Une délégation de Ançar Eddine à Alger
Des dirigeants de Ançar Eddine à Alger ? Non, ce n’est pas une blague à en croire une «source proche» de la délégation de ce mouvement islamiste qui est allé remettre au président Burkinabè Blaise Compaoré, en sa qualité de médiateur de la Cédéao pour la crise du Mali, une lettre dans laquelle il réaffirme son attachement à la Chariâa (loi islamique).
Dans une déclaration rapportée aujourd’hui par l’AFP, cette source proche de Ançar Eddine révèle qu’une délégation du mouvement séjourne actuellement en Algérie. «Parallèlement aux pourparlers qui ont débuté lundi à Ouagadougou, une autre délégation d’Ansar Dine se trouvait actuellement en Algérie pour des discussions avec le pouvoir», précise la même source.
Et d’ajouter que «pour avoir la paix, il faut aller partout. Nous pensons même qu’on va aller aussi en Mauritanie, et même au Qatar si c’est nécessaire».
A Alger, aucun communiqué officiel n’a confirmé ou infirmé l’arrivée des islamistes de Ançar Eddine. Ce mouvement qui s’accroche plus que jamais à son idéal d’un «État islamique» au Mali, multiplie ainsi les délégations pour «vendre» aux pays voisins d’abord puis à la communauté internationale.
Et c’est une bien mauvaise nouvelle pour les négociations avec le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) qui lui, s’inscrit dans un cadre plutôt laïc.
«Nous avons remis une lettre de Iyad Ag Ghaly (leader d’Ansar Dine) au médiateur Blaise Compaoré. Nous voulons seulement l’application de la Chariâa», réaffirme en effet Ançar Eddine, coupant ainsi court à toute possibilité de négociation.
Mieux (ou pis encore), le mouvement islamiste qui a déjà planté son étendard vert à Tombouctou, a jeté une autre pierre dans le jardin du MNLA en faisant remarquer qu’il n’est pas favorable à l’option de l’indépendance.
Ançar Eddine demande conseil au… Qatar
«Contrairement au MNLA (…) nous sommes contre l’indépendance», a souligné la même source. D’où d’ailleurs l’échec des négociations devant aboutir à la fusion des deux mouvements touaregs.
Bien que Ançar Eddine disent «ne pas avoir de problème avec le MNLA, s’il veut venir avec nous», ils précisent cependant que le principe de l’application de la Chariâa n’est pas négociable.
«La médiation burkinabè veut arranger les choses entre nous et le MNLA qui a une délégation à Ouagadougou. Nous n’avons pas de problème s’il veut venir avec nous, mais c’est la Chariâa», affirme sentencieuse la source proche du mouvement. Et d’ajouter que les «discussions se poursuivent» à Gao (nord du Mali) entre son mouvement et la rébellion touareg en vue de parvenir à un accord.
Mais on voit mal comment deux mouvements idéologiquement très différents et aux options politiques antinomiques (indépendance pour le MNLA et rattachement au Mali pour Ançar Eddine) puissent finir par s’entendre.
Autre risque : l’entrée en scène du Qatar. Ce petit émirat que tout le monde soupçonne de financer les mouvements islamistes au Sahel risque d’envenimer un peu plus la situation.
Le Canard Enchaîné a révélé il y a quelques jours que Doha a livré des millions de dollars à Ançar Eddine pour son émirat à Tombouctou. Le fait que ce mouvement veuille maintenant aller demander conseil au richissime émirat est peut-être une façon de renvoyer l’ascenseur à un État si loin du Sahel mais si proche de Ançar Eddine.
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