La marine Française dément le retour de Baba Merzoug

Par Khidr Ali | 27/11/2011 | 19:29

La presse algérienne a annoncé le retour à Alger de Baba Merzoug, alias la Consulaire, monument érigé dans l’arsenal à Brest (photo) alors que la Marine nationale Française dément ces informations selon le « Télégramme de Brest ».

« Jusqu’à preuve du contraire, Baba Merzoug reste à Brest ». C’est du moins ce que déclare Marc Gander, chargé de communication de la préfecture maritime au « Télégramme de Brest »: «Nous n’avons reçu aucune demande officielle concernant la Consulaire!» ajoute t-il.
Ce monument érigé sur la rive gauche de la Penfeld, à l’angle de la cale sèche située près de la porte Tourville, est un ancien canon d’Alger, baptisé du nom d’un grand personnage considéré comme le protecteur de la rade et de la ville d’Alger.
Cette pièce imposante, de 6,25m de long, a été réalisée par un fondeur vénitien en 1542. Sa portée de 4,8km, exceptionnelle pour l’époque, donne à Alger la réputation de citadelle imprenable. Alger la Blanche finit toutefois par tomber aux mains des Français et le redoutable Baba Merzoug est transporté à Brest, en 1830, par l’amiral Guy Duperré.

Il a été rebaptisé en hommage au consul de France et missionnaire, le père Le Vacher qui, accusé de traîtrise, a été tiré avec un boulet en direction du navire amiral de la flotte française, commandée par l’amiral Duquesne, qui assiégeait la ville en 1683!

En 1688, lors d’une attaque similaire commise par le maréchal Jean d’Estrées contre Alger, le consul André Piolle a subi le même sort. D’où l’appellation française de « Consulaire » pour cette pièce d’artillerie.

Le canon, surmonté d’un coq maintenant un globe sous une patte, trône donc désormais dans l’enceinte de l’arsenal. Mais du côté de l’Algérie, de nombreuses voix s’élèvent depuis plusieurs années pour réclamer la restitution de cette pièce historique selon la même source.

Patrimoine historique de la Défense 

Les demandes, relayées en France par un homme d’affaires, Domingo Friand, se sont faites plus pressantes en 2006, Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense de l’époque, coupant court à tout espoir en déclarant que «ce canon fait partie intégrante du patrimoine historique de la Défense», et que le personnel de la Marine lui «manifeste un attachement particulier».

Baba Merzoug, qui est l’objet de commentaires réguliers sur des blogs et forums, a également été l’objet d’un livre. Depuis quelques semaines, le bruit circule, dans la presse Algérienne que le monument serait restitué en juillet 2012 à l’occasion de la célébration du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Mais l’information est donc formellement démentie, pour l’heure, par la Marine nationale Française selon le même journal.

Baba Merzoug : L’histoire particulière d’un canon algérois « captif » en France

Histoire épique que celle de ce canon algérois, tout en puissance avec ses presque sept mètres de long et tout en fonte, « captif » depuis 182 ans à Brest, dans la partie militaire de la ville française, pour avoir seulement « défendu » la ville d’Alger des envahisseurs, dont les Français.

Au 15e siècle, Alger était une citadelle imprenable, coquettement surnommée par ses habitants ’’El Mahroussa- La bien gardée ». Cette situation a duré plusieurs siècles, en dépit des attaques de Charles Quint ou des Français, procurant paix et sérénité à ses habitants, jusqu’à la chute d’Alger, en 1830, et le début de l’invasion française en Algérie.

Pour la médina d’Alger, à cette époque de grands bouleversements politiques et militaires en Méditerranée, ce canon faisait office de puissant « protecteur ».

Et ce dernier, n’est autre que Baba Merzoug, un formidable canon d’environ 7 mètres, pouvant à lui seul dissuader toute velléité belliqueuse contre la ville d’Alger, cité des Rais Hassan et autre Korso, et très souvent envoyait par le fonds les navires de ceux qui voulaient soumettre El Djazair.

Il en est ainsi, par exemple, de l’invincible armada de Charles Quint, qui a été terrassée dans la baie d’Alger par Baba Merzoug et…les intempéries.

 Avec la moitié de sa flotte détruite par le plus puissant des mille canons qui gardaient Alger (photo de 8 canons en bronze pris en 1830 actuellement à l’hôtel des Invalides à Paris), Charles Quint est reparti défait et dépité d’avoir échoué, après un siège de plusieurs mois, de faire tomber Alger pour se venger de la perte d’Oran.

Aussi, dès les premiers jours de la chute d’Alger, en juillet 1830, le baron Guy Duperré s’est-il empressé de se saisir de Baba Merzoug pour l’expédier immédiatement à Brest, où il gît jusqu’à nos jours sous une nouvelle identité, ’’La Consulaire’’, son appellation française.

Une pièce d’artillerie unique

Quel sort terrible pour Baba Merzoug, l’un des plus grands canons jamais construits par l’homme, que l’exil. Baba Merzoug est venu au jour à la fin des travaux de fortification de la ville d’Alger, en 1542. Fabriqué par un fondeur vénitien suite à la commande du pacha Hassan, qui avait succédé à Kheireddine, sa portée était exceptionnelle pour l’époque, 4.872 mètres, et un poids impressionnant, 12 tonnes.

C’est une superbe pièce d’artillerie, unique en son genre, finement ciselée, qui va dorénavant défendre Alger, la rendant inviolable, absolument inattaquable par mer. Servi par quatre artilleurs, le canon est dirigé vers la Pointe Pescade (ouest d’Alger), interdisant dorénavant à tout navire de s’approcher d’Alger.

En 1671, l’histoire de ce canon terrible va basculer : il interdira à la flotte de l’amiral Duquesne, qui assiégeait Alger, de s’emparer de la ville. Un fait de guerre qui va lui valoir une animosité tenace de deux siècles, après une vengeance terrible des français.

Le consul de France et missionnaire auprès du Dey à Alger, le père LeVacher, accusé de traîtrise par un certain Meso Morto qui avait tué le dey et fomenté une révolte lors de négociations avec l’amiral Duquesne dont la flotte bombardait Alger, a été mis dans la bouche du canon et ’’tiré’’ avec un boulet vers le navire amiral français. Il sera appelé, dès lors, par la marine française ’’La Consulaire’’.

Mais, au fait, d’où vient le nom de ce terrible canon qui atteste, jusqu’à aujourd’hui, 182 ans après l’invasion d’Alger, de sa terrifiante renommée ? Selon Belkacem Babaci, président de la fondation Casbah, ’’la puissance de ce canon, et la longue portée de ses boulets a fait que les gens d’Alger, très impressionnés, ont considéré qu’il était un don de Dieu (Rizk Allah) et apporte la fortune’’. Baba Merzoug (père fortuné) était né.

Après près de deux siècles d’exil, le retour ?

Ayant été l’une des toutes premières prises de guerre en 1830 lors de l’invasion d’Alger, l’amiral Guy Duperré le fait immédiatement expédier à Brest. Trois ans plus tard, il est exposé au public avec sur sa ’’bouche’’ un Coq, et gît sur son emplacement actuel depuis le 27 juillet 1833.

Selon Ahmed Babaci, auteur d’un livre sur Baba Merzoug et membre du comité pour son rapatriement, ce canon était la plus importante arme de défense dans tout le Bassin méditerranéen et sans rival pendant des siècles. Ce n’est que lors de la 1ère Guerre mondiale que les Allemands construisent le fameux canon, alors baptisé ’’la grosse Bertha’’, et dont la longueur était de cinq mètres.

Baba Merzoug, c’est le protecteur bienveillant des algérois, il était devenu l’âme d’Alger et son farouche gardien, d’où le qualificatif d’ ’’El Mahroussa’’, à l’époque des courses et de la flibuste en Méditerranée.

Il avait en fait, de même qu’El Djazair avec laquelle il se confondait, un statut quasi ’’mystique’’, faisant la fierté de la ville et de ses habitants. En 1999, un comité pour la restitution du canon algérien est crée par plusieurs personnalités qui ont diversifié les contacts en France et en Algérie pour le retour de Baba Merzoug dans sa patrie. Un retour qui devrait intervenir, selon M. Babaci, en 2012 à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie



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