement entre les deux voisins.

En effet et au moment où le roi multiplie des appels à la mise en place d’une commission politique chargée de régler les contentieux bilatéraux, «avec sérieux et sincérité», ses lobbies s’activent à partir des capitales européennes à poignarder dans le dos cette Algérie à laquelle il fait les yeux doux.

Le dernier coup bas en date, est ce fumeux rapport 2018 d’un think-tank financé par le palais qui pointe, tenez-vous bien, «le surarmement de l’Algérie», et avertit qu’un «arsenal conséquent est détourné par cette dernière au profit du Polisario».   Rien que cela !

Ainsi selon ce lobby pro marocain, qui s’appelle «Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP)», basé à Bruxelles, une partie «non négligeable» des armes achetées par l’Algérie est détournée au profit du front «séparatiste» du Polisario.

Ce GRIP qui porte décidément bien son nom bien qu’il ne risque pas de donner des migraines aux responsables algériens, met en garde contre «le risque de détournement de la technologie ou des équipements militaires ou de réexportation».

«Grâce au soutien de l’Algérie, le Front Polisario s’est retrouvé doté d’un arsenal conséquent qu’il conserve en l’absence de règlement du conflit», lit-on encore dans ce rapport qui sent trop fort l’odeur de soufre...du makhzen.

On y apprend également que l’«armée» du Polisario «est principalement équipée d’armes de fabrication soviétique, offertes par l’Algérie» et que «certaines armes ont été (aussi) fabriquées en France, aux États-Unis, en Afrique du Sud, en Autriche, au Royaume-Uni et en Chine».

Stratégie… grippée

Le Groupe de «recherche», signale que le polisario possède aussi des missiles sol-air (missiles antiaériens tels que SA-6, SA-7 Grail, SA-8 Gecko et SA-9 Gaskin) qui ont abattu plusieurs avions de combat marocains F-5 lors des affrontements directs entre 1976 et 1991». De quoi affoler les plus grandes armées du monde face à ce «mastodonte» militaire alors même que les réfugiés sahraouis dépendent des aides internationales pour se nourrir.  

Ce «rapport» est cousu de fil blanc. Il prête à rire n’était qu’il intervient dans un contexte marqué par une agitation sans précédent du roi du Maroc autour d’un «machin» politique de règlement de ses litiges avec l’Algérie. Il est aisé de deviner la stratégie du monarque de mettre deux fers au feu pour piéger l’Algérie.

D’un côté, il se donne faussement le beau rôle de «faiseur de paix», en proposant une réconciliation avec l’Algérie. De l’autre il actionne ses lobbies payés en devises sonnantes et trébuchantes pour multiplier leur propagande contre l’Algérie notamment par rapport au Polisario.

Divine coïncidence !

Preuve en est que ce rapport tombe -divine coïncidence !- le jour même du début des négociations directes entre le Maroc et le Polisario à Genève. Justement ce fameux GRIP qui recherche prétendument la «paix» et la «sécurité» prend faits et cause au profit du Maroc dans son rapport. «Le cœur d’un éventuel problème au regard du critère considéré lors de l’analyse du cas algérien concerne à nouveau la relation avec le Royaume du Maroc. Les autorités algériennes ont réaffirmé en 2018 leur non-participation aux négociations directes entre le Maroc et le front Polisario portant sur une éventuelle résolution du conflit au Sahara occidental», est-il souligné.

Autrement dit, ce lobby épouse et assume clairement la position du royaume visant à faire de l’Algérie une partie prenante dans le conflit avec le Polisario. Une proposition que l’Algérie rejette catégoriquement en répétant sans cesse que son soutien au droit du peuple sahraoui à son autodétermination s’inscrit parfaitement dans sa doctrine diplomatique héritée de sa Révolution.

Il est donc loisible de saisir l’enjeu de ces intrigues du palais qui visent à saborder la table ronde qui s’est ouverte aujourd’hui même à Genève.

Du coup, ce contre feu allumé par le makhzen à Bruxelles donne raison à l’Algérie de n’avoir pas pris au sérieux les supplications du roi Mohamed VI en y opposant un silence qui en dit long. Ce petit jeu avec un roi, un fou et des pions n’est pas très amusant. Au final, il y a aura forcément un échec. 

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