Chadli : Silence de l’homme qui savait tout…
Avec le décès de l’ancien président de la République Chadli Bendjedid, c’est tout un pan de l’histoire récente de l’Algérie qui se voit enseveli. Qu’on aime ou pas, l’ex-président de la République est un acteur majeur des années 80 et 90. Il est un témoin clé dans tout ce que l’Algérie a vécu.
A commencer par le choc pétrolier de 1986 qui avait ouvert la voie à un bouillonnement social en Algérie qui allait exploser en octobre 1988.
Comme un hasard de l’histoire, Chadli Bendjedid a quitté ce bas monde presque le jour même de la célébration du 24ème anniversaire de ce qui est convenu d’appeler les « évènements d’octobre». Une coïncidence qui n’est pas sans rappeler la place qui était la sienne avant, durant et après ces tragiques évènements qui ont fait plus de 500 morts selon des sources concordantes.
Mais faut-il pour autant jeter la pierre au seul Chadli et le prendre pour responsable du bain de sang d’octobre ? S’il est vrai que de par le poste qu’il occupait, il était moralement responsable, on notera à sa décharge que la nature du régime algérien d’alors -et même d’aujourd’hui d’ailleurs- fait que les centres de décision ne sont pas forcément là où l’on pense.
Le fait est que, à ce jour, on ne sache pas exactement pourquoi ni comment le président Chadli a décidé de démissionner. Avait-t-il démissionné de son propre gré, ou avait-il été forcé à le faire ? La polémique reste entière.
Le dernier témoin
C’est pourquoi l’opinion publique attendait les mémoires de l’ancien président pour connaître une autre version de l’acteur principal. On ne saura hélas rien de ce triste épisode puisque le président Chadli a tiré sa révérence et a, par conséquent, fermé le débat à double tour, laissant les Algériens à leurs spéculations.
Incontestablement, cette page tragique de l’histoire récente de l’Algérie restera à jamais tronquée d’un témoignage précieux de Chadli. En sa qualité de président de la République, le désormais défunt président avait sans doute beaucoup de choses à dire sur cette période et ses acteurs.
Il aurait pu éclairer l’opinion sur la genèse et les péripéties de ces évènements et peut-être même situé les responsabilités. Hélas, le président Chadli part sur la pointe des pieds et emporte dans sa tombe de précieux secrets de la République qui auraient pu servir le débat sur la refondation nationale à venir.
Mémoire d’octobre
Octobre est en effet une histoire tragique à écrire ou réécrire tant la parole est monopolisée par une poignée de personnes qui se donnent le beau rôle, alors même qu’elles ont joué le rôle peu glorieux de barbouzes.
24 ans après, octobre est encore un sujet de polémique en Algérie. Si tout le monde à peu près pense qu’il était un fleuve démocratique naissant, sa nature fait encore polémique. Certains pensent que les évènements étaient une manipulation du régime qui voulait s’amender, d’autres estiment, que c’est un mouvement spontané né d’un désarroi populaire détonant.
Le président Chadli qui était aux avant-postes, ne livrera malheureusement pas sa précieuse version des faits. Acteur majeur, Chadli Bendjedid était le mieux placé pour remettre les choses à leurs places. Il n’aura pas le temps de le faire puisque même le tome 1 de ses mémoires s’arrête en 1978.
Sa mort va peut-être fermer le débat sur cet épisode de l’histoire de l’Algérie. Elle va peut-être donner l’occasion à certains acteurs de la «périphérie», de raconter leur vérité sans aucune possibilité de prouver le contraire. La seule certitude est que l’enfant d’El Tarf, dont les états de services dans les rangs de l’ALN n’ont jamais été remis en cause, a été le précurseur de l‘ouverture politique en Algérie.
Par conviction ou par calcul, l’histoire retiendra que le pluralisme politique et médiatique a été décrété sous Chadli. Il est naturellement comptable de toutes les dérives politiques, économiques, et culturelles durant son règne à la tête du pays, 13 années durant.
Mais Chadli reste pour la postérité, un homme qui savait presque tout et qui n’a rien dit du tout. Énigme.
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