Feuille de route du président Bouteflika : la réponse de la rue vendredi et autres scénarii

Feuille de route du président Bouteflika : la réponse de la rue vendredi et autres scénarii
Par Nabil Semyane | 14 Mars 2019 | 17:19

La journée de demain (vendredi 15 mars) est attendue, avec curiosité  matinée d’angoisse, par l’Algérie. Demain, plus que les vendredis précédents depuis le 22 février, le peuple va donner de vive voix et sans intermédiaire sa réponse définitive à la feuille de route proposée par le président Bouteflika.

En gros, il renonce au cinquième mandat, en jurant même qu’il n’en a jamais été question, mais propose une rallonge du quatrième mandat adossée à une « Conférence nationale inclusive et souveraine » qui doit plancher sur des réformes politiques pour l’occurrence de la deuxième République.

Noureddine Bedoui, Ramtane Lamamra et Lakhdar Brahimi sont jetés depuis mercredi sur la scène médiatique pour se faire les avocats de cette feuille de route et se porter garants   de la bonne foi du président Bouteflika dont l’ultime souci, à en croire le vieux diplomate, « c’est de transmettre le pouvoir à la nouvelle génération et laisser derrière lui une Algérie forte, stable et sécurisée ».

À l’exception d’Abderazak Makri, qui a cru voir dans la proposition du chef d’Etat sortant « un pas dans le bons sens », avant de se rétracter d’ailleurs, tout le reste de l’opposition doute, voire même rejette « Une manœuvre du dernier quart d’heure », juge Ali Bienfis pour « les forces extraconstitutionnelles », qui cherchent juste à gagner du temps.

« Le pouvoir en place ne peut plus continuer à travailler en dehors de tout cadre constitutionnel et contre la volonté du peuple. Il n’est pas habilité à diriger la période de transition. Pire, son maintien en tant qu’autorité de fait constitue un danger pour la stabilité et la sécurité du pays », soulignent des partis et personnalités de l’opposition réunies mercredi au siège du parti El Adala de Djballah.

« Le nouveau plan c’est le prolongement en dehors de la constitution », dira pour sa part maître Mustapha Bouchachi.

La rue quant à elle, après une première lecture impressionniste de la lettre de Bouteflika, jugée plutôt recevable, a vite changé d’avis pour y voir « une manœuvre dilatoire et insincère » dont le but n’est autre que la prolongation du 4ème mandat autrement.

Depuis la publication de la lettre du président Bouteflika, les réseaux sociaux, arme de destruction massive des manifestants, sont à la manœuvre pour appeler à la mobilisation. Pour dire surtout « Non à la prolongation du quatrième mandat, non aux réformes ».

De la réponse de la rue demain, dépendra le scénario qui se joue à ciel ouvert depuis le 22 février. Une mobilisation moindre que le vendredi précédent pourrait être comprise comme un signal positif par le pouvoir aux abois et la tête dans le sac.

L’espoir est mince, car la mobilisation, vu la température sur les réseaux sociaux, promet d’être plus massive pour rejeter l’offre du président Bouteflika.

Vendredi, après la marche que tout un chacun espère aussi pacifique et aussi joyeuse que les précédentes l’Algérie arrivera à un nouveau moment de bascule. Ou le président Bouteflika tire les conséquences en se retirant de son plein gré, ou le Conseil constitutionnel se réunit d’alors de plein droit pour prononcer l’empêchement en vertu de l’article 102 de la constitution.

Toute autre option de la part du pouvoir, qui serait tenté de jouer le temps mort, serait alors comprise comme une volonté de s’opposer au verdict populaire. Auquel cas, le pire risque d’advenir.   

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