Face aux tensions budgétaires 2017/2020, pas de développement sans nouvelle gouvernance et moralité

Face aux tensions budgétaires 2017/2020, pas de développement sans nouvelle gouvernance et moralité
Par Pr Abderrahmane Mebtoul | 19 Mai 2017 | 07:30

Le fort taux d’abstention et le nombre élevé de bulletins nuls doivent faire réfléchir les partis du  pouvoir et ceux de l’opposition avec pour objectif  les intérêts suprêmes du pays afin de  réaliser la symbiose Etat-citoyens et de rétablir la con fiance sans laquelle aucun développement ne peut se réaliser.  La composition du nouveau gouvernement, si l'on veut mobiliser les  citoyens doit  reposer sur    trois  critères : la moralité  des personnes choisis afin de  ne pas entacher la crédibilité gouvernementale, les compétences et en plus des partis politiques représentatifs un quota important pour des personnalités crédibles et morales de la société  civile.  Car, face  aux tensions budgétaires, comme j’ai eu à le souligner lorsque j’ai été  invité par la présidence de la république pour les consultations relatives à la révision de la constitution,   l’Algérie ayant besoin en ces moments difficiles de rassembler tous ses enfants tenant compte de leurs différentes sensibilités, et non de se diviser sur des sujets secondaires

1. L’objectif stratégique est de concilier efficacité économique et une profonde justice sociale, mais sans populisme, une nation ne partageant en principe que ce qui a été préalablement produit, la rente des hydrocarbures donnant des taux de croissance, de chômage et d’inflation biaisés.  C’est qu’avec l’effritement du système d’information, avec des données contradictoires d’un ministère à un autre, s’impose  une institution  de la planification et de la prospective, structure indépendante, pluridisciplinaire, composée des meilleures compétences,  afin d’éviter la manipulation des données à des fins politiques, relevant du premier ministre  ou du président de la République, les plus grands planificateurs – entendu management stratégique – étant les firmes internationales. Dans ce cadre ,  l’Algérie a besoin d’un gouvernement resserré, composé de femmes et d’hommes compétents d’une haute moralité et non de courtisans. Il est entendu que la réforme institutionnelle doit être sous-tendue par des objectifs stratégiques clairement définis et datés dans le temps, à la fois politiques tenant compte de notre anthropologie culturelle , Etat de droit avec un consensus minimal qui ne saurait signifier unanimisme et économiques,  aller vers une économie de marché à vocation sociale qui a été codifiée dans la nouvelle Constitution ,  comme facteur d’adaptation  aux nouvelles réalités mondiales. . Car l’on devrait    assister entre  2020/02030 dans notre région à de profonds bouleversements géostratégiques. L’Algérie pourrait-elle continuer à fonctionner  sur la base d’un cours de à 110/120 dollars comme entre 2013/2015  et à 85/90 dollars selon le FMI comme en 2016 ,  assistant à une dépense publique galopante avec la dominance des emplois rentes avec un déficit de la balance des paiements  ,si le cours fluctue entre 45/55 dollars qui a eu comme résultat immédiat  l’épuisement du fonds de régulation des recettes fin 2016. Car les mesures purement monétaires  ainsi que l'illusion mécanique des années 1970, à partir d'unités sporadiques sans vision stratégique, ne s'adaptant pas à   la 4ème révolution industrielle, de nouvelles filières internationalisées poussées par l’innovation continue, et  sans une autre gouvernance et réformes profondes ne peut que conduire le pays droit au mur. Dans la situation actuelle, plusieurs ministères se télescopent, ajoutant au manque de visibilité et de cohérence. Par ailleurs, la fonction de ministre est d’être, comme le montrent les expériences des pays développés et émergents, au contact tant de la sphère économique et sociale grâce à une communication active et cohérente. La fonction principale d’un ministre est d’avoir une vision stratégique, de prévoir et d’agir en conséquence, pouvant s’entourer de bons techniciens et experts, mais ne devant jamais fuir ses responsabilités. Il est avant tout responsable de la politique générale de son ministère, et selon la déontologie politique, il est responsable de toute action de ses collaborateurs, positive ou négative. 

2.- A ce titre, je rappelle les pistes que j’ai suggérées entre 2007/2010 (voir sur www.google.com). Pour éviter des discours contradictoire une cohérence gouvernementale, un porte-parole officiel au niveau du gouvernement pour l’information officielle s’impose. Car,  la majorité des observateurs nationaux et internationaux constatent malheureusement des discours contradictoires entre membre du  même gouvernement, parfois sur des sujets sensibles. Au niveau de la présidence, institution suprême pour les décisions stratégiques, du fait que  tant les Ministres que les  Walis confrontés à la  dure réalité quotidienne  n’ont  pas le temps de réfléchir à terme et  de tracer des objectifs  stratégiquesla nouvelle Constitution ayant tranché pour un régime semi-présidentiel, le cabinet de la présidence devrait se doter de grands départements stratégiques homogènes selon la structure gouvernementale , chargé selon les orientations  du président de la république et en étroite collaboration avec l’organe de planification,   de définir les axes stratégiques du pays, le gouvernement étant chargé  de l’exécution.  . Concernant la nécessaire réorganisation gouvernementale,  pour plus d’efficacité, je préconise que  les ministres soient entre quinze (15) et ne devant pas dépasser vingt (20) avec et des secrétaires d’Etat ou ministres délégués qui n’assisteront pas  au conseil des Ministres.   C’est en accordant la priorité à la connaissance que les politiques publiques apporteront des réponses à la pauvreté, à la fois rurale et urbaine, et surtout à l’évolution du chômage par la création d’emplois et d’activités génératrices de revenus, en particulier pour les groupes vulnérables, notamment les femmes et les jeunes. Aussi,  je préconise un grand ministère de l’Education nationale et de la Recherche scientifique (la revalorisation des compétences). Le ministère des Finances devrait être couplé avec le ministère du Commerce et le ministère des Investissements avec ceux du Tourisme et l’Artisanat, de l’Industrie et des Mines,  segment stratégique de la relance industrielle. Les différentes agences chargées de l’investissement qui se télescopent et qui sont loin d’avoir répondu aux attentes des pouvoirs publics, malgré de nombreux avantages accordés, Andi-emploi des jeunes, etc.., devront être rattachées à ce ministère pour plus de cohérence. Le défi majeur du XXIe siècle étant celui de l’eau, dont celui du dessalement de l’eau de mer (en espérant pour ces unités une intégration de certains de leurs composants, ce qui est possible) dont la base est le gaz, au ministère clé de l’Energie, pour aller vers un «mix» énergétique ne devant exclure aucune option, il y aurait lieu d’adjoindre celui des Ressources en eau, celui de la pétrochimie ,une erreur ayant été commise de lui ’avoir rattaché à celui de l’industrie ,  impulser l’industrie pétrochimique, en partenariat avec les firmes internationales. Quant au ministère du Travail, logiquement, il devrait intégrer celui de la Formation professionnelle, de l’Emploi et de la Solidarité nationale. Pour celui de la Santé, il devrait inclure toutes les caisses de sécurité sociale. Devraient également être regroupés le ministère des Postes et des nouvelles technologies, et ceux de la Culture et de l’Information. L’agriculture et la pêche formeraient un tout, ainsi que les transports, les travaux publics et l’habitat. Quant aux structures de la jeunesse et des sports, elles devraient être regroupées. La promotion de la condition féminine et la protection de l’enfance devront faire l’objet d’un traitement particulier. Il est entendu que les ministères de la Défense, des Affaires étrangères et de la Justice devraient faire l’objet d’un large débat pour leur réorganisation. Les services de sécurité après une large concertation des différents segments, du fait de la sensibilité de ce secteur devrait  être organisé à part tenant compte des   expériences  du KGB, de la CIA, du deuxième bureau français,  notamment qui ont subi une profonde réorganisation s’adaptant aux nouvelles mutations géostratégiques en intégrant les nouvelles technologies  et la  théorie de l’intelligence économique, comme outil stratégique de renseignement. 

3.-Cette réorganisation gouvernementale doit être synchronisée avec une réorganisation territoriale. Au ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales devrait s’adjoindre l’aménagement du territoire et l’environnement. Cela suppose une autre organisation locale, notamment du rôle des walis par la création de pôles socioéconomiques régionaux (régionalisation économique à ne pas confondre avec le régionalisme néfaste)  supervisés par un super-wali, poste politique avec des walis délégués avec le profil de manager, économistes, ingénieurs, juristes, évitant de puiser toujours tant pour le poste de ministre que de  Wali  dans l’Ecole nationale d’administration en qui en Algérie (entrée après Bac- niveau licence)  n’a pas du tout le profil de l’ENA français (concours après licence, grande école  ou doctorat) . Les directions de wilaya qui sont budgétivores devront être regroupées en adéquation avec ceux des ministères. Comme j’ai eu à le souligner récemment la structure qui me semble la plus appropriée pour créer le dynamisme régional, ce sont les chambres de commerce régionales (regroupant plusieurs wilayas homogènes). L’action du Forum des chefs d’entreprises, qui n’est pas un parti politique ainsi que  toutes les organisations patronales, en souhaitant une unification patronale,  doit s’inscrire dans ce cadre, à l’instar  de tous les pays développés et émergents, si l’on veut  aboutir à des résultats concrets s’adaptant à la mondialisation. Cette  structure régionale regrouperaient l’Etat, les entreprises publiques/privées, les banques, les centres de formation professionnelle, et les universités/centres de recherche. 

4.-En résumé,  comme sortie de la crise s’imposent des objectifs stratégiques pilotés par de grands ministères et des actions décentralisées autour de pôles régionaux et sur le court terme de nouvelles figures crédibles et surtout morales   et de  nouvelles méthodes de gestion pour éviter le gaspillage  . Mais, il faut être réaliste, ce n'est pas la panacée, car le  regroupement de Ministère sans objectifs stratégiques n’a aucun sens. Par ailleurs, il faut avoir une vision à moyen et long termes. Les économies occasionnées à court terme sont mineures mais ce regroupement permettra d’optimaliser la fonction/ objectif stratégique à moyen terme  et donc réaliser d’importantes économies. Il s’agit de privilégier  les intérêts supérieurs de l’Algérie, l’efficacité et non la distribution de postes de ministres s’assimilant à des récompenses au moyen de la distribution de rente.. D’où l’urgence de rationaliser la dépense publique, notamment par un regroupement des ministères. Cette réorganisation devient urgente pour des raisons surtout d’efficience gouvernementale. L’Etat doit réduire son train de vie, donner l’exemple de rigueur, éviter en cette période de crise des dépenses inutiles de prestige sans impact véritable sur le devenir économique du pays et donc sur l’amélioration du pouvoir d’achat des citoyens. D’ailleurs, un regroupement des ambassades, excepté pour des pays avec qui l’Algérie entretient d’importantes relations commerciales, devrait rentrer dans cette réorganisation. L’Algérie a toutes les potentialités  pour sur surmonté  les tensions  actuelles. Mais  face aux tensions budgétaires inévitables entre 2017/2020, il est utopique de parler de développement ou de modèle économique sans la mobilisation des compétences  et la moralisation de ceux qui dirigent la Cité, en fait posant l'urgence d'une  nouvelle gouvernance  s'adaptant tant  aux mutations  locales (la morphologie sociale en mutation) que de la nouvelle configuration géostratégique mondiale 2017/2030.  L’Algérie sera ce que les  algériennes et les algériens voudront qu’elle soit. J’ai contrairement à la vision de la totale sinistrose,  un grand espoir au redressement national. J’ose imaginer une Algérie où les nouvelles générations vivront confiantes et heureuses dans leur pays.  J’ose imaginer, un large front social    où les algériennes et les algériens,  tenant compte de leur diversité, privilégieront uniquement les  intérêts supérieurs  du pays, grâce au dialogue productif et la tolérance des idées d’autrui. J’ose imaginer plus de moralité dans la gestion de la Cité  et   à   un retour volontaire progressif des cadres expatriés ou du moins, il ne faut pas  être utopique,  à une participation active de notre diaspora  au redressement national. Je crois fermement que le peuple algérien a d’énormes ressources en lui-même et sera capable de réagir à l’instar d’autres peuples qui ont su conjuguer la modernité et leur  authenticité, ne devant jamais renier notre riche anthropologie culturelle. 

 ademmebtoul@gmail.com 

(1)- Interview du Pr Abderrahmane Mebtoul quotidien gouvernemental Ech-Chaab 15/mai/2017  « le nouveau gouvernement doit impérativement mettre en œuvre une loi sur la moralisation de la vie politique et économique »

Interview du professeur Abderrahmane MEBTOUL au quotidien arabophone Chorouk du jeudi 18/05/2017 « Urgence d’un accord  -Ministère des Finances -Ministère Habitat -pour le financement- le BTPH employant  près de 2.000.000 personnes et ce afin d’éviter des tensions sociales »


-Egalement, interview du professeur Abderrahmane MEBTOUL à la télévision Ennahar  17/05/2017 « La nouvelle politique énergétique du gouvernement  (énergies renouvelables et transformation le pétrole/gaz brut pour plus de valeur ajoutée), étant souhaitable  de rattacher la pétrochimie dans la nouvelle organisation gouvernementale au Ministère de l’Energie via  Sonatrach, pour plus de cohérence et d’efficacité »

 

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Synthèse exclusive pour le site Algerie1.com

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