L’émigré algérien qui a inspiré une célèbre fresque dans la banlieue parisienne n’est plus

 L’émigré algérien qui a inspiré une célèbre fresque dans la banlieue parisienne n’est plus
Par Amine Bouali | 21 Janvier 2019 | 21:41

«Mohand Dendoune, le vieil émigré algérien qui a prêté ses traits à une célèbre fresque murale du street-artist parisien Vince, s’est éteint ce vendredi à l’âge de 91 ans»  a révélé, dans un article attrayant, le quotidien français Le Parisien daté du dimanche 20 janvier 2019. Cette fresque qui orne depuis 2016 la façade d’un immeuble de Malakoff, dans la banlieue «rouge» de la capitale française, représente le défunt ajustant sa cravate, à côté de l'inscription «chibani». Elle s’inspire d'une photographie de Jérôme Bonnet qui a obtenu le troisième prix du World Press Photo of the Year 2010. 

Mohand Dendoune, ce père de dix enfants, arrivé en France en 1950 de sa Kabylie natale, avait, selon le témoignage de son fils l’écrivain et réalisateur Nadir Dendoune et que rapporte Le Parisien, «travaillé à l’usine Citroën de Saint-Ouen avant de devenir jardinier à l’hôpital de Montmorency. Il s’était installé avec sa famille dans un appartement de la cité Maurice-Thorez, à l’Île-Saint-Denis où il a retrouvé un peu de l’esprit de village de l’Algérie, avec beaucoup de solidarité, de l’entraide, des voisins qui se connaissent tous». «Avec cette fresque, a-t-il ajouté, mon père est éternel, et à travers lui, c’est à tous les chibanis que l’on rend hommage, tous ces autres papas qui ont fait preuve de courage en quittant leur pays, des gens que l’on a très peu mis en avant». 

En France, le terme «chibani» désigne les anciens travailleurs immigrés, généralement maghrébins, venus en France durant les années 1945-1975 (appelées les Trente Glorieuses) mais aussi d'anciens soldats maghrébins ayant servi au sein de l'armée française. Du fait de leur origine «non française», ces travailleurs immigrés s’étaient vus souvent proposer des contrats discriminatoires et enchaînaient petits boulots pénibles et travaux mal rémunérés. Ils se sont retrouvés, au moment de leur retraite, lésés par rapport à leurs collègues de nationalité française alors qu’ils avaient exercé le même emploi qu’eux. Beaucoup de ces chibanis ont été contraints de résider, leur vie durant, dans les foyers de la Sonacotra qui les avait accueillis à leur arrivée en France, des fois cinquante ans plus tôt. 

En 2013, on estimait à 350 000 les chibanis âgés de plus de 65 ans. 140 000 de ces vieux immigrés avaient alors acquis la nationalité française. Les immigrés âgés résidant en France perçoivent des pensions dont le montant moyen se situe entre 300 et 700 euros. Au-delà de leur précarité économique, les chibanis vivent aussi une grande précarité émotionnelle, la vieillesse rétrécissant davantage leur lien social et affectif dans un pays d’accueil qui est resté pour nombre d’entre eux, malgré parfois 40 ou 50 ans de présence, un pays toujours étranger dans la réalité. 

Signalons pour conclure que la fresque de Malakoff représentant feu Mohand Dendoune n’est pas la seule intrusion du sujet des chibanis dans le monde de l’art: en 2014, le célèbre groupe Zebda leur avait rendu un bel hommage dans une chanson intitulée simplement...Les Chibanis. 

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