Histoire de l’Algérie : de la période de la colonisation française-1830-1953 à la guerre de libération nationale -1954-1962-

Par Contribution | 31/10/2012 | 8:52

L’Algérie va fêter le 01 novembre 2012, 58 années après le déclenchement de la guerre de libération nationale du 01 novembre 1954. Gloire à la mémoire de nos martyrs , qui se sont sacrifiés pour une Algérie prospère et démocratique, tenant compte de notre authenticité. Bien que l’histoire ne se découpe pas en morceaux, l’histoire de l’Algérie devant remonter à la période des Numides, IVe siècle avant J.C, à la période romaine , de la période du Kharidjisme à la dynastie des Almohades, l’occupation espagnole et ottomane, cette présente et modeste contribution ,certainement imparfaite, relate la période de la colonisation française-1830 à la guerre de libération nationale -1954-1962

 I La colonisation française

La conquête de l’Algérie de 1830 à 1871 par la France marque la fin de la domination ottomane et le début de la domination française. Il semblerait, peut être un prétexte, que tout aurait commencé par la fameuse affaire de l’éventail. Le 30 avril 1827 à Alger, le Dey soufflette avec son éventail le consul de France, Pierre Deval. L’épisode entraîne la rupture diplomatique avec la France. Le Conseil des ministres français décide d’organiser une expédition en Algérie le 31 janvier 1830. D’abord nommés « possessions françaises dans le Nord de l’Afrique », ces territoires prendront officiellement le nom d’Algérie, le 14 octobre 1839.

La population algérienne est estimée à 3 millions d’habitants avant la conquête française de 1830. Selon l’ouvrage « Coloniser, exterminer » de l’historien Olivier Le Cour Grandmaison je cite : « le bilan de la guerre, presque ininterrompue entre1830/1872 souligne son extrême violence ; il permet de prendre la mesure des massacres et des ravages commis par l’armée d’Afrique. En l’espace de quarante-deux ans, la population globale de l’Algérie est en effet passée de 3 millions d’habitants environ à 2.125.000 selon certaines estimations, soit une perte de 875.000 personnes, civiles pour l’essentiel.

Le déclin démographique de l’élément arabe était considéré comme bénéfique sur le plan social et politique, car il réduisait avantageusement le déséquilibre numérique entre les indigènes et les colons. » Plusieurs observateurs s’accordent à dire que la conquête de l’Algérie a causé la disparition de presque un tiers de la population algérienne. Guy de Maupassant écrivait dans Au Soleil en 1884 je le cite « Il est certain aussi que la population primitive disparaîtra peu à peu; il est indubitable que cette disparition sera fort utile à l’Algérie, mais il est révoltant qu’elle ait lieu dans les conditions où elle s’accomplit ».

Nous pouvons scinder cette période historique en plusieurs phases. Sous Louis Philippe 1er de 1830 à 1848, l’Emir Abd El Kader figure charismatique, fondateur de l’Etat algérien selon certains historiens, résista pendant de longues années à l’occupation coloniale. Il attaque des tribus alliées de la France et bat le général Trézel dans les marais de la Makta près de son fief de Mascara dans l’Ouest algérien. Il encercle la ville voisine d’Oran pendant 40 jours. Arrivé en renfort de métropole, le général Bugeaud inflige une défaite à Abd El Kader. Le traité de Tafna est signé, le 30 mai 1837 entre le général Bugeaud et l’Emir. qui reconnaît la souveraineté de la France. En échange de pouvoirs étendus sur les provinces de Koléa, Médéa et Tlemcen il peut conserver 59 000 hommes en armes.

L’armée française passe, en septembre 1839, les « Portes de fer » dans la chaîne des Bibans territoire que l’émir comptait annexer. Abd El-Kader, considérant qu’il s’agit d’une rupture du traité de Tafna, reprend, le 15 octobre 1839 la guerre contre la France le 16 mai 1843. Le 14 août 1844 le général Bugeaud écrase l’armée du sultan marocain à la bataille d’Isly. L’armée marocaine se replie en direction de Taza. Le sultan s’engage alors à interdire son territoire à Abd El-Kader en traitant avec la France. Le 23 septembre les troupes d’Abd El Kader sortent victorieuses lors de la bataille de Sidi Brahim engagée par le colonel Montagnac. En décembre 1847 Abd El Kader se rend aux spahis (nomades des régions steppiques de l’Algérie).

Placé en résidence surveillée pendant quatre ans en France, l’émir fut libéré par Napoléon III, visita plusieurs villes de la métropole avant de rejoindre Damas et résida le restant de sa vie en Syrie. Le 11 décembre 1848 la Constitution proclame l’Algérie partie intégrante du territoire français. Bône, (Annaba actuellement) Oran, Alger deviennent les préfectures de trois départements français. Les musulmans et juifs d’Algérie deviennent « sujets français » sous le régime de l’indigénat. Le territoire de l’ex-Régence d’Alger est donc officiellement annexé par la France, mais la région de la Kabylie qui ne reconnaît pas l’autorité française résiste encore.

L’armée française d’Afrique contrôle alors tout le nord-ouest de l’Algérie. Les succès remportés par l’armée française sur la résistance d’Abd el-Kader, renforcent la confiance française, et permettent de décréter, après débats, la conquête de la Kabylie qui doit intervenir à l’issue de la guerre de Crimée (1853 -1856) qui mobilise une partie des troupes françaises. C’est à cette époque que Fatma N’soumer la femme rebelle marqua une grande résistance. Née en 1830, l’année même de l’occupation française d’Algérie, en 1853, elle avait 23 ans dans son Djurjura natal. Elle est arrêtée le 27 juillet 1857 dans le village de Takhliit Ath Atsou près de Tirourda. Placée ensuite en résidence surveillée à Bénbi Slimane elle y meurt en 1863, à l’âge de trente-trois ans, éprouvée par son incarcération.

En mars 1871, profitant de l’affaiblissement du pouvoir colonial à la suite de la défaite française lors de la guerre franco-prussienne (1870-1871), une partie de la Kabylie se soulève favorisée par plusieurs années de sécheresse et de fléaux. Elle débute au mois de janvier avec l’affaire des Spahis et en mars avec l’entrée en dissidence de Mohamed El Mokrani qui fait appel au Cheikh El Haddad, le grand maître de la confrérie des Rahmaniya. La révolte échoue et une répression est organisée par les Français pour « pacifier » la Kabylie avec des déportations. À la suite d’un ordre qui a été donné par l’armée de les envoyer en France, les Spahis se soulèvent fin janvier 1871 à Moudjebeur et à Ain-Guettar, dans l’Est algérien à la frontière avec la Tunisie. Le mouvement est rapidement réprimé.

Dès lors le seul moyen de prévenir les révoltes, c’est d’introduire une population européenne nombreuse, de la grouper sur les routes et les lignes stratégiques de façon à morceler le territoire en zones qui ne pourront pas à un moment donné se rejoindre. La loi du 21 juin 1871 (révisée par les décrets des 15 juillet 1874 et 30 septembre 1878) attribue 100. 000 hectares de terres en Algérie aux immigrants d’Alsace-Lorraine. De 1871 à 1898 les colons acquièrent 1. 000. 000 d’hectares, alors que de 1830 à 1870 ils en avaient acquis 481.000. Le 26 juillet 1873 est promulguée la loi Warnier visant à franciser les terres algériennes et à délivrer aux indigènes des titres de propriété. Cette loi donne lieu à divers abus et une nouvelle loi la complétera en 1887. Son application sera suspendue en 1890.

Le Code de l’Indigénat est adopté le 28 juin 1881 distinguant deux catégories de citoyens : les citoyens français (de souche métropolitaine) et les sujets français, c’est-à-dire les Africains noirs, les Malgaches, les Algériens, les Antillais, les Mélanésiens. Le Code était assorti de toutes sortes d’interdictions dont les délits étaient passibles d’emprisonnement ou de déportation. Après la loi du 7 mai 1946 abolissant le Code de l’indigénat, les autochtones sont autorisés à circuler librement, de jour comme de nuit, et récupérer le droit de résider où ils voulaient et de travailler librement. Cependant, les autorités françaises réussirent à faire perdurer le Code de l’indigénat en Algérie jusqu’à l’indépendance en maintenant le statut musulman et en appliquant par exemple le principe de responsabilité collective qui consistait à punir tout un village pour l’infraction d’un seul de ses membres. L’Algérie possède un nouveau statut en 1900 : elle bénéficie d’un budget spécial, d’un gouverneur général qui détient tous les pouvoirs civils et militaires.

II Du nationalisme algérien à la révolution du 01 novembre 1954

Si l’Emir Abdelkader est considéré comme le précurseur de la fondation de l’Etat algérien, Messali Hadj est considéré comme un des fondateurs du nationalisme algérien. Ainsi Messali Hadj dès 1927 réclame l’indépendance de l’Algérie ayant été le fondateur du parti du peuple algérien (PPA), du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques et du Mouvement national algérien(MNA). Cependant , bien que la résistance ait toujours existé depuis toutes les invasions, ce sont les guerres mondiales qui permirent une prise de conscience plus forte de l’injustice qui frappait la majorité des Algériens souvent analphabètes et travaillant pour des salaires de misère.

Pour faire face aux pertes humaines de la Grande Guerre, la France mobilisa les habitants des départements français d’Algérie : musulmans, Juifs et Européens. 249.000 Algériens furent mobilisés (73.000 mobilisés dans la population française, et 176. 000 dans la population « indigène ») avec 38.000 à 48.000 des leurs sur les champs de bataille d’Orient et d’Occident durant la Première Guerre mondiale. Durant la seconde guerre mondiale, en Algérie, la conscription engagea 123. 000 musulmans Algériens et 93. 000 Européens d’Algérie (Pieds-Noirs) dans l’armée française; 2.600 des premiers, et 2.700 des seconds furent tués dans les combats de 1940. En 1942, (appel du général de Gaulle le 08 novembre 1942) et dans le cadre de l’opération Torch (débarquement des Anglo-Américains à Oran, Alger, Annaba) de nombreux Algériens furent engagés dans les forces alliées au sein de l’armée française de la Libération et engagés sur les fronts italiens et français.

Entre 1942/1943, les effectifs mobilisés en Algérie s’élèvent sur la période à 304.000 Algériens (dont 134.000 « musulmans », et 170.000 « européens »). Ils sont engagés en Tunisie de novembre 1942 à mai 1943, en Italie de novembre 1943 à juillet 1944, et enfin en France et en Allemagne d’août 1944 à juin 1945. Nous trouvons Ahmed Ben Bella, Mohammed Boudiaf, Mostefa Ben Boulaid, Krim Belkacem. La guerre d’Indochine (1946-1954) absorbe les cadres militaires et fait combattre les volontaires et soldats de métiers, légionnaires et les troupes coloniales dont 35 000 maghrébins (Marocains & Algériens) qui comptent pour 1/4 de l’effectif du corps expéditionnaire.

Le 08 mai 1945 alors que la seconde guerre mondiale prend fin en Europe, en Algérie, des manifestations nationalistes algériennes sont réprimées par l’armée française à Sétif et Guelma. On dénombre 103 Européens tués, selon la source officielle française 10. 000 algériens sont morts et selon la source algérienne 45.000. Suite au « Manifeste du peuple algérien » de Ferhat Abbas en 1943, les élections législatives de 1946 sont un succès pour l’Union démocratique du Manifeste algérien (UDMA). Son parti remporte onze des treize sièges réservés à l’Algérie à l’Assemblée nationale. La loi sur le statut de l’Algérie est promulguée en septembre 1947 : l’Algérie reste composée de trois départements et le pouvoir est représenté par un gouverneur général nommé par le gouvernement français.

Une Assemblée algérienne est créée, composée de deux collèges de 60 représentants chacun. Le premier sera élu par les Européens et une élite algérienne (diplômés, fonctionnaires…) et le second par le reste de la population algérienne. Enfin l’article 2 précise « l’égalité effective est proclamée entre tous les citoyens français ». En octobre 1947, le MTLD de Messali Hadj obtient une large victoire lors des élections municipales entraînant la répression des autorités françaises. En 1948 trente-six des 59 candidats du MLTD sont arrêtés. Il est utile de préciser qu’au début du XX siècle plusieurs leaders algériens revendiquent le droit à l’égalité ou à l’indépendance. Plusieurs partis vont être créés et plusieurs pamphlets seront écrits pour défendre les droits des Algériens. Plusieurs penseurs algériens vont vilipender les plus importantes personnalités du régime colonial français.

La plupart des figures du mouvement algérien vont être surveillées de près par les services policiers français, d’autres seront exilées vers d’autres pays comme l’a été l’émir Khaled El Hassani Ben El Hachemi en Egypte puis en Syrie. Nous avons des figures et sans être exhaustif, Messali Hadj, Malek Bennabi, Mohamed Hamouda Bensai, Abdelhamid Ben Badis, Mohamed Bachir El Brahimi, Larbi Tebessi, Ferhat Abbas, Omar Ouezggane. La question algérienne est posée, encore qu’existe des divergences d’approche, avec la création d’organisations comme le Parti de la réforme ou mouvement pour l’égalité, l’Association des oulémas musulmans algériens, association de l’Etoile nord-africaine, le Parti du peuple algérien, les amis du Manifeste des Libertés et le parti communiste algérien. À la suite de la mort d’Abdelhamid Ben Badis en 1940 et à l’emprisonnement de Messaali Hadj, en 1948, le parti du Mouvement pour le triomphe des libertés revendique le statut de l’égalité ou de l’indépendance des Algériens. Les arrestations et les interdictions se multiplièrent.

III De la révolution du 01 novembre 1954 à l’indépendance de 1962

Le CRUA est fondé en mars 1954 et organise la lutte armée. Le parti du Mouvement national algérien est fondé en juillet 1954 par les messalistes. Le Front de Libération Nationale FLN lui succède en octobre 1954 par la branche du CRUA (Comité révolutionnaire d’unité et d’action). Par la suite, existera une divergence entre la tendance de Messali Hadj et celle du FLN, suite à l’échec de la médiation de Ben Boulaid ce qui entrainera par la suite des luttes fratricides. Le déclenchement de la révolution algérienne a été décidé dans la Casbah d’Alger et à Batna sous la présidence de Mostefa Ben Boulaid dans la réunion des 22 cadres du Comité révolutionnaire d’unité et d’action CRUA), qui sont Badji Mokhtar- Belouizdad Athmane- Benboulaid Mustapha- Benabdelmalek Ramdane- Benaouada Amar- Ben M’idi Larbi- Bentobbal Lakhdar- Bitat Rabah- Bouadjadj Zoubir- Bouali Said- Bouchaib Ahmed- Boudiaf Mohamed- Boussouf Abdelhafid- Derriche Elias- Didouche Mourad- Habachi Abdesslam- Lamoudi Abdelkader- Mechati Mohamed- Mellah Rachid- Merzougui Mohamed- Souidani Boudjema- Zighoud Youcef.

L’une des décisions stratégiques du groupe est la mise en place d’un découpage territorial du pays en cinq zones coiffées par Mostefa Benboulaïd pour la zone 1, Didouche Mourad pour la 2, Krim Belkacem pour la 3 – Rabah Bitat pour la 4 et Larbi Ben M’hidi pour la 5, Mohamed Boudiaf assurant la coordination et les relations avec l’extérieur. La déclaration du 01 novembre 1954 est émise à partir de Tunis. Dans la nuit du 01 novembre 1954 la caserne de la ville de Batna est attaquée par les moudjahidines. Et c’est la guerre. 100 000 soldats français sont affectés dans les Aurès et plus tard ils seront plus de 400 000 en Algérie. Le massacre de Skikda (ex philippeville), la mort d’une centaine de manifestants algériens, eut lieu du 20 au 26 du mois d’août 1955. La même année, à l’Assemblée générale de l’O.N.U, l’inscription de l’affaire algérienne est à l’ordre du jour.

Le Congrès de la Soummam organisé par Abane Ramdane, Larbi Ben M’hidi, et Krim Belkacem le 26 aout 1956 au villages Ighbane et Ifri dans la commune d’Ouzellaquen ( Kabylie) a été déterminant et a été l’acte fondateur de l’État Algérien moderne et pilier déterminant pour la réussite de la Révolution Algérienne. « La primauté du politique sur le militaire » constitua l’un des fondements du Congrès. Après le congrès de la Soummam, l’Algérie a été divisée en six « wilayas » ou états-majors. Une wilaya est divisée en quatre zones. Chaque zone est divisée en quatre régions. La région est divisée en quatre secteurs. Le Conseil national de la révolution algérienne CNRA désigné par le congrès de la Soummam se composait de 34 membres : 17 titulaires et 17 suppléants Pour les titulaires nous avons Mostefa Ben Boulaïd- Youcef Zighoud – Belkacem Krim – Amar Ouamrane – Med Larbi Ben M’hidi- Rabah Bitat – Mohammed Boudiaf – Ramdane Abbane -Ahmed Ben Bella- Mohammed Khider – Hocine Aït Ahmed -Med Lamine Debbaghine- Idir Aïssat – Ferhat Abbas – M’hamed Yazid -Benyoucef Ben Khedda – Taoufik El Madani. Après l’assassinat de Larbi Ben M’hidi et après le déroulement du Congrès de la Soummam, le F.L.N intègre plusieurs partis et associations algériens qui adhèrent à sa cause.Les Aurès, le Constantinois, l’Oranie, la Kabylie, etc., seront les zones les plus sensibles du point de vue stratégique et logistique. Les deux pays (le Maroc et la Tunisie) sont sous protectorat français mais aideront le FLN. Ils hébergeront les deux armées de l’ALN aux frontières. Cependant l’histoire se précipite. La délégation des principaux dirigeants du FLN comprenant Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf, Hocine Ait Ahmed, Mohamed Boudiaf, et Ahmed Ben Bella est arrêtée, à la suite du détournement, le 22 octobre 1956 par l’armée française, de leur avion civil marocain, entre Rabat et Tunis. En 1959, Messali Hadj sort de prison, il est assigné à résidence.

Durant cette période des sous officiers algériens de l’armée française désertent venant grossir les rangs de l’ALN dont certains seront connus au lendemain de l’indépendance comme Khaled Nezzar, Larbi Belkheir, Mohamed Touati, Salim Saadi, Mohamed Lamari , Abbas Gheziel , Abdelmalek Guenezia etc …Les étudiants algériens s’impliquent. Après la création de l’UGEMA en 1955 par Belaid Abdesselam, Mohamed Seddik Benyahia, Lamine Khène et Ait Chalal, la section locale de Montpellier élit à sa tête Mohamed Khémisti (futur ministre des affaires étrangères qui fut assassiné durant la période Ben Bella). Des intellectuels français vont aider le FLN comme Maurice Audin qui fut torturé et tué par les services français. Franz Fanon s’engage auprès de la résistance algérienne.

Albert Camus, natif d’Algérie, fut un défenseur des droits des algériens, dans les années 1940, avant de refuser de prendre position pour l’indépendance avec cette phrase célèbre prononcée à Stockholm en 1957 : « Si j’avais à choisir entre la justice et ma mère, je choisirais encore ma mère ». Dès 1956, Jean Paul Sartre, et la revue Les Temps modernes prennent parti contre l’idée d’une Algérie française et soutiennent le désir d’indépendance du peuple algérien. D’autres intellectuels français se sont impliqués comme Halimi Gisèle, Germaine Tillon, Mauriac et les porteurs de valises du réseau Jeanson et un grand militant qui vient de nous quitter en ce mois d’octobre 2OO2 le professeur Chaulet. N’oublions pas également l’apport de la fédération de France, que mon ami Ali Haroun connait mieux que moi, qui a porté le mouvement sur le territoire français.

La découverte de pétrole dans le sud algérien favorise les convoitises et ainsi est annoncé le plan de développement économique et social dit Plan de Constantine visant à la valorisation de l’ensemble des ressources de l’Algérie, mettant en relief les relations financières entre l’Algérie et la métropole (juin 1955) et les perspectives décennales du développement économique de l’Algérie (mars 1958). Ce plan était surtout destiné à l’affaiblissement politique du Front de Libération Nationale. Les principaux objectifs fixés par ce plan sont la construction de 200.000 logements, permettant d’héberger un (1) million de personnes ; la redistribution de 250.000 hectares de terres agricoles, le développement de l’irrigation ; la création de 400.000 emplois industriels ; la scolarisation de tous les enfants en âge d’être scolarisés à l’horizon de 1966 ; l’emploi d’une proportion accrue de Français musulmans d’Algérie dans la fonction publique (10%) ; l’alignement des salaires et revenus sur la métropole ainsi qu’une industrialisation s’appuyant à la fois sur des aides directes et indirectes aux entreprises privées investissant en Algérie (exemption de certains impôts, subventions à l’investissement à hauteur de 10%), et la mise en valeur des ressources en hydrocarbures (pétrole et gaz naturel) découvertes dans le Sahara, susceptibles de fournir des ressources d’exportation et une énergie bon marché.

Malgré cela l’indépendance devient irréversible et lors du discours du 04 juin 1958 à Alger, le général De Gaulle sentait l’indépendance proche par cette fameuse phrase « je vous ai compris ». Par la suite il annonce la tenue du référendum pour l’indépendance de l’Algérie. Suite à cela, naît l’’Organisation armée secrète (OAS), également appelée Organisation de l’armée secrète qui était une organisation française politico-militaire clandestine partisane créée le 11 février 1961 après une rencontre à Madrid entre Jean Jacques Susini et Pierre Lagaillarde et à Alger le 16 mars 1961 avec le slogan « L’Algérie est française et le restera ». Des attentats violents éclatent qui toucheront également la métropole. C’est ainsi que l’on assistera à la tentative du putsch des généraux contre le général De Gaulle. En 1960, l’ONU prononce le droit à l’autodétermination du peuple algérien. Le côté français organise des pourparlers avec le gouvernement provisoire algérien. Plusieurs réunions à l’extérieur du pays vont aboutir aux accords d’Evian.

Le 17 octobre 1961, la nuit noire débute à Paris, appelée aussi la bataille de Paris avec le massacre du 17 octobre 1961. Plusieurs centaines d’Algériens sont tués en métropole lors d’une manifestation du FLN. Il y aura aussi des milliers d’arrestations au sein des Algériens. Le tournant ont été les accords d’Evian qui sont le résultat de négociations entre les représentants de la France et du Front de Libération Nationale, accords signés le 18 mars 1962 à Evian -les Bains (Haute Savoie France) et se traduisent immédiatement par un cessez le feu applicable sur tout le territoire algérien. Du coté algérien nous avons la délégation du FLN, Krim Belkacem, Saad Dahlab, , Benmostefa Benaouda dit Si amar, Lakhder Bentoubal, Taïeb Boulahrouf, Mohamed Seddik Ben Yahia, Seghir Mostefaï, Redha Malek, M’Hamed Yazid, Ahmed Boumendjel et Ahmed Francis. Du coté français nous avons Louis Joxe, Bernard Tricot, Roland Cadet, Yves Roland-Billecart, Claude Chayet, Bruno de Leusse, Vincent Labouret le général Jean Simon , le lieutenant colonel Hubert de Seguins Pazzis , Robert Buron et Jean de Broglie.

Dans la foulée le CNRA se réunit à Tripoli (Libye) du 27 mai au 05 juin 1962 pour, en principe, entériner les termes des accords d’Evian. L’ordre du jour est rapidement débordé et la conférence adopte, après amendements, un programme de gouvernement préalablement élaboré à Hammamet (Tunisie). Ce document que l’histoire retient sous le nom de programme ou parfois charte de Tripoli caractérisé par bon nombre de dissensions internes au sein de la direction, certains acteurs affirmant qu’il n’a jamais été adopté, établit pourtant le régime socialiste comme modèle de développement et impose le parti unique comme système politique.

Lors du référendum d’autodétermination de l’Algérie où les électeurs ont eu à se prononcer par « Oui» ou par « Non » sur la question suivante :« Voulez vous que l’Algérie devienne un État indépendant coopérant avec la France dans les conditions définies par les déclarations du 19 mars 1962, le Oui l’emporte par 99,72 % (5. 994. 000 sur 6. 034. 000 votants et 530. 000 abstentions). France reconnait l’indépendance de l’Algérie le 03 juillet et celle-ci est proclamée le 05 juillet 1962. Rappelons que de septembre 1958 à janvier 1960 Ferhat Abbas a été président du GPRA, Benyoucef Benkhedda d’août 1961 à juillet 1962, Abderrahmane Farès de juillet 1962 à septembre 1962 président de l’exécutif provisoire algérien et à nouveau Ferhat Abbas du 20 septembre au 25 septembre 1962 président de l’Assemblé nationale constituante (ANC).

Pour clore cette brève analyse historique, certainement imparfaite, comment ne pas souligner avec force, l’importance du devoir de mémoire notamment entre l’Algérie et la France afin de dépasser les faux préjugés, d’établir la vérité afin d’éviter surtout que certains des deux côtés de la méditerranée n’instrumentalisent l’histoire à des fins politiques ce qui permettra d’entrevoir l’avenir, pour un devenir solidaire. Le président de la république française François Hollande vient de reconnaître en ce mois d’octobre 2012 la responsabilité de la France, pour les massacres du 17 octobre 1961, un premier pas afin de dépassionner nos relations et se tourner vers l’avenir afin d d‘entreprendre ensemble grâce au dialogue des cultures.

L’écriture objective de cette fraction historique est nécessaire tant par les historiens que les acteurs ayant vécu cette période. Dans ce cadre, comment ne pas mettre en relief la tentation depuis l’indépendance politique de la dénaturation de l’histoire de l’Algérie, certains voulant la ramener à leur propre personne. Évitons les polémiques stériles dues en grande partie à l’inaccessibilité et la non communicabilité des archives dont une grande partie sont toujours en France. La jeunesse a besoin de connaitre son histoire, très riche qui ne saurait se limiter à la période contemporaine de 1963 à 2012.

Gloire à tous nos martyrs à travers notre longue histoire, qui se sont sacrifiés pour une Algérie prospère, où serait bannie l’injustice, une Algérie fondée sur l’Etat de droit, la démocratie tout en tenant compte de son anthropologie culturelle. Les dirigeants entre 1962 et 2012 ont –ils respectés ces principes fondamentaux des fondateurs de la révolution algérienne ? Le Front de Libération Nationale –FLN, propriété historique de tout le peuple algérien n’a rien à voir avec l’actuel parti du FLN qui continue après 50 années d’indépendance politique à instrumentaliser l’histoire pour des intérêts matériels étroits en vue de s’accaparer une fraction de la rente des hydrocarbures. Et la véritable réforme politique, s’il y a volonté politique de changement, est de restituer ce sigle glorieux à l’Histoire.

Professeur des Universités, expert international en management stratégique Dr Abderrahmane MEBTOUL ademmebtoul@gmail.com

 

 



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