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La fille portait un short, un couple échappe au lynchage à la place Audin à Alger

30-08-2011 16:25  Khidr Ali

Karim Aimeur rapporte dans le journal l'Expression du lundi 29 août (lire l'article plus bas) une bien triste affaire, indigne de l'Algérie moderne et qui dénote des traces indélébiles qu' a laissé derrière elle l'inquisition islamiste.

Ce comportement est inadmissible en 2011 et les pouvoirs publics se doivent de réagir avec une extrême sévérité à l'encontre de ces nouveaux prédateurs qui veulent rendre justice eux mêmes exactement comme faisaient les nervis du FIS entre 1989 et 1992 lorsqu'ils avaient instauré dans les quartiers des tribunaux islamiques dans des fourgons, des garages, des caves et autres endroits aussi malsains que leurs méthodes.

En quoi une jeune fille de 17 ans en short peut-elle attenter aux bonnes moeurs de ces faux dévots et provoquer autant de colère, du reste bien hypocrite, et surtout ne pas faire réagir avec toute la rigueur de la force de la loi les services de police qui ont juste protégé le couple en composant pratiquement avec ces énergumènes complexés. Les auteurs de cette infraction gravissime sont même aller jusqu'à assiéger le commissariat où a trouvé refuge le couple.

Dans un Etat de droit, si chaque citoyen doit avoir recours à la force pour se faire justice, ça risque d'ouvrir la voie à toutes les dérives et nous conduire tout droit sur la voie de la jungle. Cet incident, soulignons-le avec force, est symptomatique du délitement de l’Etat et de son autorité. Maintenant, il faut espérer que ces mêmes pouvoirs publics, garants de la loi, se ressaisissent et que l’autorité de l’Etat soit enfin restaurée pour que l’adage selon lequel «la vue du gendarme est le début de la sagesse» devienne une réalité. (A+)

L'Inquisition est-elle de retour?

La jeune fille porte une tenue vestimentaire légère: un short court et c'est l'ire des passants...

En cette soirée du 27e jour de Ramadhan, Alger-centre est noir de monde. Chacun vaque à ses occupations, profitant des dernières soirées mouvementées de cette année. Les terrasses des cafétérias de la place Audin sont pleines à craquer. Impossible de trouver une place pour s'attabler. L'ambiance était à son comble et tout le monde semble satisfait. Mais subitement, tout a failli basculer et l'ambiance festive gâchée. Un couple de jeunes atterrit à la place Audin. Il est 23h40. La jeune fille porte une tenue vestimentaire légère: un short court.

Cette tenue a aussitôt provoqué l'ire des passants. Le couple est d'abord, chahuté, puis une meute de plus de 60 personnes s'est formée derrière lui. Le malheureux couple presse le pas. Mais mal lui en prit. La foule suit le couple et prend de l'ampleur au fil des mètres. Arrivé en face de la Fac centrale, le couple est totalement assiégé. Après avoir essuyé les insultes des mécontents de cette tenue vestimentaire, il a frôlé le passage à tabac et le lynchage. Il n'a dû son salut qu'à l'intervention rapide des policiers.

«Qu'est-ce qui se passe ici?», s'interroge un passant. «Tu ne vois pas ce qu'elle porte?», lui répond un autre. Cette foule était constituée pour la majorité, de jeunes et d'adolescents dont la moyenne d'âge ne dépassait pas la vingtaine. Aucun parmi eux ne porte une barbe ou un quelconque signe ostentatoire d'ordre religieux. Mieux, certains portaient des shorts courts comme celui de la jeune fille.

«Ils sont en train d'exprimer une frustration, car ne supportant pas de voir une fille porter une telle tenue», estime un curieux.

Entre-temps, le couple toujours assiégé a été sauvé in extremis par les agents de l'ordre.

Ces derniers ont installé le jeune homme dont l'âge ne dépasse pas 20 ans et la jeune fille, environ 17 ans, à l'intérieur du fourgon de la police, posté au niveau de la place Audin, en face du siège d'Air Algérie. Les policiers, pour la plupart en civil, ont intimé l'ordre aux «protestataires» de se disperser. Peine perdue, puisque ces derniers sont toujours aux aguets.

En premier lieu, on a donné un pantalon à la jeune fille, à l'intérieur même du fourgon. Mais le pire était à craindre. Finalement, on a dépêché un autre véhicule de la police qui a procédé à l'évacuation du couple, sifflé par la foule. Il est minuit. Le couple a été transporté au commissariat de police du 8e arrondissement, sis rue Didouche-Mourad.

Quelques minutes plus tard, un couple, certainement européen, a échangé un baiser, publiquement sans s'attirer la foudre des passants. Comme si de rien n'était. Certains mécontents, devinant la destination du couple évacué par la police, se sont déplacés sur ce commissariat, attendant la sortie du couple qui aurait trop tardé. A minuit donc, alors que le 28e jour du mois sacré venait juste de commencer, le pire a été évité de justesse à la place Audin, au coeur d'Alger.



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