Le salon international du livre aura été l’occasion pour l’Algérie d’organiser un colloque scientifique sur « les printemps arabes ». Khalida Toumi, qui intervient sur un registre politique, met en garde dans son discours d’ouverture contre ces printemps porteurs de bourrasques dévastatrices.
Vigilance ! Vigilance, martèle t-elle de façon à éviter que « les printemps des peuples » ne profitent à une « horde d’affairistes ». « Je souhaite ardemment que le printemps des peuples soit vraiment le printemps des peuples et non celui d'une horde d'affairistes qui remplissent actuellement leurs bons de commandes pour venir reconstruite ce que leurs armadas ont détruit», a déclaré Khalida la ministre de la culture dans une allusion aux pays de l’OTAN qui jouent des coudes pour s’arracher les marchés de la reconstruction en Libye.
La ministre de la culture a également formulé l'espoir de voir ce printemps "profiter aux peuples et non à des castes locales prêtes à toutes les compromissions pour enfin saisir l'opportunité de devenir calife à la place du calife". La aussi, l’allusion est claire. C’est pourquoi elle a encore insisté sur le mot « vigilance ». Une "vigilance sur le front intérieur pour ne plus jamais reproduire les dévastatrices expériences que nous avons connues. Vigilance sur le plan extérieur aussi dont il faut prendre très au sérieux les menaçantes menées de reconquêtes", a averti la ministre de la culture.
Cette dernière ne rejette pas tout en bloc, dans ce qu’il est convenu d’appeler « printemps arabe », mais elle recommande de savoir distinguer le bon grain de l’ivraie. Tout ce qui se passe dans le monde arabe est "gorgé" de promesses mais, aussi de "vents mauvais" qui font craindre à certains, "à tort", espère-t-elle, que "la sinistre politique de la canonnière n'est pas définitivement enterrée". "En surdimentionnant ce mouvement, ne cherche-t-on pas quelque part en Occident, surtout, à faire croire que le monde arabe est (...) comme la Belle au bois dormant, la partie assoupie de la marche de l'humanité?", s'est-interrogée Khalida Toumi, à juste titre.
Elle a relevé, en outre, que "pour une fois, le fait religieux ou ethnique n'est pas déterminant", soulignant à ce propos l'importance de "faire preuve de clairvoyance et de talent dans le diagnostic de chaque cas. S'exprimant sur le colloque qui se déroule en Algérie, elle a observé qu'il s'agit d'une rencontre "académique libre dans son expression de toute contrainte politique", se disant convaincue que le très haut profil des intervenants représente une garantie patente de la qualité des débats et des analyses, lesquelles offriront des clefs de "lecture pertinente".


