Après la mise en garde du FMI : Le gouvernement changera-t-il de braquet ?

 Après la mise en garde du FMI : Le gouvernement changera-t-il de braquet ?
Par Amel Benabi | 13 Mars 2018 | 19:11

Le gouvernement Ouyahia ne s’attendait sans doute pas à une aussi mauvaise nouvelle. La délégation d’experts du FMI qui a scanné quinze jours durant, ce qu’on appelle le plan de réformes économiques, a douché l’enthousiasme d’Ouyahia et son équipe. Jean François Dauphin et ses collaborateurs ont usé d’un lexique que le gouvernement n’avait  pas l’habitude d’entendre.

Il n’est plus question de satisfecit et autres bons points que le gouvernement brandit comme un trophée de guerre mais d’un réquisitoire en règle sur  sa stratégie macroéconomique pour inverser les courbes à court terme.  

Si la mission du FMI dit partager le «double objectif des autorités de stabiliser l’économie et promouvoir d’une croissance plus durable et plus inclusive», elle pense que les mesures préconisées par le gouvernement risquent tout simplement «d’aggraver les déséquilibres, accentuer les tensions inflationnistes et accélérer la perte de réserves de changes».

Une perspective qui mettra, d’après les conclusions du FMI, entre guillemets les objectifs tracés par le gouvernement à savoir faire des réformes profondes et fouetter le secteur privé. Et pour cause, l’équipe de Jean François Dauphin craint fort que l’environnement économique global ne déteigne sur l’agenda des réformes avec les mesures prônées par le gouvernement.

En termes plus simples, le FMI pense que le plan d’action d’Ahmed Ouyahia ne mène pas à la croissance ni à l’emploi. Il mène plutôt droit dans …mur.

Droit vers l’iceberg

Ce n’est pas dit aussi crûment mais les mises en garde de Jean François Dauphin dans sa conférence de presse et le compte rendu de sa mission le suggèrent très fortement.

Du coup, le gouvernement  qui a plaidé contre vents et marées l’option de la planche à billets pour financer l’investissement, stimuler la croissance et l’emploi et éponger le déficit budgétaire à l’horizon 2022,  est prié gentiment de revoir sa copie.  En effet, pour le FMI la stratégie du gouvernement va au contraire «aggraver» les déséquilibres dont souffre déjà l’économie algérienne.

Des conclusions dures à avaler pour le gouvernement qui s’est employé a défendre des options difficilement défendables. Des experts de tous bords l’avaient pourtant mis en garde contre les contrecoups du financement non conventionnelle. Mais il n’a rien voulu entendre allant jusqu’à snober les économistes qui traitent «froidement» les chiffres.

Ne voilà -t-il pas que même le FMI agite un feu rouge devant le gouvernement lui conseillant de changer de route. Ouyahia va-t-il écouter ses conseils ? Rien n’est moins sûr. Prisonnier d’un agenda politique crucial, le Premier ministre n’a pas vraiment les coudées franches. A une année de la présidentielle, il y a un risque politique à prendre.

Revoir la feuille de route économique de fond en comble, s’apparenterait à un échec politique qui donnerait du grain à moudre à l’opposition. Pour autant foncer la tête baissée, en ne prêtant pas attention à ces mises en garde, présente aussi le risque de percuter frontalement l’iceberg. Le gouvernement est désormais face à lui-même.      

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