Souk Ahras : L’Aïd, entre célébration de la soumission d’Ibrahim et croyances populaires
La célébration de la fête de l’Aïd el Adha est immanquablement accompagnée, dans la région de Souk Ahras, par une multitude de pratiques sociales dont certaines sont liées à d’anciennes croyances, comme cette coutume encore répandue qui consiste à accrocher des cornes du bélier au-dessus des portes pour chasser le mauvais œil.
M. Djellal Khechab, de l’université de Souk Ahras, précise que cette pratique est liée à un vieux culte pré-islamique dédié au bélier. Un culte représenté notamment au temple pharaonique du Karnak, à Louxor (Egypte), à travers deux rangées de sphinx à tête de béliers, selon cet universitaire qui indique que cet animal, symbole de fécondité, était aussi honoré par les babyloniens et les phéniciens.
Aujourd’hui à Souk Ahras, certaines familles conservent par ailleurs la vésicule biliaire du mouton que l’on suspend à un mur pour, également, chasser le mauvais œil et le mal. Cette pratique persiste aussi bien en Afrique du Nord qu’au Sud de l’Europe notamment en France, Italie et Espagne, affirme M. Khechab.
L’omoplate, os plat de la partie postérieure de l’épaule du mouton sacrifié, est également conservée à Souk Ahras pour servir d’ustensile que l’on utilise notamment pour torréfier le blé, la semoule de blé ou les graines de café. Exposé au soleil, cet os serait, pour certains, un moyen pour prédire si l’année agricole serait bonne ou mauvaise. Croyance qui reflète l’attachement de l’homme à la terre, ajoute Khechab.
Une autre tradition sociale oblige les parents à interdire au plus petits de manger certaines parties du mouton dont la rate et les testicules. A Souk-Ahras, il est également de règle de commencer par consommer les abats du mouton sacrifié ainsi que la tête durant le premier jour de l’Aïd.
Le second jour, la grande famille est réunie autour d’un couscous préparé avec El Meslane, la selle du gigot. La tradition veut également que les grand-mères et les mamans mettent du henné sur le front du mouton, tandis que les abats servent également à préparer plusieurs plats succulents à l’exemple d’El Bakbouka, un plat cuisiné avec le foie, le cœur, les ris et les poumons coupés en petits morceaux et assaisonnés avec de la coriandre verte et beaucoup de cumin d’où l’appellation de Kemounia donné aussi à ce mets.
Mais à Souk Ahras, la célébration de la soumission du prophète Ibrahim, ce ne sont pas seulement la “ripaille” et les coutumes. C’est aussi cette ferveur religieuse qui illumine les mosquées au premier jour de l’Aïd, ces retrouvailles familiales et cette offrande aux gens nécessiteuses de la majeure partie de l’animal immolé. (APS)
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