Tunisie : Le doyen d’une faculté comparaît pour “agression d’une étudiante voilée”
Fait rare dans les annales de la justice tunisienne, un responsable d’une institution universitaire comparaît jeudi devant la justice pour répondre d’une agression présumée d’une étudiante voilée du niqab qui l’accuse de l’avoir giflée.
Le doyen de la faculté des lettres, des arts et des sciences humaines de la Manouba Habib Kazdaghli a été convoqué par le tribunal de première instance de cette ville proche de Tunis suite à un recours déposé par la plaignante.
Joint au téléphone par l’Associated Press, il s’est dit “consterné” par ce procès en affichant cependant “sa confiance dans la justice”. “Malgré une année très mouvementée, nous avons pu éviter les risques d’une année blanche et venons de célébrer la fin des examens passés avec succès”, a-t-il ajouté.
Il a nié l’accusation qui lui est adressée, en s’étonnant de voir les rôles inversés et que “la victime devienne coupable”. “C’est moi qui avait le premier porté plainte contre deux étudiantes voilées qui avaient fait intrusion dans mon bureau et l’ont saccagé, témoin et document filmé à l’appui”, a-t-il relaté.
Il affirme que sa requête n’a pas en revanche eu de suite jusqu’à présent. “Au-delà de la personne du doyen, c’est l’université qui est finalement la victime dans cette affaire”, déplore-t-il en accusant “certaines parties” qu’il n’a pas identifiées de vouloir “instrumentaliser la justice”.
L’affaire remonte au mois de mars dernier en plein troubles à la faculté des lettres, des arts et des sciences humaines de la Manouba, près de Tunis, où des centaines salafistes tentaient d’imposer le port du niqab par des étudiantes pendant les cours et les examens contre l’avis du conseil scientifique.
Des affrontements entre islamistes radicaux d’un côté, étudiants modernistes et enseignants de l’autre, ont perturbé pendant plusieurs mois cette institution universitaire fréquentée par quelque 8.000 étudiants des deux sexes.
“Qu’est-ce qu’on me reproche? Est-ce le fait d’appliquer la loi alors que des groupes (de salafistes) agissent en toute impunité?”, s’est interrogé le doyen qui s’est déclaré “ému” par la solidarité manifestée à son endroit par ses collègues et la société civile.
Le bras de fer a donné lieu à la constitution d’un comité de défense des valeurs universitaires et des libertés académiques pour lui apporter son soutien. Des avocats ont été mandatés par la Ligue tunisienne de défense des droits de l’Homme (LTDH), représentée par son président Abdessattar Ben Moussa, ainsi que par la principale centrale syndicale (UGTT).
L’ancien Premier ministre Béji Caïd Essebsi s’est joint au collectif des avocats de la défense, a-t-il précisé. (AP)
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