Chadli est mort, vive Chadli…
Alors que la terre qui le recouvre est encore fraîche, le défunt président Chadli qui a dû encaisser en silence durant une vingtaine d’années toutes sortes de quolibets qui l’ont réduit au statut de fossoyeur de l’économie nationale, voilà qu’il reçoit une concert de louanges… De là où il est, l’ancien président devrait mesurer l’ingratitude des gens et parfois leur hypocrisie.
Il est désormais de bon ton de tresser des lauriers à un homme qui a miraculeusement repris grâce aux yeux des bien-pensants algériens, après sa mort… Chadli aurait sans doute aimé recevoir ces marques de reconnaissance quant certains personnages à l’intérieur et à l’extérieur du pouvoir ont entrepris l’opération de sa démolition politique.
Il aurait souhaité que certains esprits “éclairés” volent à son secours et tentent de sauver ce qui pouvait être de son bilan. Tout n’est pas noir ; et tout n’est pas blanc non plus des 13 années de Chadli. Comme tous les personnalités qui ont assumé des charges officiels importantes, il doit être jugé à l’aune de ces décisions et non pas en tant qu’acteur sorti du jeu du pouvoir et qui, par conséquent est passible de “la peine capitale”pour faire plaisir aux maîtres du moment.
On ne se souvient pas en effet avoir entendu un tel concert de louanges pour le règne de Chadli avant sa mort. Certains n’osent parler de sa présidence que pour se payer la tête de l’ex-président en lui faisant payer, injustement, tous les ratages économiques et politiques y compris ceux de ces dernières années.
Hommages post-mortem
Et voilà, comme par enchantement, de plus en plus de voix s’élèvent maintenant pour célébrer un homme “visionnaire”, “courageux” que les algériens ont eu tort de critiquer… Renversant ce retournement de veste qui consiste à transformer le démon d’hier en ange d’aujourd’hui ! La logique et le bon sens auraient voulu que le bilan de l’ex président soit fait sereinement et sans aucun esprit de revanche. Surtout par ces experts qui ont travaillé sous ses ordres.
On célèbre le “courage” de l’homme
Pourquoi se mettent-ils maintenant à nous haranguer à force d’arguments que la gestion économique de Chadli était géniale alors qu’ils avaient avalé leurs langues des années durant ? En parcourant les déclarations de certains, on regrette presque la période de Chadli Bendjedid tellement le tableau peint est à ce point reluisant.
“Les réformes économiques initiées sous la présidence de Chadli Bendjedid étaient les plus courageuses et les plus profondes, eu égard à la situation qui prévalait”, estime ainsi, l’économiste Abdelhak Lamiri dans une déclaration à l’APS. Pour lui la démarche économique de Chadli et ses collaborateurs a consisté à “abandonner l’industrialisation mal gérée de l’époque et opter pour une meilleure diversification de l’économie”. Et d’ajouter que : “Si on avait continué le processus d’industrialisation, on se serait retrouvé avec une dette de plus de 100 milliards de dollars et les assainissements, aujourd’hui, auraient coûté cinq fois plus au budget de l’Etat”.
L’économiste pense que la période économique du président Chadli et de son Premier ministre Mouloud Hamrouche a connu des “correctifs sérieux apportés à l’excès de centralisme et l’excès d’industrialisation incontrôlée et a ouvert la porte à une ouverture économique profonde et prometteuse”. Lamiri, qui évoque juste quelques “erreurs”conclut que cette démarche a “évité à l’Algérie beaucoup de déboires”.
Jeter des fleurs à l’ambulance…
Le conseiller économique indépendant Abderrahmane Benkhalfa et ex-directeur de l’association des banquiers ABEF, va plus loin, estimant que l’époque de Chadli représentait “la période dense de l’histoire économique du pays car ayant permis une rupture entre deux modes de gestion opposés et une émancipation sociale sans précédent”.
Il en veut pour preuve que l’ouverture sur l’économie de marché dans la fin des années 1980, engagée dans une conjoncture financière internationale difficile, est la réforme “la plus courageuse” de l’histoire du pays. Benkhalfa ose à peine critiquer le choix de Chadli d’avoir démantelé les entreprises économiques en petites unités non fiables au lieu de d’opter pour des privatisations partielles.
Comme on le constate bien, parler du président Chadli au passé parait plus sympathique que de l’évoquer au présent. Le constat vaut aussi sur le terrain politique. Après l’avoir réduit au statut peu flatteur de “président par défaut”, feu Chadli a subitement pris du galon pour se voir bombarder “père de la démocratie”.
N’était-il pas plus juste de juger l’homme- de son vivant de préférence- pour ce qu’il a fait et ce qu’il n’a pas fait avec détachement et sans aucune animosité et ni désir de vengeance ? C’est, hélas, une maladie bien algérienne qui consiste à prendre en embuscade un responsable dés qu’il perd son poste. Et quand il perd la vie, on ne tire pas sur l’ambulance, on la couvre de fleurs… Chadli est mort vive Chadli !


